
Quand la rédac’chef de Youphil m'a demandé de faire un papier sur la"Croix-Rouge anaérobie", j'ai trouvé la métaphore audacieuse.
Certes le changement climatique, les entraves à l’action humanitaire, les conflits armés, l’aggravation de la pauvreté et de la faim, les violations persistantes du droit international humanitaire (DIH) continuent de bouffer l'oxygène de la planète et représentent autant de défis pour la Croix-Rouge du temps de guerre, le CICR, que pour celle du temps de paix, la Fédération internationale des sociétés de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge, la FISCR.
En fait j'avais mal entendu, elle ne parlait pas de Croix-Rouge souffrant d’anoxie, c’est-à-dire de manque d’oxygène, mais de Croix-Rouge à Nairobi.
Alors oui, la "Croix-Rouge" toute entière est en ce moment même réunie dans la capitale kenyane en Assemblée générale pour sa 17ème session.
"Le plus grand réseau humanitaire du monde", comme souligne le communiqué conjoint de la Fédération et du CICR, planche jusqu'au 25 novembre sur le tragique inventaire à la Prévert pointant une humanité qui lorsqu'elle n'est pas en guerre demeure en pauvreté.
Somalie, Irak, Soudan, Afghanistan, Pakistan, Sri Lanka, République démocratique du Congo, Yémen, Colombie, Philippines, Israël /Territoires occupés, etc. Voici pour la guerre.
Pour la paix, voir le milliard de personnes victimes de la faim, voir les conséquences effroyables de la crise des matières premières, voir l'écart prodigieux creusé entre minorité nantie et majorité en survie, voir enfin le péril climatique et les déplacements de populations qu'il ne manquera pas de créer.
Bref, la Croix-Rouge, à travers le CICR d'une part et les 186 sociétés nationales de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge d'autre part, fait à sa façon, à Nairobi, son Grenelle de l'humanitaire. Elle a pour cela élu à sa tête Tadateru Konoé, président de la Croix-Rouge du Japon.
2009 est une année symbolique. Il y a 150 ans, le 24 juin 1859, sur le champ de bataille de Solferino, un jeune suisse que rien ne destinait à être témoin d'une boucherie impériale (40 000 morts et blessés laissés sans soin) jetait l'idée de l'action et du droit international humanitaires, gueulait "Tutti Fratelli" à qui voulait l'entendre, érigeait l'Humanité en principe de droit public, fixait une limite à la barbarie guerrière. De cette indignation, de cet activisme naîtrait quatre ans plus tard, en 1863, le CICR.
Il y a 90 ans, les sociétés nationales de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge, "rejetones" elles aussi des bonnes idées du vieux Dunant se constituaient, sur les décombres tragiques de la "Der des Der", en Fédération pour devenir la réponse humanitaire du temps de paix, celle des grands périls, des fléaux sociaux, des catastrophes naturelles.
Il y a 60 ans, enfin, le CICR proposait aux Etats de parfaire le socle du droit international humanitaire en réunissant, le 12 août 1949 les quatre Conventions de Genève protégeant ceux qui ne se battent plus, les soldats blessés ou capturés et ceux qui ne se battent pas, les civils.
Et c'est ainsi, qu'à Nairobi, se présente l'addition: 150 = 90 + 60.
150 ans de Solferino équivaut bien à la somme de 90 ans de Fédération et de 60 ans de Conventions de Genève. Le compte est bon.
A Nairobi, l'Assemblée générale veillera "à ce que toutes les composantes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge unissent leurs efforts pour assister et protéger les communautés humaines du monde entier affectées par des guerres et des catastrophes, par la violence et la maladie." Choix décisifs, mythe de Sisyphe que résumait déjà au temps de Dunant, Dostoïevski: "Chacun est responsable de tout, devant tous."
Pour plus d'infos:
Voir le site du CICR
Voir le site de la Fédération internationale des Sociétés de Croix-Rouge et de Croissant-Rouge.
La campagne mondiale 2009: "Notre monde ne tourne pas rond, il est temps d'agir."
Mon blog : L'humanitaire dans tous ses Etats.
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