Obama consacre 50 millions de dollars à l'innovation sociale

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Via le fonds d'Innovation sociale, la Maison Blanche veut soutenir des initiatives solidaires pour les propulser de l'échelle locale à l'échelle nationale. Explications.

Lancé par l'administration Obama, le fonds d’Innovation Sociale doit soutenir l’application à grande échelle de solutions à des problèmes sociaux ayant déjà prouvé leur efficacité.

En 2010 -année d’expérimentation pour ce fonds- les 50 premiers millions de dollars seront déboursés. Ils représentent en fait 1/4 des 200 millions qui devraient être octroyés; les ¾ restants venant de partenariats publics/privés qui restent à définir. Obama et son équipe ont vu juste quand ils ont conçu ce Fonds: la nature très entrepreneuriale du secteur social aux USA a ce bon côté de générer des tas d’initiatives innovantes qui peuvent se développer au niveau local tant que leurs concepteurs trouvent le soutien financier adéquat.

C’est ainsi qu’à Boston par exemple il y a une profusion d’organisations réputées à la fois pour leur excellence programmatique et leur capacité de gestion qui se sont spécialisées dans les programmes parascolaires d’après-classe ("after school programs"), tels que Citizens Schools, Jumpstart, BELL, ou Summer Advantage.

Au moins 100.000$ par an

Evidemment, on se dit parfois que ces gens pourraient se parler davantage et faire des choses ensemble – la profusion peut virer à une certaine anarchie.

Le fonds d’Innovation sociale va donc fonctionner de la façon suivante: 50 millions de dollars vont être répartis entre 5 à 7 organisations "intermédiaires" qui chacune devrait recevoir entre 5 et 10 millions de dollars.

Il s’agit d’une contribution annuelle qui sera renouvelée sur une période de 5 ans. Ces intermédiaires seront à leur tour censées sélectionner des organisations de terrain, celles qui mettent déjà en œuvre ces solutions innovantes qui mériteraient d’être reproduites à grande échelle, et leur accorderont des subventions d’au moins 100 000 dollars et de l’assistance technique, notamment dans le domaine de l’évaluation mais aussi de la gestion ou la collecte de fonds.

Tout ce petit monde tentera de trouver ensemble les 150 millions restants. En choisissant des entités intermédiaires, le fonds privilégie la solution de l’efficacité: pas besoin de traiter en direct avec toutes les organisations de terrain qui bénéficieront de sa générosité.

Le modèle consistant à "gérer un portefeuille" d’organisations prometteuses que ces intermédiaires soutiennent dans leur croissance sur plusieurs années est celui de la "Venture Philanthropy" (VP) qui existe depuis une dizaine d’années aux Etats-Unis (à présent en Europe continentale et en Angleterre également). Des organisations comme New Profit et Venture Philanthropy Partners font de la venture philanthropy depuis longtemps - et elles savent faire.

Favoritisme ?

Maintenant les dangers: en sous-traitant le choix des entités de terrain à des intermédiaires, le fonds prend le risque que des standards différents soient appliqués d’un intermédiaire à l’autre (même si le fonds émet des critères de choix clairs).

De plus, en travaillant avec un New Profit et un VPP, comment éviter que ceux-ci ne "poussent leurs poulains" ? Ils y ont tout intérêt: cela leur éviterait de trouver de l’argent pour ces organisations sur les 5 ans à venir et les ONG qu’elles sélectionnent pour faire partie de leur portefeuille sont censées refléter un modèle social performant et innovant. Ainsi, la probabilité qu’ils aillent chercher de nouvelles organisations n’est pas très élevée.

Sans être dans le secret des dieux, j’ai assez entendu ces derniers mois que les New Profits, Venture Philanthropy, et Root Cause (un autre intermédiaire mais qui ne fait pas de la VP celui-là) ont fait un lobbying sérieux auprès de l’Administration Obama (où ils ont leurs entrées) pour que 1) l’argent passe par des intermédiaires comme eux, et 2) pour que ce soient eux qui le reçoivent. Alors, sans mettre en cause leur intégrité, avouons qu’il y a un peu de "course à l’échalote" dans cette première année d’opérations du fonds.

Aide aux enfants à Harlem

Celui-ci a bien prévu que de nouvelles organisations intermédiaires puissent se constituer  à l’occasion et poser leurs candidatures (qui sont d’ailleurs encouragées selon le communiqué de presse).

Enfin, prendre une organisation de quartier et en faire une structure d’échelle nationale est extrêmement complexe. Les dirigeants d’ONG comme ceux de nombreuses entreprises, ont coutume de dire que c’est la tâche la plus difficile qu’il leur incombe dans l’existence de leur organisation. Ne nous attendons donc pas à des miracles précoces…

Alors oui, prendre les meilleures idées, qui ont fait leurs preuves, et les reproduire dans le plus d’endroits possibles, ça ne peut être qu’intéressant. Obama a souvent pris en exemple la fameuse Harlem’s Children Zone, fondée et dirigée par le charismatique Geoffrey Canada, qui a changé au cœur d’Harlem le destin de tellement d’enfants (de l’avis même de ses habitants) en pariant sur les années d’avant la maternelle pour leur développement. Mais tous les choix d’organisations à soutenir ne seront pas aussi évidents.

Cependant, soyons optimistes sur cette première année – après tout, des dizaines d’organisations (200 millions de dollars à distribuer au total avec des subventions minimum de $100 000) vont pouvoir étendre leurs activités. L’impact social ne pourra être qu’important. Mais il faudra garder l’œil sur 2 ou 3 choses :

-D’autres intermédiaires que les "suspects habituels" comme on dit par ici aux Etats-Unis, à savoir Root Cause, New Profit, ou VVP, seront-ils sélectionnés ?

-Parmi les organisations que ceux-ci – s’ils sont choisis – financeront, combien y en aura-t-il qui ne sont pas déjà dans leur portefeuille?

-Enfin, la capacité de gestion des bénéficiaires sur le terrain leur permettra-t-elle de surmonter les obstacles du changement d’échelle et de la croissance?

>Retrouvez Philippe Taïeb sur son blog personnel (en anglais).

Photo: Maison Blanche. Ktylerconk via Flickr.

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