Brésil et changement climatique: sous le goudron, la plage?

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Alors que Copenhague tourne en rond, Sao Paulo se noie sous les pluies. Une université brésilienne met au point un nouveau type de revêtement anti-crues. Une adaptation au changement climatique qui a un côut.

"Sont désormais impraticables: la Marginale Pinheiros, en sens unique, à la hauteur de la rue Quintana; la Marginale Tiêté, dans les deux sens à la hauteur du pont Nova Fepasa; l’avenue Antartica près du viaduc..." Imaginez une litanie radiophonique de 30 périphériques, Maréchaux et ponts parisiens interdits à la circulation et vous aurez une petite idée du chaos qui s’est emparé de la ville de Sao Paulo ces quinze derniers jours de pluie.

Depuis quelques semaines, le Sud industrialisé et opulent du Brésil affronte un déluge comme il en avait peu connu. Au point que Sao Paulo, une mégalopole de 18 millions d’habitants, la cinquième "méga- cité" du monde se retrouve sous les eaux. Son principal cours le rio Tiêté ayant débordé, la Marginal et la Pinheiros, les avenues qui le bordent et le coupent, sont impraticables et le centre de la ville, paralysé. L’an dernier à la même époque, ce sont 40 000 personnes qui se sont retrouvées sans abri à la suite d’un déluge homérique à Santa Catarina plus au sud.

Dans ce contexte, que signifie le terme "adaptation au changement climatique" pour un pays émergent de l’hémisphère Sud?
Dans son édition de dimanche dernier, le quotidien Folha de Sao Paulo donne un début de réponse. Il consacre deux pleines pages au dispositif anti-crues développé par un laboratoire universitaire de Sao Paulo alors que la capitale économique du Brésil se noie sous des pluies diluviennes.

L’Ecole Polytechnique de l’Université de Sao Paulo (USP) met à l’épreuve un nouveau revêtement de rue. Ce goudron d’un nouveau genre ralentit de 50% la vitesse d’arrivée des eaux de pluies aux rivières. "Il est aussi poreux que du sable de plage" explique José Rodolfo Martins, qui mène l’expérience avec dix chercheurs en ingénierie hydraulique.

Si l’on veut augmenter l’absorption d’eau et réduire la création d’îles de chaleur, responsables des tempêtes, il faut d’urgence augmenter la porosité des villes. Cette nouvelle technologie de drainage est décrite dans le quotidien à grand renfort de coupes et dessins. La rue où se déroule l’expérience "affronte le déluge comme si c’était une petite pluie de rien du tout" affirme le journaliste de Folha de Sao Paulo venu sur place. "L’eau arrive à peine à hauteur du trottoir".

Pendant ce temps, à 2 000 kilomètres plus au Nord, le Sertao du semi-aride s’apprête à vivre une sécheresse sans précédent. Déluges et sécheresse: deux scénarios catastrophe auxquels les Brésiliens doivent désormais faire face. Le Brésil, qui abrite la plus grande forêt tropicale du monde, n’échappe pas aux bouleversements climatiques, loin de là. Ainsi le vieux modèle occidental qui consistait à plastifier les rues et à bétonner les bords de rivières a vécu.

Si ce nouveau type de revêtement est utilisé en Europe depuis dix ans pour résoudre les problèmes d’aqua-planning sur les routes, il est au Brésil en phase de perfectionnement. En particulier sur les parkings. Un film plastique placé sous le revêtement permet d’éviter la contamination des sols et des nappes phréatiques, l’eau étant drainée, une fois filtrée, jusqu’au fleuve.

Revers de la médaille: cette technologie est 25% plus chère qu’un revêtement classique. Voilà (entre autres) ce à quoi pensent les pays du G77 lorsqu’ils demandent aux pays riches de financer "l’adaptation au changement climatique" à hauteur de 1% de leur PIB .

Car cette adaptation a un coût: selon la Banque Mondiale, 75 à 85% de la facture sera payée par les pays en voie de développement. La BIRD calcule que les gouvernements et entreprises de ces pays devront investir 250 milliards de dollars chaque année pour réduire leurs émissions et promouvoir de nouvelles technologies d’adaptation au changement climatique.

Dans le seul cas du Brésil, il faudrait 166 milliards de dollars dans les dix prochaines années pour freiner les émissions futures et financer les adaptations dans les villes et dans les champs, notamment sur les produits d’exportation comme le soja, le café, le maïs où les impacts climatiques seront les plus violents sans parler des aliments de première nécessité comme le haricot noir. La réduction du déboisement en Amazonie de 80% en 2020 coûterait à elle seule 20 milliards de ce total.

"Nous ne pouvons attendre que le Brésil finance tout seul un bien public global, disait il y a un mois l’économiste en chef de la BIRD Marianne Fay. Le Brésil n’a pas le devoir de contrôler le déboisement sans bénéficier d’une aide globale."

Négligeant ce fait, les pays riches pourtant responsables historiques du réchauffement, cherchent à faire approuver à Copenhague une proposition qui fixe la participation des pays émergents à 20% du total tandis que les nations développées entreraient dans le Fonds à hauteur de 25% seulement. "Les pays riches ont derrière eux 200 ans d’accumulation de richesses" a expliqué Dilma Roussef, chef de la délégation brésilienne à Copenhague. "C’est pourquoi nous sommes pour des engagements communs mais différenciés des pays riches". Carlos Minc le ministre de l’Environnement a de son côté ajouté dans le site du gouvernement brésilien consacré à la COP15: "Si on les laisse faire, bientôt les Etats Unis nous feront croire qu’ils sont un pays en voie de développement".

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