En Amazonie, prenez de la graine!

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A la veille du sommet de Copenhague, un quotidien brésilien met en avant un projet pionnier visant à revitaliser un fleuve et sa forêt en associant agriculteurs, Indiens et éleveurs de bétail.

Murici, oïti do campo, alapà, jatoba da mata: ce sont des mots sonores qui font rêver, le nom des grands arbres d’Amazonie. Dimanche 29 novembre, (35 degrés sur les plages de Rio mais ciel couvert), les lecteurs brésiliens ont pu découvrir dans leur quotidien national Folha de Sao Paulo une très bonne nouvelle.

Bien loin de chez eux, à 2000 km au Nord en direction de l’Amazonie, le grand fleuve Xingu a soif et il demande de l’eau. Un projet pionnier vise à garantir sa survie grâce au reboisement. Mieux: il associe des éleveurs de bétail, des paysans sans-terre et des Indiens qui travaillent ensemble à revitaliser ses berges et ses sources.

Le Rio Xingu est l’un des grands affluents de l'Amazone. Deux fois plus long que la Loire, il traverse deux Etats particulièrement attaqués par la déforestation, le Mato Grosso et le Para. Les cartes qui accompagnent les quatre pages de reportage symbolisent ce déboisement en rouge.

"Les graines de l'entente cordiale"

Elles montrent comment en treize ans, les pâturages ont dévoré la quasi totalité du bassin sur une surface à peu près égale à celle de la France. Si le cours principal du Xingu est en territoire indien, protégé par l’immense parc Indigène du Xingu (que les initiés appellent PIX), les sources des affluents en revanche, sont à l’extérieur du parc. Touchées par la déforestation et la sécheresse, elles menacent la pérennité d’un fleuve déjà capricieux et irrégulier.

La solution? Des graines de forêt ramassées par les Indiens au coeur du parc et replantées par les petits paysans et les grands propriétaires, là où naissent les rivières, aux limites sud du bassin, dans la grande savane herbeuse. Ce sont, titre le quotidien, "les graines de l’entente cordiale".

Dans le projet I Ykatu Xingu mené depuis 2004 par l’ISA (Institut Socioambiental), l’une des principales ONG brésilienne qui se bat pour la préservation de l’Amazonie (1000 ha de sources replantées), on trouve ainsi un promoteur immobilier de Sao Paulo, propriétaire de 13 000 hectares et 10 000 têtes de bétail. A Sao José do Xingu, sa propriété s’appelle Bang Bang. Il est pourtant selon l’ISA, le plus grand planteur de forêt de l’Amazonie.

Une histoire de famille

Il sème aujourd’hui les arbres au lancer à partir d’un tracteur et vient de s’engager à revitaliser 342 hectares de cette "forêt ciliaire" qui protège les sources et les berges, comme les cils protègent nos yeux. On trouve aussi les femmes de village indien Moigu. Ce sont elles qui récoltent les graines au sol. Parfois elles se font aider par des jeunes qui escaladent les arbres en rappel.

On trouve encore un petit agriculteur familial qui plantait du soja sur 75 hectares. Les deux hectares qu’il replante aujourd’hui en forêt ont permis de compenser les émissions carbone du méga show "Rock in Rio Lisbonne". On trouve même un ex-policier devenu collecteur professionnel de graines, l’un des 40 chefs de familles blancs qui fournissent le réseau I Ykatu Xingu.

Dans vingt ans

En camaraïura, la langue d’une des 19 ethnies indiennes du parc, I Ykatu Xingu, ça veut dire "Eau bonne et propre du rio Xingu". Les rivières qui alimentant le Xingu au sud découlent du cerrado (la savane tropicale) mais, plus on monte vers le nord, plus le paysage devient forestier. Arrivé au confluent de l’Amazone, le Xingu est déjà un immense labyrinthe de canaux naturels.

Ainsi, estime Marcelo Leite de Folha de Sao Paulo, "quand les graines ramassées par les Indiennes Ikpeng auront été vendues aux agriculteurs, quand elles auront été replantées et auront poussé, les berges du village indien Moigu continueront de bruir des eaux du Xingu comme elles le font aujourd’hui, à deux pas des cases de troncs et de paille".

Le reporter calcule encore qu’il faut 17 000 graines d’alapà pour faire un kilo, soit 10 jours de travail. Les graines ont parfois la taille de lentilles et des ailes pour que le vent les sème. Désormais, il faudra couper les ailes unes à unes, pour que les arbres naissent "dans le temps des hommes".

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