L'ADN des Casques Rouges

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Par Nicole Guedj, ancienne ministre et présidente de la Fondation Casques Rouges.

Depuis le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, en janvier dernier, le débat sur l’organisation des secours agite la communauté humanitaire. Pour ma part, je plaide de longue date pour la création de Casques Rouges destinés précisément à coordonner l’action des équipes gouvernementales et non-gouvernementales, en situation d’urgence.

L’absence d’un chef d’orchestre, à Port-au-Prince, a forcé la communauté internationale à prendre réellement conscience de la nécessité de mettre en place un nouveau mode de gouvernance humanitaire pour venir en aide aux victimes de catastrophes naturelles. Le constat a été sans appel: malgré une mobilisation internationale sans précédent, nous avons assisté à la plus grande désorganisation des secours de ces dernières années. Et c’est le peuple haïtien qui en a payé le plus lourd tribut.

C’est d’ailleurs, en ces termes, que nous avons lancé un "Appel pour des Casques Rouges à l’ONU" avec Jean Ping, Président de l’Union Africaine (Le Figaro du 5 avril 2010, et sur Grotius.fr). Cette tribune faisait notamment suite aux manifestations de soutien déjà exprimées par le président haïtien, René Préval, premier témoin du chaos dans lequel a été plongé son pays, mais aussi des Présidents gabonais, burkinabé et cambodgien qui ont rejoint notre combat.

Il semblerait que cette publication ait été mal comprise par certains penseurs humanitaires qui se sont empressés de dénoncer la "face cachée" des Casques Rouges avant même d’avoir pris la peine de s’intéresser à la "face émergée" de ce projet. J’ai donc jugé utile de revenir sur l’ADN des Casques Rouges.

C’est tout simplement le bon sens qui a guidé ma réflexion et m’a incitée à concevoir la création d’un centre de crise mondial pour gérer les catastrophes naturelles, dans les toutes premières heures.

Prenons l’exemple du tsunami qui a ravagé l’Asie du Sud-est en 2004. Les ONG se sont précipitées à Banda Aceh et des tonnes de matériel ont été acheminées sans que l’on ne connaisse véritablement les besoins de la crise. Au final, des milliers de vies perdues mais aussi tellement de temps, d’énergie et d’argent. Deux ans plus tard, lorsque Katrina a dévasté les côtes de la Louisiane, c’est le manque d’anticipation et de préparation qui ont, cette fois-ci, fait défaut à la première puissance mondiale, incapable de réagir dans l’urgence.

En 2008, alors que nous étions prêts à faire face au cyclone Nargis, la junte birmane a refusé tout accès aux humanitaires pendant plus de trois semaines, par crainte d’ingérence de la part de la communauté internationale.

Pour être enfin en mesure de garantir le droit au secours à toutes les populations du monde, il nous faut nous doter d’une organisation 100% humanitaire qui pourra intervenir partout et pour tous, au nom de l’humanité toute entière. C’est en somme ce que je propose avec les Casques Rouges, frères humanitaires des Casques bleus, placés sous l’égide de l’ONU.

Un Etat major renforcé serait ainsi chargé de centraliser les informations, de mutualiser les moyens existants et de préparer des réponses concertées; des antennes régionales, basées sur chaque continent, auraient vocation à identifier les acteurs humanitaires en présence, capables de réagir dans l’urgence; une force opérationnelle d’appoint s’attacherait, quant à elle, à évaluer la situation d’une catastrophe et à coordonner l’action des secouristes.

Que l’on se dise définitivement, avec les Casques Rouges, il ne s’agirait pas de remettre en cause l’indépendance des ONG, ni d’accroître l’emprise des Etats sur l’aide humanitaire. C’est même tout le contraire. Les Casques Rouges permettraient de faciliter l’action des humanitaires et de renforcer leurs capacités d’intervention.

J’entends bien que pour certains, il ne soit pas chose aisée de reconnaître les limites du système, qu’il soit douloureux d’appréhender le changement. Mais rappelons-le, s’il le fallait, les catastrophes naturelles entraînent la mort de milliers de personnes chaque année et la prochaine fois, l’on ne nous pardonnera plus les sempiternelles remises en cause post-crise.

Combien de rapports ont été rédigés? Combien de coups de gueules ont été poussés? Et pourtant, à l’annonce d’un ouragan ou d’un cyclone, tout le monde tremble encore à l’idée de ne pas être à la hauteur, de perdre des vies qui auraient du être sauvées.

Prenons donc le risque d’essayer, de faire entrer l’action humanitaire dans une nouvelle ère. Sans idéologie. Du pragmatisme, rien que du pragmatisme. Ce serait bien cela les Casques Rouges.

Nicole Guedj est l'auteure de l'ouvrage Pour des Casques Rouges à l’ONU, éd. Cherche-midi, septembre 2009

Photo: un Casque bleu de l'Onu via FlickR/Julien Harneis

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