Quand l’insertion joue la carte du glamour

Un défilé parrainé par Christian Lacroix présentait à Paris les créations de femmes en insertion, à la fois couturières et mannequins d’un jour.

Ne cherchez pas les paillettes, les mannequins aux jambes interminables et les "fashionistas" en émoi. Jeudi 6 mai, elles ne participaient pas au défilé organisé à la future Cité de la mode et du design, quai d’Austerlitz à Paris. A la place, Christelle, Nejla, Béatrice… des démarches hésitantes, des sourires timides et des mannequins en herbe rayonnantes.

Pendant une vingtaine de minutes, ces femmes aux parcours difficiles ont vécu leur quart d’heure warholien. Sous les spots, devant les photographes venus nombreux et un Christian Lacroix enthousiaste, elles ont présenté trente-cinq modèles sur lesquels elles travaillent depuis plusieurs mois dans leurs ateliers d’insertion. Tous élaborés à partir de vêtements donnés et de bouts de tissus divers, comme cette robe issue d’un rideau ou cet ensemble né d’une paire de draps, de perles et de fleurs.

Regardez le tour de piste final, avec tous les modèles :

Originaires de Mâcon, de Montluçon ou du Pas-de-Calais, ces trente femmes appartiennent au réseau Tissons la solidarité, qui fédère des ateliers d’insertion spécialisés dans le recyclage de vêtements.

"Beaucoup sont des petites mains de la couture qui ont perdu leur emploi en raison des délocalisations", explique Caroline Portes, la directrice du réseau. Avec l’aide de deux stylistes et sous le parrainage du couturier Christian Lacroix, elles ont donc dessiné, conçu et porté leurs créations. A terme, l’objectif est de fonder leur propre marque, qui serait vendue dans les quelques 121 boutiques de seconde main du réseau.

Accompagnées dans la recherche d’emploi

"Nous souhaitons changer le regard porté sur les femmes en insertion, montrer leurs talents, leurs compétences", explique le président de Tissons la solidarité, Robert-Jacques Caquineau. Zéro misérabilisme donc, mais une grosse émotion quand même.

"C’est la première fois que je portais des talons" confie Béatrice avec un grand sourire et les yeux humides. Pour cette Mâconnaise de 43 ans, c’est la journée des premières fois: première visite à Paris, premier voyage en TGV, première expérience de mannequin. "Le pire, c’était d’attendre dans le couloir avant de commencer à défiler. J’avais une grosse boule à l’estomac et puis finalement, quand le rideau s'est ouvert, j’ai vu que les gens souriaient et ça m’a mise à l’aise!".

Auxiliaire de vie sociale, Béatrice est restée quatre ans au chômage avant de rencontrer l’atelier d'insertion "Le Pont" qui collecte, trie et repasse les vêtements. Embauchée en contrat aidé depuis le 26 octobre 2009 (elle connaît la date par cœur), elle va être accompagnée dans la recherche d’un emploi par les encadrants de cette structure. Depuis la création de Tissons la solidarité en 2004, comme Béatrice, 12.000 personnes ont ainsi été suivies, avec un taux de retour à l’emploi de l’ordre de 35%.