Sans-papiers: la lutte sur les ondes
Youphil vous emmène, le temps d'un diaporama sonore, dans les coulisses de l'émission la Voix des sans-papiers, diffusée sur Fréquence Paris Plurielle.
Ces clubs d’investissement solidaire mettent leur épargne au service de l’économie locale.
Mama Cousin n’en mène pas large. Venue ce soir de mai présenter son projet d’épicerie bio aux membres de la "Cigale" parisienne Mise en Jeu, elle a visiblement répété son discours.
Cheveux foncés tirés dans un chignon strict, chemisier noir impeccablement repassé, cette Française d’origine algérienne d’une quarantaine d’années déploie son argumentaire en y mettant toute sa conviction. Pour elle, l'enjeu ce soir est de taille. Si elle arrive à convaincre ses interlocuteurs, cette réunion peut lui permettre de lancer (enfin!) sa petite entreprise.
Les cinq personnes qui l’entourent et l’écoutent avec attention ne collent pourtant pas à l’image classique du banquier. Jeans, t-shirts et surtout sourires encourageants au moment de poser leurs questions: "Quel est l’apport de départ? Les recettes attendues la première année, la deuxième? Le montant que vous envisagez pour votre salaire?".
Malgré leur style détendu, ceux qu’on appelle les Cigaliers (de l'acronyme Cigales: club d'investisseur pour une gestion alternative et locale de l'épargne solidaire) savent a priori se plonger dans les comptes prévisionnels d’une petite entreprise comme Papillon Vert – le nom choisi par Mama Cousin pour sa future épicerie. Mais la solidité financière de leur invitée n’est pas le seul argument qu’ils retiendront lors de leur décision. "Le profil social des porteurs de projet et l’aspect local et bio de leur initiative rentrent aussi en ligne de compte", explique Laurent, le gérant de cette "Cigale". En clair, des personnes auxquelles les banques n'ont pas l'habitude de faire les yeux doux.
Visiblement, Mama Cousin satisfait à l’ensemble de ces critères puisqu’après l’avoir raccompagnée, tous votent pour l’entrée au capital de sa future épicerie. Leur apport modeste - de 2000 euros - est évidemment conditionné par l’arrivée d’autres investisseurs qui permettront de lancer l’activité.
65 entreprises "cigalées" l’an dernier
Comme les "Cigaliers" qui ont décidé d'entrer dans le capital de Mama Cousin, 130 groupes se réunissent régulièrement en France pour expérimenter une autre vision du placement financier. Créer une "Cigale" n'a rien de compliqué; il suffit de réunir entre 5 et 20 membres, qui mettent au pot, chaque mois, entre 8 et 450 euros. Chacun selon ses moyens.
Les "Cigaliers" investissent en moyenne 4000 euros par projet. Leur cœur de cible: des très petites entreprises (TPE) choisies en fonction de leur caractère "écologique, solidaire ou de proximité", explique Jean-Pierre Duponchelle, président de la Fédération nationale des Cigales.
Par exemple, lors de la dernière "bourse aux projets" parisienne, le collectif de photographes Tendance Floue, constitué récemment en coopérative, était venu présenter son cas. Plus au Sud, l’entreprise Ardelaine, qui utilise la laine d’Ardèche pour concevoir des vêtements, a pu se développer grâce aux "Cigales".
Le Nord Pas-de-Calais, une région qui possède une forte tradition d’économie solidaire, fait figure de leader avec 50 clubs "Cigales" en activité. La Bretagne et l’Ile-de-France en comptent respectivement 25. Les autres sont éparpillées sur le territoire national.
"En 2009, 65 entreprises ont été ‘cigalées’, pour un montant de 240.000 euros", détaille Jean-Pierre Duponchelle. Ces investissements servent souvent de levier pour trouver des fonds auprès d’autres acteurs de la finance solidaires, tels que la Nef ou Garrigue.
Pour les actionnaires cigaliers, le retour sur investissement dépend évidemment de l'évolution de l'entreprise sur laquelle ils ont misé.
L’objectif de la Fédération est aujourd’hui de se développer dans toutes les régions. Des Clubs devraient ouvrir en Alsace et à Toulouse. Et afin de pallier l’insuffisance des subventions publiques, un fonds de dotation va être créé, ouvrant ainsi la voie à des ressources privées et, espère Jean-Pierre Duponchelle, à la multiplication de "Cigales".
> Plus d'infos sur les Cigales sur le site de la Fédération nationale
Un beau témoignage sur Amma
Isabelle