Défendre la biodiversité, loin des discours apocalyptiques

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Le scientifique français Christian Levêque invite à gérer de façon "rationnelle" la biodiversité, loin des combats plus médiatiques des ONG.

Disons-le d'emblée, Dr Christian Levêque* n'apprécie pas vraiment les discours et le travail des ONG dédiées à la biodiversité, "de certaines", précise-t-il (depuis Dakar au Sénégal, en marge d'une série d'entretiens publics), mais on sent que les désaccords sont nombreux. Il pointe aussi les simplifications médiatiques. Ce scientifique, directeur de recherche émérite et de classe exceptionnelle de l'IRD (Institut de Recherche pour le Développement), plusieurs fois appelées à des responsabilités en France et pour l'Onu sur l'écologie, reconnaît néanmoins l'ampleur et l'urgence du problème: malgré les paroles et les multiples outils existants depuis 1992, "toutes les promesses sont en échec et l'érosion de la biodiversité se poursuit", affirme-t-il avec chiffres et cartographies à l'appui.

Pourquoi sommes-nous dans l'incapacité d'arrêter cette érosion? Dr Christian Levêque s'attaque dès l'introduction à la stratégie globale lors de la première grande négociation internationale sur la question. Par exemple, "à Rio, en 1992, on s'est rendu compte que les  pourparlers étaient monopolisés par les ONG de protection de la nature et l'industrie agro-alimentaire et qu'elles n'ont pas porté sur la biodiversité mais sur la valeur marchande de celle-ci."

Le scientifique rappelle que la biodiversité n'est pas un phénomène "figé", et qu'elle porte des significations différentes en fonction des visées de chacun, ou encore selon les représentations culturelles. Ce "mot valise" qui a donc autant de sens que d'intérêts et de perspectives (économiques, politiques, culturelles...), rassemble tout de même plus de 1.800.000 espèces déjà décrites et baptisées, dont 15.000 qui arrivent chaque année sur la liste, et 5 à 10 fois de plus resteraient à découvrir par les taxonomistes (justement, s'il y a une espèce en voie de disparition, alerte le chercheur, ce serait celle du métier des taxonomistes...)  

Prendre en compte l'évolution des espèces. Dr Christian Levêque insiste sur le fait que le déplacement, les mutations, la mondialisation de la biodiversité sont des phénomènes naturels, qui par ailleurs ont été à l'origine du développement des sociétés des hommes. Même le piment africain vient d'Amérique, l'âne et la dinde d'Afrique. Le "bio" de terroir et de souche ne serait que pure invention... Plus sérieusement, la "domestication n'est pas terminée", selon le Dr Christian Levêque...  

Evolution et interactions. Alors, que propose le Dr Christian Levêque? Le chercheur lance des pistes en ce qui concerne les outils d'observation, de description et d'analyse des phénomènes liés à la biodiversité. Dans l'ensemble, (et parmi tant d'autres axes de sa réflexion), il insiste sur la nécessité de prendre en compte l'évolution des espèces, c'est à dire leur adaptation à l'environnement. Sur le plan méthodologique, il propose de savoir prendre en compte dans leur ensemble dynamique les processus et les interactions entre gènes, espèces et milieux.

Il existe une biodiversité "nuisible". Selon lui, les discours des médias et des ONG ne parlent que de la protection des espèces visibles, "charismatiques", "emblématiques". Un cadre d'analyse (systémique et interactionnel) permettrait de voir, explique-t-il, cette biodiversité invisible dont personne ne parle, de distinguer la biodiversité utile à celle nuisible pour les humaines. Il déclare que toute la biodiversité ne serait pas bonne à conserver, parlant de l'importance de la diversité de la biodiversité, celle cachée, par exemple, celle nuisible aussi, celle dont la destruction ou l'exploitation est indispensable pour préserver l'espèce humaine, etc. 

"Avec certaines ONG, j'ai des conflits sanglants". Le scientifique s'oppose au discours apocalyptique, de "l'homme nuisible" qui sous-tend certains discours des organisations non gouvernementales et des médias. Certaines ONG auraient même tendance à recréer des zones de barbelés, dont l'homme serait exclu. "Bien sûr ce ne sont pas toutes. J'en ai vu qui essayent de faire en sorte que les populations tirent profit des richesses de la biodiversité. Mais je n'ai pas vu beaucoup d'ONG défendre par exemple l'idée d'une gestion rationnelle des stocks des poissons, par exemple."

"Là où je suis un peu sévère avec les ONG, c'est sur  la question de la protection des zones humides. Ces organisations mettent plus en avant la valeur des oiseaux. Mais jamais on ne dit au public que ces zones humides sont des zones vecteurs de maladies parasitaires, qu'il est impératif de penser ensemble la santé publique et la protection des oiseaux. Elles refusent catégoriquement. Elles disent que cela coûteraient trop cher. Avec certaines ONG, j'ai des conflits sanglants". 

"Rapprocher plus les gens de la biodiversité, ce n'est pas en excluant l'homme de l'environnement, c'est en les intégrant, dit-il. Je ne suis pas pour autant naïf, je sais qu'il y a des braconneurs, des inconscients."

Dr Christian Levêque propose de promouvoir la "nature utile". Pour lui, il faut d'urgence savoir saisir ensemble biodiversité, développement durable et lutte contre la pauvreté. "On ne peut en aucun cas isoler les trois".

*Christian Levêque. Hydrobiologiste spécialiste de l'écologie des systèmes aquatiques, Christian Lévêque a notamment participé à l'Evaluation des Ecosystèmes pour le Millénaire mené sous l'égide des Nations Unies. Initialement, le scientifique mène ses recherches sur les lacs et les rivières tropicaux, et a effectué plusieurs campagnes de luttes contre les maladies parasitaires. Christian Lévêque a également écrit des ouvrages sur la biodiversité et sur le développement durable à destination des enseignants et du grand public, notamment la Biodiversité (collection "Que sais-Je ?", PUF, 1997), Faut-il avoir peur des disparitions d’espèces? (Col. Les Petites Pommes du Savoir, éditions du Pommier, 2006), La biodiversité au quotidien (Editions IRD/QUAE, 2008).

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Commentaires

Démographie Responsable

Aucune allusion à la raison primordiale de la perte de la biodiversité, à savoir un effectif humain pléthorique. Autant dire que le discours de Christian Levêque est pour le moins sujet à caution...