
Deux jeunes se battent en ne retenant pas leurs coups. Esquives, coups droits, parfois uppercuts, ils dansent sur le ring d'une salle bondée sentant la sueur alors que leurs camarades se défoulent sur des punching-balls. Nous sommes dans une salle d'entraînement de boxe presque comme les autres. "Presque" car le lieu n'est pas commun. La salle se situe au coeur de Maré, une favela réputée dangereuse de Rio de Janeiro. "Presque", car au-dessus du gymnase, des étudiants sont sagement assis dans des salles de classe.
L'association "Luta pela paz", "lutte pour la paix" a décidé d'aider les jeunes du quartier par la boxe, mais aussi, depuis peu, par la capoeira et la lutte libre. Le fondateur, Luke Dowdney, ancien boxeur amateur venu de Grande-Bretagne, voulait agir contre l'insécurité des favelas.
Selon lui, les jeunes de ces bidonvilles connaissent le même contexte de violence que les enfants des pays en guerre. Dans son ouvrage Ni guerre, ni paix (1), il note ainsi qu'entre 1978 et 2000 la guerre civile en Colombie a causé la mort de 39.000 personnes alors que sur la même période, dans la seule agglomération de Rio de Janeiro, 49.913 individus ont été tués par des armes à feu de petit calibre.
Gagner le respect
L'idée paraît pourtant saugrenue. Parvenir à la paix par la pratique de sports de combat peut même prêter à sourire. Luke Dowdney n'a pas fait ce choix par hasard. Menant une thèse sur les enfants des rues à Recife, grande ville du Nord-est du pays, il s'est aperçu qu'il était bien difficile de retenir l'attention des jeunes. Une seule chose bloquait leur attention: son passé de boxeur.
Ce sport permet de canaliser les violences des jeunes mais aussi, et surtout, de faire l'apprentissage "de la discipline, du respect d'autrui", explique Gabriela Pinheiro, chargée des relations extérieures au sein de l'organisation.
La reconnaissance est aussi gagnée hors des murs de l'association. Des spectacles sont organisés dans les favelas. "Les gens les voient comme des exemples et ce respect ne s'est pas gagné par les armes mais honnêtement", ajoute Gabriela Pinheiro. "L'association est bien perçue, même les gangs nous laissent tranquilles. Ils savent que ce que nous faisons est bien."
Sur le chemin de la citoyenneté
Le sport agit comme un aimant et l'association amène les adolescents au-delà de ce défouloir. "Je voulais rejoindre mes amies pour faire de la boxe. Je me suis ensuite aperçue que Luta pela paz donnait beaucoup plus que des cours de sport", raconte Jacqueline, 19 ans, actuellement en formation de dessin de mode grâce à l'ONG.
Avant les cinq cours par semaine d'une heure trente de boxe, une leçon de "citoyenneté" d'une demi-heure est dispensée. Les 1000 participants de Luta pela paz, âgés de 7 à 29 ans, discutent de leurs droits et plus largement de leurs vies, "de choses simples dont personne ne parle dans le quartier", poursuit Gabriela Pinheiro.
Des cours du soir sont aussi dispensés pour les jeunes en échec scolaire. Ces enseignements leur permettent de réintégrer le circuit éducatif. Alors qu'elle était encore adolescente, Andresa a abandonné l'école pendant deux ans. Elle a dû élever l'enfant d'une amie décédée subitement. Les classes de rattrapage du centre lui ont permis "de voir son avenir autrement. Maintenant je sais ce que je veux. Je veux continuer d'étudier."
Ces acquis sont validés par un certificat. Pour Gabriela Pinheiro, ce diplôme n'est pas anecdotique: "C'est nécessaire pour démontrer qu'ils sont motivés car souvent les employeurs n'embauchent pas ces jeunes au seul motif qu'ils viennent de Maré". Le regard le plus difficile à changer reste celui des personnes résidant au-delà du mur dressé autour de la favela depuis un mois, soi-disant pour "le bien de ses habitants"...
(1) Ni guerra, ni paz, comparaciones internacionales de niños y jóvenes en violencia armarda organizada, Luc Dowdney, 7letras, Rio de Janeiro 2005.











