Le rugbyman qui plaque la discrimination

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La reconnaissance, enfin... Sous les flashs crépitants et les applaudissements fournis, Jean-Louis Ribes, président de DSI (Distribution Services Industriels), monte sur l'estrade ou plutôt le podium, terme plus approprié pour cet ancien demi d'ouverture du Stade Toulousain.

Des mains même de Martin Hirsch, Haut commissaire aux Solidarités, il reçoit le prix de l'entrepreneur social décerné par la Fondation Schwab et le Boston Consulting Group, un cabinet de consultants en stratégie. Malgré sa carrure, il s'efface... Ce soir de décembre, il laisse place à ce qu'il représente : les entreprises adaptées, qui emploient 80% de travailleurs handicapés. L'entrepreneur rappelle que ces sociétés emploient 25.000 personnes. 

Dans l'assemblée, des conversations attirent l'oreille. L'accent toulousain a empli la salle des locaux parisiens du haut-commissaire. L'entrepreneur est venu accompagné de sa femme, Céline, de son frère cadet Thierry, et de ses amis. Son équipe. Il les cherche du regard alors que sa voix rauque tremble sous l'émotion.

D'une injustice à l'autre

Jean-Louis Ribes est originaire d'un petit village, Bois-de-la-Pierre (Haute-Garonne), à environ 40 kilomètres de la ville rose. Sa carrière professionnelle l'avait bien obligé, alors qu'il était responsable d'agence pour Sogeclaire, entreprise spécialisée en ingénierie mécanique, à «monter » à Paris au début des années quatre vingt-dix.

Ce «transfert» lui a laissé un goût amer. Il n'a pas tenu plus de trois ans et a ensuite démissionné : «Je ne voulais plus subir ma carrière mais la mener». Rien ne prédestinait cet enfant de la campagne à consacrer sa vie aux travailleurs handicapés. Juste un sentiment ténu d'injustice, né de sa jeunesse. Ses parents vendaient leurs bras aux fermiers environnants. (Écoutez Jean-Louis Ribes, 00'45'')


De cette enfance il retient « une liberté à 360 degrés. En sortant de chez moi je pouvais aller dans n'importe quelle direction» et « les vrais produits de la campagne : canards, pigeons, confits.» Rien d'étonnant pour ce bon vivant s'adonnant « à la fourchette », une sorte de concours amical dont sort perdant le convive qui ne parviendra pas à terminer un repas copieux.

Le déclic viendra bien plus tard, en 1994, alors qu'il monte son entreprise qui se nomme déjà DSI. Ses clients le poussent à s'intéresser de près aux handicapés. Le sentiment d'injustice ressurgit. (Écoutez Jean-Louis Ribes, 1'13'' )


Les offensives déterminantes

Aujourd'hui sa société emploie 180 personnes dont 140 salariés handicapés. Une réussite construite autour de la bureautique, l'impression, la logistique et les services pour l'industrie. Dans ses bureaux, Jean-Louis Ribes retrouve l’ambiance des stades. Changement de ton. Accélération.

L’entrepreneur répond à son téléphone portable - annonce -, tout en se dirigeant dans le bureau de son employé - charge - et attrapant à la volée des papiers que lui tend la responsable du service finance, Marie-Laure Lacoste - passe croisée. «Aujourd'hui ça va : on arrive à l'attraper au vol», signale-t-elle.

On a beau porter un costume cravate, les réflexes de rugbyman ne s'oublient pas. Des photos de l'équipe toulousaine sont accrochées aux murs de l'entreprise, un ballon de rugby trône dans une armoire vitrée.

En 1979, il joue pour le Stade Toulousain aux côtés de Jean-Pierre Rives ou encore Jean-Claude Skrela, puis à Cahors en première division. À une époque pas si lointaine, où l'Ovalie française était loin de s'imaginer un jour professionnelle, il a préféré son emploi à sa passion. Il a conservé le rythme. Il court, toujours. «Quand il ne bouge plus, il dort», dit de lui un de ses deux frères, Thierry.

«Il aime bien avoir le contrôle»

Entre deux accélérations, il s'inquiète d'un de ses employés auprès de ses collègues. Il n'est pas venu travailler aujourd'hui. «Ça arrive... Je crois qu'il stresse. Heureusement deux de ses camarades sont allés prendre de ses nouvelles.»

La camaraderie légendaire du rugby est perceptible. Jean-Louis Ribes fonce tête baissée dans la mêlée, il pousse pour ses salariés. La gestion de l'entreprise frise parfois le paternalisme. « Il y a un peu de ça. Jean-Louis a un côté protecteur parfois autoritaire mais toujours humain. Il aime bien avoir le contrôle de peur que ça ne passe pas », raconte sa femme Céline Ribes.

Un partenaire et ami, Philippe Laurent consultant pour Ricoh France, spécialisé dans l’imprimerie, le décrit comme «pugnace» et «persévérant». « En 6 mois, il est parvenu à monter une structure pour 50 employés en Tunisie. » L'entreprise ouvrira prochainement sous la demande du gouvernement tunisien. La ligne adverse est enfoncée. Jean-Louis Ribes se défend de profiter d'une main d’œuvre moins chère : «J'accompagne les entreprises qui délocalisent leurs activités. Les Tunisiens handicapés ont aussi droit à être employés. J'exporte le concept même de l'entreprise adaptée, voilà ce que je fais !», se justifie t-il.

L'ancien vice-président de l'Union nationale des entreprises adaptées (UNEA) de 2006 à 2008, cherchait la reconnaissance de l'entreprise adaptée. Il y est parvenu dans deux pays. Essai transformé.

Cette initiative fait partie des 10 projets remarqués par la rédaction de Youphil en 2009. Pour découvrir les autres, cliquer ici.

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MDR