A Copenhague, l'attitude volontariste de la diplomatie brésilienne

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Le Brésil propose à Copenhague un plan de réduction de ses émissions qui correspond à un recul de la déforestation de 80% à l’horizon 2020.

On sait depuis un an que la Chine est le 1er émetteur mondial de gaz à effet de serre, que les Etats-Unis sont devenus les seconds, l’Union Européenne 3ème... Mais qui sait que le Brésil est le 5ème sur la liste, avec 1,9 milliards de tonnes en 2009 et 2,7 milliards prévus en 2020?

Jusqu’au 26 et 27 novembre derniers, dates auxquelles les Etats-Unis puis la Chine ont suscité un regain d’espoir en annonçant finalement leur participation, les acteurs de Copenhague semblaient s’être donné le mot: surtout que les seconds couteaux ne fassent pas plus d’effort que les premiers!

Dans ce contexte, le Brésil tirait assez bien son épingle du jeu. En annonçant des objectifs volontaires ambitieux, il avait fait sensation. Mais quels objectifs? Réduire de 36,1% à 38,9% les émissions d’ici 2020, sachant que plus de la
moitié des émissions brésiliennes (52%) sont dues à la déforestation.

Cela suppose donc un recul du déboisement de 80%. L’idée première du Brésil et de Carlos Minc, successeur de Marina Silva au Ministère de l’Environnement, était d’aller au-delà en revitalisant les pâturages dégradés, en replantant 40 millions d’hectares, etc...

Dispositif médian

Mais face au manque d’engagement des pays du Nord, le projet le plus osé n’est pas passé. Selon Lula, le recul du Brésil serait une façon d’obliger les pays développés à élever leurs engagements et à accélérer les transferts de technologies afin de contenir les effets du réchauffement, au nom d’une "dette climatique" que les pays du Nord (Etats-Unis, Europe) ont historiquement, par rapport au Sud.

Une étude de la Banque Mondiale indique en effet que les pays en développement et le Brésil en particulier payeront les pots cassés du réchauffement. Mais là non plus, rien n’est gagné.

Reste donc un dispositif médian pour le Brésil à Copenhague: prendre comme base de l’engagement non pas 1990 qui sert de référence au Protocole de Kyoto mais 2020. Ainsi le Brésil s’engage à diminuer ses émissions de 40%, soit une réduction de la déforestation de 80% par rapport à ce qu’elle serait en 2020... si la colonisation de l’Amazonie continuait au même rythme! Et pas par rapport aux niveaux de 1990. Dans la pratique, cela signifie 15% de plus qu’en 1990 mais 22% en moins qu’en 2005.

Une délégation de 700 personnes à Copenhague

Comme le Brésil ne fait pas partie des pays développés figurant sur l’annexe I du Protocole de Kyoto, ces objectifs ne sont pas obligatoires mais volontaires. Ils ne sont pas "contraignants".

Il s’agit donc, selon Dilma Roussef, chef du gouvernement et candidate à la succession de Lula d’ "un geste politique qui crédibilise le Brésil en tant que nation engagée dans la durabilité". En dépit de cette stratégie questionnable, le Brésil peut malgré tout faire la différence à Copenhague.

Si la déforestation est son talon d’Achille, sa politique énergétique est exemplaire: 80% de son électricité est hydraulique et 20% de sa flotte automobile roule à l’éthanol. Le coût C02 de cet agro-carburant  (analyse du cycle de vie du puits à la roue) reste 10 fois inférieur à celui du pétrole. C’est l’une des matrices énergétiques les plus propres du monde: tous les spécialistes le savent.

Pour toutes ces raisons, le quotidien carioca O Globo annonce que le Brésil enverra une délégation de 700 personnes à Copenhague: 80 fonctionnaires de la Fédération venus de Brasilia, 100 issus des 26 Etats (du Nord au Sud, le Brésil est l’équivalent de la Suède jusqu’au Tchad) et 40 membres du Congrès. Les 500 restant sont des industriels, des agriculteurs,  des syndicalistes des chercheurs et des membres d’ONG.

Alliance Lula-Sarkozy

"L’Itamaraty n’a pas su dire combien le contribuable brésilien paiera pour ce voyage au Danemark", indique la journaliste de O Globo Caterina Alencastro. Parmi les membres de la délégation figurent trois candidats à la Présidence de la République  en octobre 2010. C’est la plus importante délégation jamais envoyée par le Brésil à un sommet sur l’environnement.

L’accord de Lula avec Sarkozy fait partie des mêmes grandes manoeuvres diplomatiques. D’autres stratégies internes vont dans le même sens. Ainsi Marina Silva, ex-Ministre de l’Environnement du Brésil et actuelle candidate à la Présidence de la République a été nommée rapporteur de la Commission Climat.

Vers un rôle d'acteur global?

Elle a annoncé que les mesures annoncées comme "volontaires" sur la scène internationale seront formalisées sous forme de loi et rendues obligatoires à l’intérieur du pays. Les dépenses prévues pour atteindre ses objectifs ne pourront pas être revues à la baisse par le gouvernement. Greenpeace a salué l’initiative.

Plus qu’un acteur régional, locomotive du continent sud-américain, le Brésil se rêve en acteur global, crédible pour intervenir diplomatiquement dans les grandes crises de la planète.

Au Conseil de Sécurité de l’ONU où seuls depuis 1945,  les vainqueurs de la guerre (France, Etats Unis, Grande Bretagne, Russie, Chine) ont un siège permanent, les Brésiliens, considèrent que le cadre géopolitique a changé  et réclament leur place. Leur bonne conduite dans le dossier "climat" pourrait les y aider.

Retrouvez un autre article sur le Brésil avant le sommet de Copenhague:

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