Martine Storti, un combat pour l’éducation

Cette ancienne journaliste de Libération préside l’association pour les 40 ans du Mouvement de Libération des femmes. Elle est aussi engagée, depuis la guerre au Kosovo, pour la mise en place de structures éducatives dans les zones de crise. Rencontre.

Un matin, à 7h30. J’écoute la chronique de Nicolas Demorand sur France Inter en prenant mon café du matin. Surprise, il parle de Martine Storti, "femme d’exception", et de son action en faveur de l’éducation dans des situations de crise, comme celle que connaît Haïti.

Martine, mais j’étais assise à côté d’elle la veille à une réunion de préparation des événements autour des 40 ans du MLF! Ancienne journaliste de Libération, elle exerce aujourd’hui comme Inspectrice Générale de l’Education Nationale. Mais je ne connaissais pas cette facette de sa personnalité! Je décide de l’interviewer pour écrire son portrait.

La guerre au Kosovo, un déclic

Je la rencontre dans son appartement, situé sur les hauteurs de Belleville. Martine me raconte comment, au printemps 1999, alors qu’elle était Inspectrice Générale de l’Education Nationale, la guerre du Kosovo l’a convaincue que l’éducation devait faire partie de l’urgence humanitaire. Impossible de rester passive face à la réalité des camps de réfugié-es.

Les bombardements de l’OTAN, les familles chassées par les Serbes, les attaques aériennes, et qui quittent en masse leurs maisons… Une image l’obsède: un homme qui fuit en tirant une vieille femme sur une couverture, faute de brancard. Et puis, bien sûr, le nettoyage ethnique, mais aussi des Serbes qui protégeront leurs amis albanais. Bien sûr, face à cette situation, elle s'est demandé, comme le font souvent les personnes nées après la seconde guerre mondiale, si elle aurait, elle aussi, eu le courage de résister, en sauvant des familles juives.

Un leitmotiv: reconstruire les écoles

Martine décide alors d'agir. Elle écrit au ministère de l’Education nationale pour proposer de s’occuper des enfants kosovars qui arrivent en France ou dans les camps, en Albanie, en Macédoine.

En juillet, alors que  la guerre est terminée, elle part 3 semaines au Kosovo. L’heure est à la reconstruction. Reconstruction matérielle du pays, reconstruction psychologique des personnes. Les parents veulent que les enfants retournent à l’école. Il s’agit alors pour Martine d’identifier les écoles à reconstruire, à réhabiliter.

Elle travaille en lien avec les affaires civilo-militaires, puis avec le ministère de la coopération. Se heurte aux lourdeurs administratives, dépendante des changements de ministres ou de gouvernements.

Au fil du temps, elle reviendra au Kosovo pour suivre la reconstruction des écoles. En 2001, elle publiera ses Cahiers du Kosovo, une sorte de journal de bord, écrit de 1999 à 2001. "Dans un camp de réfugiés où il y a une école, ça transforme la vie du camp, les parents accompagnent les enfants à l’école, ça redonne un rythme 'normal' au quotidien ; un pont, entre le présent et l’avenir", explique Martine.

Afghanistan, l’urgence éducative

2002: l’Afghanistan est au premier plan de ce qu’elle considère comme l’urgence éducative. Lorsque le régime des Talibans tombe, c’est l’hiver, le froid et les vacances scolaires.

Pourtant, enfants et professeur-es reprennent le chemin des écoles. Martine se bat alors pour reconstruire des écoles, et pas seulement à Kaboul. Elle met en place des co-financements, entre les régions, l'Etat, la Caisse des dépôts. Cette fois, elle veut intervenir à travers les ONG. Elle contacte des associations comme NEGAR, Afghanistan Libre, Afghanistan Bretagne...

Martine fait le choix de financer des écoles, en dehors de Kaboul; Elle se rend à plusieurs reprises sur les lieux, parfois avec une lettre de mission d’un ministère, parfois sans. L’un de ses souvenirs les plus émouvants: son accueil en 2003 par les petites filles de l’école de Narhin. Une  école qui compte 600 à 700 élèves et qu’elle a contribué à faire reconstruire "à la jonction de plusieurs hameaux, mais pas plus d’une heure à pieds des maisons."

"Intervention éducative d'urgence"

Depuis, Martine  se bat pour que la France intègre, à l'image des institutions internationales, cette notion d’éducation d’urgence. Elle a notamment adhèré au Réseau international pour l'éducation dans les zones d'urgence

En 2002, elle envoie son projet au ministère de l’éducation pour monter un dispositif d’urgence, une cellule étatique permettant de former les personnels à l’intervention éducative d’urgence. Mais au gré des changements de la vie politique française, ce projet est mis de côté.

Pourtant, les situations d’urgence ne manquent pas: le Tsunami, l’Indonésie, et aujourd’hui Haïti. Martine continue donc son combat pour que l’éducation fasse partie de l’urgence humanitaire.

Sociologue, philosophe...

Cette fille d’immigré italien a un parcours incroyable. Etudiante en philosophie et pilier du comité de grève en 1968 à la Sorbonne, professeure de philosophie dans le Nord et responsable syndicale, elle a été journaliste à Libération de 1974 à 1979 pour couvrir les mouvements des femmes, puis elle a rejoint les cabinets ministériels, les hautes sphères de l’Etat.

Elle fera part de cette dernière expérience dans Un chagrin politique. Nommée depuis Inspectrice Générale de l’Education Nationale, elle continue son engagement pour "une humanité de la relation humaine" en portant l’urgence éducative.

Son combat d’aujourd’hui est également féministe. Martine préside l’association qui organise cette année les célébrations des 40 ans du Mouvement pour la Libération des Femmes.

Pour en savoir plus:

> Lire son blog

> Son dernier livre (sortie le 4 mars): Je suis une femme, pourquoi pas vous?

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