Marisol Touraine, nouvelle ministre des Affaires sociales
Cette spécialiste des questions sociales a été nommée ministre, sans surprise, par Jean-Marc Ayrault. Portrait.
Courir pour récolter de l’argent. De plus en plus d’associations y ont recours. Est-ce que ça marche vraiment ?
Faire des kilomètres au profit d’une association. Youphil a voulu se pencher sur cette nouvelle méthode de collecte plébiscitée par les associations. En effet, au printemps 2010, une dizaine de grandes organisations comme Médecins du Monde ou Oxfam France ont programmé, souvent pour la première fois, des défis sportifs pour récolter des fonds.
Le système est simple: chaque participant se donne pour objectif de récolter une somme d’argent. Pendant plusieurs mois avant la course, il va donc s’entraîner physiquement tout en collectant de l'argent dans son entourage, pour la cause de son choix.
S’il n’atteint pas son objectif, il ne peut pas participer à la course. Après tout, les ONG l'admettent elles-mêmes: aujourd'hui, le secteur caritatif est devenu aussi compétitif qu'un autre.
L’ONG de lutte contre la pauvreté Oxfam organise par exemple un défi sportif au cours duquel des équipes de 4 personnes doivent courir 100 km en moins de 30h.
Chaque coureur se donne donc pour objectif de collecter 375 € en amont (auprès de sa famille, de ses amis et de ses collègues) et ce grâce à Aider Donner. Cette entreprise prête depuis 2009 sa plateforme aux associations moyennant une commission de 5% du montant des dons recueillis via le site.
Chacun peut ainsi choisir une association et ouvrir une page personnelle sur le site, afin d'informer ses proches et recueillir des fonds via le système de don en ligne.
Intérêt financier limité
La méthode vient des pays anglo-saxons. Et surtout de Grande-Bretagne, où chaque année, le marathon de Londres permet de collecter 53,2 millions d’euros en une journée. Un record. C’est ce modèle-là que les fondateurs de la plateforme Aider Donner ont voulu importer en France.
"En un an et demi d’existence, la plateforme a permis de collecter 1,3 millions d’euros via des évènements le plus souvent sportifs", constate Guillame Desnoës, cofondateur du site. Pour l’instant, en France, l’intérêt financier est limité.
A titre d’exemple, le WWF, qui organise sa course au Mont Ventoux, affiche pour l’instant 26.000 euros au compteur, une goutte d’eau si l’on rapporte cette somme aux 8,9 millions d’euros récoltés en 2009.
Comme l’explique le responsable du fundraising chez Oxfam, Simon Romain, "les défis sportifs sont intéressants car il y un effet de démultiplication de l’engagement". En effet, contrairement aux évènements sportifs caritatifs classiques, où l’argent récolté est uniquement issu des frais d’inscription, dans le cas des défis sportifs, les participants s’entraînent pendant plusieurs mois avant la course, tout en recherchant des fonds.
"On considère que chaque équipe va parler à 30 personnes en 3 ou 4 mois", estime Simon Romain.
"Nouvelle cible de donateurs"
Les ONG apprécient en effet le faible coût de ce moyen de collecte par rapport à l’envoi de courrier ou au marketing de rue qui ne permet de toucher qu’une ou deux personnes sur 100.
En somme, les ONG sous-traitent le travail de collecte aux sportifs. Autre avantage: le défi sportif permet d’approcher une catégorie de la population qui donne proportionnellement moins que d’autres. Jérôme Lachaze, responsable de la course de l’ONG WWF, le Pandathlon l’admet sans détours: "On s’est dit qu’il fallait toucher un nouvelle cible de donateurs: les 20-50 ans, c’est à dire les étudiants, trentenaires et les salariés d’entreprises, car ce sont surtout les retraités qui donnent".
Si le succès des défis sportifs organisés dans les pays anglo-saxons font tourner la tête des ONG françaises, en France, le succès est loin d’être au rendez-vous.
Le WWF craint même de devoir débourser plus d’argent qu’il n’en récoltera au cours de ce défi sportif. Il reste encore des kilomètres à parcourir avant d’atteindre les sommes colossales du marathon de Londres.
Photo: Josiah Mackenzie, Flickr.
*Aider Donner est partenaire de Youphil.
-Dire que l'"intérêt financier" est limité parce que la collecte évènementielle ne représente encore qu'un faible pourcentage des fonds collectés au WWF est un raccourci qui ne donne pas un panorama complet de la réalité. Avec un même raisonnement, on pourrait aussi dire que l'intérêt de la publicité sur Internet est limité dans l'absolu parce qu'elle ne représente que 5% des dépenses media dans certains groupes du Cac 40...
-L'intérêt financier est ainsi bien réel, en particulier pour des associations de taille plus modeste qui ne font pas de Marketing Direct. Exemple: une association a collecté 70 000€ en trois mois sur Aiderdonner, sans aucun investissement, alors qu'elle n'a pas d'effectif salarié et que son budget annuel était de 150 000€ auparavant.
-Quand une association lance son propre évènement, elle assume forcément un investissement au départ mais ça n'est pas aujourd'hui le cas dominant: la plupart des associations qui font de la collecte évènementielle n'investissent pas dans le lancement d'un évènement et collectent sur des courses déjà existantes comme le Marathon de Paris avec des ratios de frais de collecte très faibles et des résultats significatifs (plusieurs dizaines de milliers d'euros sur quelques mois)