Au pied du mur... en Palestine

Email this pageEnvoyer à un ami2CommentairesImprimer

Vingt ans après la chute du mur de Berlin, des murs séparent toujours des peuples dans le monde, comme ici, entre Jérusalem et Bethléem.

"Vous allez à Bethléem? C’est bien! Vous allez voir comment on vit là-bas.” A la station de bus de la Porte de Damas à Jérusalem, Ali, un quinquagénaire légèrement grisonnant, m'explique qu’il ne pourra pas passer "de l’autre côté du mur ”.

Le 9 novembre, c’est la commémoration de la chute du mur de Berlin. Un mur qui séparait un même peuple. Tout comme ici, entre Jérusalem et Bethléem. Depuis juin 2002, et le début de la construction de la "Barrière de Sécurité ", Ali ne peut rendre visite à une partie de sa famille.

Lorsque le mini-van blanc et bleu, numéro 124, s’arrête, le silence s’impose de lui-même. Les yeux écarquillés, je reste, comme l'ensemble des touristes, bouche-bée.

On savait que ce mur existait, mais entre savoir et réaliser, il y a parfois un pas, plus ou moins grand, à faire. Devant nous s’élève un mur en béton de 7 mètres de haut courant sur plus de 275 kilomètres.

Selon le tracé initial, le Mur de Séparation, dont le but avoué est de protéger les Israéliens du terrorisme palestinien, devait faire 622 kilomètres.

En avril 2006, la Knesset en a décidé autrement: cette Barrière de Sécurité pour les Israéliens, Mur de l'Apartheid pour les Palestiniens, s’étendra désormais sur 705 kilomètres.

 

Le Mur vu du côté israélien

 

 

 

Côté israélien, il est facile de circuler: les voies sont larges, même s’il y a plusieurs portiques de sécurité, fortement gardés, à passer. Les barbelés et les grilles qui encadrent le secteur donnent l’étrange sensation de se retrouver dans l’enceinte d’une prison. On ne sait alors pas trop si on y entre ou si on en sort.

Côté palestinien, on circule sur une étroite bande cimentée, d’une largeur inférieure à un mètre cinquante, pris en sandwich entre le mur peinturluré à droite et des grillages sur la gauche.Le Mur, côté palestinien

A la sortie, des chauffeurs de taxis jaunes aux plaques vertes accueillent les visiteurs, le sourire aux lèvres mais le regard triste.

Ce serpent en béton ne suit pas la Ligne Verte de 1967 mais pénètre en Cisjordanie, confisquant dans la même veine des terrains palestiniens.

A la fin de la construction du Mur, dont le coût atteint près de 2 millions d’euros par kilomètre, la population de Cisjordanie et de la bande de Gaza vivra sur 12 % de la Palestine historique.

Une vie de l’autre côté

"De l’autre côté du Mur, il y a un champ d’oliviers qui appartient à l’église arménienne, explique Kareem du Centre d’Activité de la Jeunesse du camp de réfugiés de Aïda, à côté de Bethléem. Avant la construction du mur, l’église mettait des parcelles de terrain à la disposition de familles du camp. A la fin de la saison, la récolte nous revenait. Nous avions alors des olives et de l’huile d’olive pour le reste de l’année".

"Une famille vit derrière le mur, au centre du champ d’oliviers. Normalement, ils sont rattachés au camp. Ce sont des réfugiés de 1948, comme nous. Mais depuis la construction du mur, ils sont isolés. Il leur faut environ une heure et demi pour venir faire leurs provisions. Et si la vieille femme a un problème de santé, elle mettra autant de temps à traverser...", poursuit-il alors que nous sommes sur le toit d’un immeuble du camp; d’un côté le mur, de l’autre, le camp et la ville.

Les maisons en contrebas ont pour seule vue ce mur et la tour de contrôle où des soldats israéliens surveilleraient 24 heures sur 24.

Travailler en Israël

Sur les 185 000 Palestiniens du district de Bethléem, seuls 4 000 peuvent travailler en Israël. Tôt, tous les matins, ils sont des milliers à se rendre au principal check-point de Bethléem.

J’arrive à 4h15 du matin. Le mini-bus jaune me laisse à une cinquantaine de mètres du mur. La lumière orangée des lampadaires éclaire la rue.

Attente à 5 heures du matin

Une fois sur place, une véritable fourmilière s’offre à moi.

Tout est très organisé. Sur des tables, des vendeurs proposent des conserves, des écharpes, tout le nécessaire pour un ouvrier parti un peu précipitamment.

Devant le mur, des centaines de personnes font la queue. Amine sert du café et du thé aux travailleurs. Son café n’est peut-être pas très goûtu, son thé un peu trop sucré, mais à 4h30 du matin, une boisson chaude est fort appréciable.

Lorsque les portes du check-point ouvrent à 5 heures du matin, tous les ouvriers se ruent vers l’entrée pour être parmi les premiers, brisant par là-même la file indienne.

L'attente peut être longue, mais pour Amine, ces hommes sont chanceux, car "ils ont un travail, un bon salaire. Nous ici n’avons rien de tout cela". Le salaire moyen en Cisjordanie serait de 400 dollars (270 euros). Pas de salaire minimum ici.

En Israël, le salaire moyen frôlerait les 1 500 euros, revenu qui n’est toutefois pas appliqué aux Palestiniens. Pour travailler en Israël, plusieurs conditions doivent être remplies: être âgé de plus de 35 ans, être marié, avoir des enfants et, surtout, ne pas avoir de problème avec le gouvernement. En raison du dernier point, Amine, ne peut plus passer de l’autre côté.


Son souhait le plus cher ? "Qu’un matin, ce mur ait fondu comme du chocolat et que [ses] quatre enfants puissent le manger". Comme beaucoup ici, il n’y croit pas beaucoup.

Retrouvez mes premiers pas en Palestine:

Email this pageEnvoyer à un ami2CommentairesImprimer
Commentaires

Bravo pour ce reportage, clair et dynamique, spécialement en cet anniversaire de la chute du mur de Berlin et en ces jours où celui de Jérusalem se fissure

Aurore
http://aurore.poret.free.fr

ce reportage est vraiment trés intéressant, il nous montre que les murs dans le monde sont loin d'être tous tombés. La souffrance est dans les deux camps, il n'y a de liberté ni devant, ni derrière le mur. Merci de ta confirmation visuelle.