De "Hopenhaguen" à "Flopenhaguen"

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Un militant des Jeunes Verts fait le bilan des 15 jours de négociations du Sommet de Copenhague. De l'espoir à la désillusion finale. 

Dans le centre de la capitale danoise les employés municipaux s'empressent de démonter et ranger les grands panneaux "Hopenhagen". Normal, en quelques jours "Hopenhagen" est devenu "Violenthagen" puis "Flopenhagen".

En arrivant pour la première fois à une COP (Conférence des Parties, comme la COP15 de Copenhague) un observateur se retrouve tout de suite perdu. Des dizaines de réunions, de réceptions, de conférences... et surtout un accès aux réunions plénières très limité. Une fois sur trois on vous répond que l'accès est "interdit aux ONG" (dont font souvent partie les observateurs).

En gros vous comprenez très vite que les décisions se prennent exactement là où vous n'êtes pas.

Dans les "réunions informelles", au cours des discussions derrière des portes fermées, parfois dans les couloirs ou autour d'un verre. C'est donc à vous de ramasser quelques miettes en tendant bien l'oreille à la cafétéria ou en échangeant des infos avec d'autres observateurs, souvent autant paumés que vous. Il est clair que dans un système aussi non-transparent et peu démocratique il est difficile de faire pression sur les Etats qui défendent, en réalité, presque toujours leurs égoïsmes nationaux.

Ceux qui bloquent et ceux qui proposent

Lorsqu'un observateur arrive toutefois à accéder à une "plénière" il s'aperçoit très vite que rien ne s'y passe :

1. Les "grands" pays n'y interviennent presque pas.

2. D'autres pays pratiquent avec joie le blocage permanent (ex: Arabie Saoudite).

3. Certains proposent mais sont trop petits pour être entendus (ex: Tuvalu).

En gros c'est le grand "Climate circus" (cirque climatique) où chacun joue son rôle bien défini par avance. C'est ce système qui est à l'origine de tous les échecs. Une négociation obscure, faite dans le dos des uns, de la majorité, en accord avec quelques autres, de la minorité, ne peut aboutir à un accord ambitieux.

Même quelques groupes formés pour réduire les égoïsmes nationaux n'ont pas vraiment fonctionné : AOSIS (petites îles) s'est désolidarisé de Tuvalu et le G77 s'est divisé sur de nombreux sujets. Dans un tel système, les ONG (pratiquement seuls défenseurs d'un accord juste et ambitieux) n'ont qu'une place très réduite.

Elles peuvent émettre un avis et mettre un peu la pression sur les négociateurs. C'est tout. Quand elles essayent d'aller plus loin pour jouer pleinement leur rôle elles sont écartées, même physiquement virées du lieu des négociations comme lors des derniers jours du Sommet de Copenhague.

«System change, no climate change »

La COP15 à Copenhague a sans doute été le sommet le plus attendu, le plus médiatisé, le plus suivi et le plus plébiscité du siècle et peut-être même de tous les temps. "Le plus grand Sommet depuis Versailles", disait-on. Il serait intéressant de calculer le nombre d'articles, d'émissions TV, de reportages et même de bouquins qui y sont consacrés.

Il serait aussi intéressant de voir combien de millions ont été dépensés en publicité et en marketing (direct et indirect), aussi bien par les organisateurs du Sommet que par quelques entreprises qui en ont profité pour remettre une couche de greenwashing.

Il serait surtout intéressant de voir, mais c'est incalculable, le nombre d'heures que les scientifiques, les ONG, quelques politiques et une partie des négociateurs ont passé pour préparer ce Sommet, pour qu'un accord puisse y être trouvé, pour que l'espoir qu'il a suscité ne soit pas vain.

Si l'on fait ces calculs, on comprendra vite pourquoi le vendredi 18 décembre, lors de l'annonce du "non-accord", certains se soient effondrés en larmes et d'autres ont trinqué, sourire à peine caché, à la santé des leaders des grands pays industrialisés.

Le flop du siècle

Dans le système actuel de la Conférence des Parties de l'ONU, en désespoir de cause, la planète est toujours obligée d'espérer un miracle. D'abord on regarde du côté de la Chine, puis de l'UE, puis, enfin, arrivent les sauveurs : Obama et les "super négociateurs" qui vont mettre tout le monde d'accord et aboutir à un résultat génial en un temps chrono. Raté. Ce qui devait être le Sommet du siècle est devenu le flop du siècle.

Quelques jours avant mon départ, un ami me disait : "Je suis jaloux, un jour tu pourrais raconter à tes enfants que toi tu y étais." Sauf que je n'aurais jamais pu penser que je leur parlerais du plus gros échec du siècle dont ils connaîtront, eux, les conséquences.

Et la société civile ?

Aujourd'hui, après l'échec cuisant du sommet de Copenhague, on a plus de doutes que de certitudes et personne n'a la recette magique pour que la prochaine fois (à Bonn ou à Mexico ou on ne sait où...) ça marche.

Toutefois quelques pistes se dégagent. Il est certain qu'il faut changer le processus de la COP. La société civile ne peut plus rester la caution d'un processus dont elle ne fait pas partie et qu'elle n'approuve pas. Pourquoi la société civile ? Car c'est de ce côté là qu'on voit un espoir. Le Sommet de Copenhague a servi à une chose : faire émerger un mouvement mondial pour le climat.

En quelques jours les ONG, les mouvements de jeunesse, les associations locales, les syndicats, les membres du mouvement social et certains partis politiques venant du monde entier, se croisant et se parlant souvent pour la première fois, ont réussi à voir qu'ils étaient tous à Copenhague avec un seul et même objectif : un accord juste, ambitieux et légalement contraignant.

Je répète, ce mouvement mondial ne fait qu'émerger, mais il se construit sur des bases solides et peut se transformer en une force inédite et transnationale, qui ne défend pas les intérêts égoïstes d'un pays ou d'une corporation mais l'intérêt général, celui de la population qu'elle représente.

Nouvelle structure de négociation

Le processus décisionnel de l'ONU doit changer et intégrer ce mouvement naissant. Sinon il n'arrivera à rien. L'ONU doit donc clairement mettre sur la table une "Organisation mondiale de l'écologie" qui réunirait, avec des pouvoirs égaux, les Etats, les ONG, le mouvement social, les syndicats et les entreprises.

C'est le seul système qui pourrait être reconnu comme légitime pour conduire à un accord ambitieux. Enfin, et c'est un constat largement partagé : nos leaders nous conduisent dans une impasse.

De gauche traditionnelle ou un peu rénovée, de droite conservatrice, nationaliste ou libérale... des modérés, des démocrates... aussi brillants et charismatiques qu'ils soient : ces femmes et hommes politiques, chefs d'Etats et de gouvernements, préfèrent les intérêts particuliers à l'intérêt général, le bi-latéralisme au multi-latéralisme, la concurrence plutôt que la coopération, et la puissance plutôt que le compromis.

Avec ce constant certains diront que le XXIe siècle doit inventer une force politique nouvelle capable de rompre avec ces logiques héritées du XIXe siècle. D'autres savent que cette force existe déjà.

Photo: Noé Pflieger, Flickr.

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