Sur scène, des mères en boubou contre le sida

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Pour sensibiliser leurs enfants au VIH, des femmes des Mureaux sont devenues les actrices d’une pièce de théâtre destinée à casser les tabous sur « la maladie ». Efficace.

Parler de sexualité et de préservatif sur scène face à tout leur quartier. C’est le défi relevé par une association de femmes des Mureaux, dans les Yvelines. L’histoire qu’elles jouent, c’est celle de Lala, qui reçoit ses amies pour les noces de sa fille. Survient alors une rumeur : un des cousins invités au mariage serait séropositif. Les amies prennent peur. Au marché, elles racontent, effrayées, que toute la famille a attrapé le sida, même la grand-mère… et le chien.

Du « pshit pshit » contre le sida

La pièce, conçue par Anne-Lind Perrucon, s’attaque aux croyances avec humour. Pour la concevoir, la metteur en scène s’est s’inspirée des histoires de ces femmes, les a écoutées, a repris leur vocabulaire. « C’était important de faire du théâtre avec leurs propres mots, leurs vraies préoccupations », indique-t-elle. Ainsi, les amies de Lala vaporisent du « pshit pshit » chez elle pour faire fuir les moustiques susceptibles de transmettre « la maladie ». L’auteure décrypte aussi les rapports mère - fille, comme dans cette scène où Aminata trouve un préservatif dans le jean de sa fille en faisant la lessive. Celle-ci lui explique alors qu’il s’agit… d’un chewing-gum. Fou rire garanti dans le public, essentiellement constitué de jeunes collégiens et lycéens.

Briser les tabous sur « la maladie »

La pièce, créée en 2005, a été jouée une dizaine de fois dans des salles de spectacles, des centres sociaux et des maisons de quartiers d’Ile-de-France. Avant de monter sur scène, les apprenties actrices ont du surmonter leurs propres tabous. « Pour une musulmane, se mettre en scène, ce n’est pas évident », confie Nouriatou Sow, une des initiatrices du projet. Anne - Lind Perrucon confirme : « Il était impensable que l’une d’elles jouent le rôle d’une femme séropositive. Il a donc fallu ruser. D’où l’idée de ce cousin que l’on ne voit jamais. »

Une prévention sur le mode oral : le principe est un peu le même qu’en Afrique, où le théâtre est un moyen privilégié de sensibilisation au VIH. A plusieurs reprises, les femmes martèlent le même refrain : « Appelle le 0800 840 800, au bout du fil, il y a Monsieur Anonyme et Gratuit, il te dit tout sur le sida. » 

Une prévention ciblée

Après une tournée dans des villes de banlieue parisienne, la petite troupe a été contactée par Sida Info Service, intéressée de voir son numéro de téléphone repris en boucle dans une pièce de théâtre. Pour l’association, cette pièce permet notamment de communiquer auprès des personnes issues de l’immigration africaine. Un public particulièrement touché par le VIH, et peu réceptif aux opérations de prévention nationales. Malgré la nécessité de mener des campagnes de sensibilisation ciblées, les associations ont longtemps été réticentes à l’idée de mettre en place ce type de messages communautaires. «Avec l’information ciblée, la population peut se sentir discriminée, estime Hélène Freundlich, coordinatrice des actions femmes et migrantes à Sida Info Service. Mais si on ne cible pas, plus personne ne se sent concerné. Ici, le public se retrouve en elles sans jugement ni condamnation. »

Sida Info Service s’engage également à mettre son expérience au profit du projet pour que la pièce obtienne, par exemple, des financements. Une aide qui sera sans doute utile aux femmes des Mureaux pour réaliser leur prochain objectif : se produire en province… et pourquoi pas en Afrique « dans les villages où il n’y a même pas de préservatifs », soupire Nouratiou Sow, une des actrices. 

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