Villages du millénaire, l'espoir africain

Partout où ils sont déployés, les villages du millénaire prouvent que le progrès social peut être une réalité en Afrique. Mais leur généralisation n'est pas encore acquise.

En moins de 5 ans, les 35000 habitants du village de Mwandana en Zambie (nord) ont vécu une véritable révolution sociale. Ces paysans étaient parmi les plus pauvres  avant de devenir "les élus", comme on dit ici, du programme des "millenium village".  

Proposé depuis 2005 par des universitaires américains et coordonné par les Nations Unies via le PNUD, le programme a permis de créer des zones où la maladie, la faim et l'hostilité environnementale sont endiguées à coups de financements, de techniques et de partenariats novateurs.

Douze sites sont déjà opérationnels sur le continent, au Cameroun, après le Sénégal (pays pilote), le Kenya, l'Ethiopie, le Ghana, le Nigeria, le Malawi, le Rwanda, la Tanzanie et l'Ouganda. L'objectif visé est d'offrir aux populations de réelles compétences et une autonomie effective sur leur projet individuel et collectif, en combinant le savoir-faire local et les apports de la recherche scientifique. Avec une exigence de résultats concrets: au Mali par exemple, le but affiché est de sortir deux millions de pauvres de leur situation de pauvreté extrême d'ici 2015. 

Recul de la pauvreté

Les populations de Mwandana vivent donc, de façon effective, le recul de la pauvreté. Les enfants vont à l'école et boivent de l'eau potable, mangent un repas équilibré dans les cantines scolaires; le taux d'infection au VIH/sida diminue et les contaminations mère-enfant ne semblent plus être que des exceptions. "Il y a 10 ans, les enfants mourraient beaucoup ici, et on savait pourquoi, raconte John Mutumba, responsable d'une association partenaire du village du millénaire et spécialisé dans la santé infantile. En une petite génération, nous avons arrêté un véritable génocide de la famille dans notre village. Le sida n'est plus la première cause de mortalité infantile ici: comme en Europe, nous avons les moyens d'éviter les contaminations".

Adossé au pilier d'un des centres de santé modernes construits dans le cadre du projet, un vieil homme salue avec solennité l'équipe de journalistes accompagnant les travailleurs internationaux. "Merci", dit-il en ôtant légèrement son chapeau.

Et après?

Ces 5 dernières années, les habitants voient régulièrement défiler chez eux les journalistes du monde entier, les chercheurs, les politiques et les financiers. "Avant, peu de gens connaissaient Mwandama. Nous sommes désormais en passe de détrôner la capitale du pays en ce qui concerne la notoriété, estime un responsable d'une association partenaire du village. Mais derrière cette joie, tempère vite l'entrepreneur associatif, nous commençons à nous poser deux questions essentielles: d'abord, que deviendrons-nous après, quand ces bailleurs seront partis? Et secundo: comment généraliser notre expérience dans toute la région avoisinante qui continue de vivre dans une extrême pauvreté?".

Il est peut-être encore tôt pour en faire l'inventaire 5 années seulement après le lancement des premiers projets. Mais le processus dans son avancement actuel suscite déjà quelques interrogations. D'abord, comme le soulève le responsable associatif zambien, comment généraliser ces expériences pilotes auprès des autres populations nécessiteuses?

Manque de coordination...

A Mwandana, les divers partenaires reconnaissent qu'il reste beaucoup à faire, par ailleurs, au niveau de la coordination avec d'autres dynamiques sociales locales. De façon plus globale, les analystes du développement vont jusqu'à montrer que le progrès n'est jamais durable quand il ne concerne que de petites fractions séparées de la population.

C'est ensuite la question des financements qui suscite le plus d'interrogations, "surtout que la première phase approche son terme (la plupart des projets ont été financés sur 5 ans -ndlr)", indique un consultant du PNUD.

Or, toute l'expérience est fondée sur une augmentation significative des investissements publics (on avait estimé en 2005 que les bailleurs  devraient s'engager à hauteur de 75 à 80 dollars par habitant et par an d'ici à 2006 pour atteindre 125 à 160 dollars vers 2015 ou une moyenne de 110 dollars). Cet argent doit provenir en principe des partenaires financiers traditionnels à hauteur de 50 dollars/tête/an, le reste étant à mobiliser auprès du secteur privé (20 dollars/tête/an), 30 dollars/tête/an attendus des autorités locales, 10 dollars/tête/an à chercher chez les populations bénéficiaires elles-mêmes, etc. 

... et de financements

Si les financements ont été facilement disponibles pour la première phase, tout n'est pas acquis en ce qui concerne l'avenir des sites existants, comme pour la création de nouveaux projets. Dans l'histoire récente du développement africain, des villages ont été sérieusement déstabilisés, voire traumatisés quand les projets s'arrêtaient sans suite, alors que les populations ne pouvaient plus retourner dans le rythme social, alimentaire ou cultural  d'avant... Comment pérenniser alors les financements?

Le dispositif serait également complexe et lourd, ce qui rendrait difficile son expansion en dehors des zones d'expérimentation, d'après des témoignages d'acteurs de terrain. Chaque projet, coordonné par les Nations Unies, est conduit sur base d'un partenariat entre associations locales et internationales, collectivités et gouvernement, sans oublier les représentants des différents bailleurs. "Cette pertinente intégration de l'ensemble des parties prenantes  est parfois à l'origine  de certaines lenteurs dans l'action comme dans l'évaluation des résultats", estime George Oparra, ingénieur agronome travaillant avec le projet ougandais.

Ne perdons pas de vue, cependant, que ces villages du millénaire restent "expérimentaux". Ils prouvent encore une fois que les Objectifs du Millénaire pour le Développement peuvent être atteints très rapidement lorsque les financements sont disponibles, et quand les projets sont bien pensés.

Lorsqu'il a visité  le village modèle de Mwandana au Malawi, en juin dernier donc, le Secrétaire Général des Nations Unies  a promis que lors du Sommet sur les OMD, en septembre prochain à New York, il demanderait à tous les gouvernements de s'engager sur "un plan d'actions concrètes, par étape et avec un calendrier précis". Un plan qui donnerait une place de choix à une expansion de ces villages modèles.

> Trois adresses pour en savoir davantage sur les villages du millénaire:

www.unmillenniumproject.org

http://www.ncmvp.org/

http://www.millenniumvillages.org/