Vendre du rêve tout en luttant contre le sida

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Coup de projecteur sur une initiative des professionnels du tourisme. Ils mènent des campagnes de prévention auprès de leurs salariés.

Si vous vous rendez dans un hôtel Accor au Sénégal, vous trouverez peut-être, glissé près de l’oreiller, un préservatif offert gracieusement par l’enseigne. N’y voyez aucune incitation à la débauche, juste le résultat de la politique de prévention de l’établissement. Les salariés, eux aussi, sont concernés : il existe des "comités VIH" dans chaque hôtel pour sensibiliser le personnel au sida et inciter à l’utilisation du préservatif.

Ici, on mise sur les "pairs éducateurs", à savoir des salariés chargés de relayer les informations liées à la prévention. "Il est toujours plus aisé de s’adresser à son collègue qu’à son chef, note Johanne Payen, directrice de la responsabilité sociale au groupe Accor Afrique- Moyen Orient, c’est pourquoi les entreprises s’appuient en priorité sur les salariés eux-mêmes." But de l’opération : briser les fausses croyances et inciter les salariés à se rendre dans des centres de dépistage anonymes et gratuits.

Effet boule de neige

En décembre 2007, le groupe décide de coordonner son action avec celle menée par les autres professionnels du tourisme comme le Club Med, Air France, ou encore Europe Assistance. Pas évident, quand on vend du rêve, de s’attaquer au tabou du sida. "Mais sur ce sujet-là, les entreprises se doivent de faire preuve d’exemplarité, pour créer un effet boule de neige", juge Johanne Payen. 

Impossible, en effet, pour ces groupes de ne pas prendre en compte la situation des zones touristiques - particulièrement touchées par le sida - dans lesquelles ils exercent leur activité. Pour eux, il est bien plus lourd de gérer les conséquences des absences liées au VIH plutôt qu’une politique de prévention.

Cette mutualisation des moyens entre professionnels du tourisme s’accompagne de partenariats publics - privés, financés en partie grâce au fonds mondial. Pour les entreprises, c’est aussi le moyen de s’attirer les faveurs d’un pouvoir local qui n’a pas toujours la possibilité ou l’envie d’agir lui-même sur le terrain du VIH.

Stratégie sanitaire… et marketing ?

A l’origine de cette initiative, la nécessité de lutter contre le sida donc, mais aussi la volonté de répondre aux clients désireux de mener des actions solidaires. Certains ont en effet envie d’aider les populations locales des pays dans lesquels ils passent leurs vacances… mais sans toujours savoir comment s’y prendre.

Dominique Rosier, responsable hygiène et santé au Club Med, explique : "Certains clients se rendaient dans les villages pour donner les pains au chocolat de l’hôtel. Même s’ils pensaient bien faire, nous avons dû leur expliquer que la meilleure manière d’aider était parfois de faire un don à telle ou telle association par exemple." Mais pas question pour elle de parler d’opération marketing. "Nous n’avons jamais voulu que notre politique sanitaire devienne un argument de vente".

Une chose est sûre : les campagnes de prévention des entreprises pourraient avoir un impact considérable. Selon Erick Maville, directeur Europe de la Coalition mondiale des entreprises contre le VIH, 90% des salariés sensibilisés par des équipes se déplaçant d'établissement en établissement participent aux réunions d’informations. Près de 80% acceptent également d'être dépistés sur leur lieu de travail, contre 15% lorsqu'il s'agit de se rendre dans un centre de dépistage. Un succès qui pousse les entreprises à étendre l’initiative aux familles des salariés et à leurs prestataires extérieurs.

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