Marisol Touraine, nouvelle ministre des Affaires sociales
Cette spécialiste des questions sociales a été nommée ministre, sans surprise, par Jean-Marc Ayrault. Portrait.
Alors qu'il préparait son expédition en ballon au pôle Nord, l'explorateur a expliqué à Youphil comment il percevait son rôle dans la lutte contre le réchauffement climatique.
Cette interview a été réalisée en décembre 2009.
En quoi consiste cette expédition, qui partira en avril?
Je vais traverser le pôle Nord en ballon pour faire des mesures, notamment celle du taux de CO2 dans l'atmosphère. Je le fais pour le Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement, qui se base sur des indications prélevées partout dans le monde. Mais certaines zones, moins accessibles, n'ont pas été mesurées. C'est le cas du pôle Nord. Parallèlement, cette expédition s'insère dans un projet pédagogique important, en partenariat avec l'Education nationale et CarboSchools. Les enseignants pourront s'appuyer dessus pour traiter des sujets relatifs à l'écologie.
Après le traîneau et la capsule Polar observer, pourquoi avoir choisi cette fois d'explorer le pôle Nord en ballon?
Parce que j'en avais envie, tout simplement. Il s'est avéré en plus que ce moyen de transport était tout à fait approprié à ce type de mission. Notamment parce qu'il dégage peu de CO2, ce qui évite de fausser les mesures.
Quel est votre rapport aux scientifiques?
Comme je n'appartiens à aucune organisation, je propose des destinations à différents chercheurs et ils voient si ça les intéresse. Je leur apporte toute une logistique pour leur permettre de travailler sur des lieux difficiles d'accès. Ensuite, ils me forment aux outils que je devrais utiliser, mais c'est généralement assez simple. Cette fois, il y en a même qui feront leurs mesures tout seuls: je n'aurais qu'à appuyer sur "on"!
Au fil des expéditions, avez-vous vu les conséquences du réchauffement climatique?
En vingt ans, j'ai vu que la banquise avait fondu et que les zones d'eau étaient devenues plus nombreuses. Au Groenland, sur la côte ouest, il n'y a plus de glace depuis huit ans. Avant, l'hiver, les gens se rendaient au village voisin en traîneau. Maintenant, la banquise est trop fine.
Quel rôle jouez-vous dans la lutte contre le réchauffement climatique?
Je joue d'abord un rôle auprès des citoyens. Je côtoie les classes en permanence, du primaire aux grandes écoles. En fait, le citoyen ne perçoit pas le réchauffement climatique. La Terre s'est réchauffée de 0,8°C en un siècle, le percevoir est impossible! Le CO2 est invisible, inodore, il agit sur des décennies... C'est difficile à identifier. C'est pourquoi je travaille à l'élaboration d'une pédagogie simple, pour faire comprendre l'urgence de la situation.
Comment vous y prenez-vous?
J'utilise des images marquantes, afin que les gens s'approprient quelque chose. En un demi-siècle, nous devrons changer toute notre façon de produire de l'énergie. C'est comme si on disait: le sang va être inopérant dans cinquante ans, il va falloir trouver de quoi le remplacer. J'utilise ce genre de métaphore. Il y a douze ans, j'ai donné une conférence au Parlement européen. Les maires des grandes villes du monde y étaient réunis. Après mon intervention, l'adjoint au maire de Chicago m'a dit "merci, j'ai compris". C'était le plus beau cadeau qu'on pouvait me faire.
Qu'attendez-vous du sommet de Copenhague?
Je crois que Copenhague débouchera surtout sur un tissu de bonnes intentions, mais c'est un processus indispensable, pour construire une trame. Je suis un partisan des grandes messes, ça sert aussi à informer le public. Mais ce que je crains avec Copenhague, c'est que le citoyen se sente lointain, impuissant et qu'il se dise: si les hommes politiques n'arrivent pas à trouver une solution, qu'est-ce que je peux faire, moi?
Quelle décision souhaiteriez-vous que les négociateurs prennent à Copenhague?
Je suis favorable à la taxe carbone aux frontières. Le marché va bientôt être irrigué par des panneaux photovoltaïques produits en Chine dans des conditions environnementales épouvantables. Les gens se donneront bonne conscience avec l'énergie solaire, mais ce sera un leurre total. S'il y avait une étiquette indiquant le taux de CO2, on serait informés et on pourrait faire de bons choix. Il faut taxer les produits d'importation en fonction de leur coût carbone. Ca fera bouger les lignes.
Que pensez-vous des icônes médiatiques que sont Nicolas Hulot et Yann Arthus-Bertrand?
Ce sont des personnes incontournables pour le grand public, ils utilisent les outils visuels, qui sont les plus puissants. Et ils disposent d'une indépendance, notamment vis-à-vis des partis politiques, qui leur confère une vraie crédibilité. Je suis allé voir le Syndrome du Titanic, le film de Nicolas Hulot. Il faut informer, certes, mais aussi donner au citoyen l'envie d'agir. Or, plus vous donnez du malheur à brouter, plus vous poussez le citoyen à ne rien faire. Je préfère les films qui boostent les gens, qui donnent envie d'agir.