Calais, symbole de l'Europe forteresse
Le Danois Carsten Snejbjerg a reçu le Grand prix CARE du reportage humanitaire, au festival Visa pour l’image de Perpignan. Il commente ses clichés pour Youphil.
Les négociateurs de 175 Etats se réunissent à Barcelone pour un ultime rendez-vous avant Copenhague. Au coeur des enjeux, l'argent. Sera-t-il attribué à l'adaptation au changement climatique ou à sa compensation?
La semaine dernière, la position européenne s’est éclaircie sur la question de l’adaptation au changement climatique. Il s’agit là d’un aspect clef, notamment dans les rapports entre pays du Nord et pays du Sud.
Le Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union Européenne s’est achevé la semaine dernière en laissant place à des commentaires aussi nombreux que variés. Aussi cette semaine va-t-elle être décisive dans les pourparlers actuels: comme l’explique Florent Baarsch, un bon ami qui suit de près le processus, "l’objectif affiché par le secrétariat de la Convention est toujours le même: réduire un texte trop long et peu compréhensible, et commencer à négocier sur les points politiques majeurs ou du moins dégager le terrain pour les ministres et les chefs d’Etat et de gouvernements. Ces cinq jours sont juste cruciaux."
En réalité, les décisions prises jeudi et vendredi dernier à Bruxelles (le financement international de la lutte contre le changement climatique a été estimé à 100 milliards d’euros par an entre 2013 et 2020, et la part fournie par le financement international public a été chiffrée entre 22 et 50 milliards d’euros par an – le reste viendra du propre budget des Etats, de financements privés et du marché des quotas de carbone) sont un signe que les choses avancent un minimum... et que nous devons continuer à faire pression pour les inciter à progresser.
350.Org manifestait dès ce week end à Barcelone!
Qu’est-ce que l’adaptation ?
A côté des engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés, la question de l’adaptation est centrale dans les négociations sur le climat. Elle était d’ailleurs au cœur des débats qui ont eu lieu les 20 et 21 octobre dernier au Pavillon de l’eau à Paris lors de l’Université du WWF.
Sandrine Mathy, présidente du Réseau Action Climat France, y soulignait à juste titre, lors d’une table ronde, qu’il ne faut pas confondre "compensation" et "adaptation". L’adaptation au changement climatique implique que l’on finance des projets qui permettront de pallier les effets du changement climatique (la construction de digues ou un accès facilité aux prévisions météorologiques par exemple). La compensation est prise en compte, lorsque, par exemple, l’activité économique d’un territoire donné est devenue impossible (le tourisme) - et il faudra aussi trouver des financements pour ces populations.
Aussi existe-t-il des définitions plus ou moins larges de l’adaptation: en retenant un montant de 100 milliards de dollars par an, les estimations retenues par l’UE la semaine dernière semblent s’être appuyées sur une définition plutôt large.
Rappelons aussi au passage cette étude publiée par Oxfam en juillet 2009 au sujet des impacts du changement climatique sur les populations les plus pauvres: sans une action immédiate, 50 ans de développement dans les pays pauvres seront définitivement perdus.
En réalité, tous les sujets liés aux questions de développement sont aggravés par le changement climatique. Pour Luc Lamprière, directeur général d’Oxfam France Agir Ici, lui aussi présent à l’Université du WWF, il est essentiel de déterminer la manière dont nous pouvons atténuer les causes du changement climatiques. Au Mali, il existait 19 plans nationaux d’adaptation en 2007, nécessitant 2 milliards de dollars d’ici 2012. Sur ces 2 milliards, 200 millions ont été promis, dont 15 millions par la France. A l’heure actuelle, le Mali n’a rien reçu encore. Il existe donc un décalage colossal entre les besoins et la réalité…
Peut-on se permettre un échec à Copenhague? Terre TV était aussi à l'Université du WWF
Un engagement encore insuffisant
Aussi la décision prise à Bruxelles la semaine dernière reste-t-elle insuffisante: "s’il s’agit certes du premier groupe à prendre une position claire pour l’adaptation (…), on ne sait toujours pas de quelle manière va se répartir la charge entre les pays de l’Union" rappelle Florent Baarsch.
Selon Gaëlle Cognet, Chargée de mission Climat à l’International chez France Nature Environnement, "l’Union Européenne fixe bien des objectifs pour l’ensemble de la communauté internationale, mais ne s’engage pas sur l’effort à fournir pour leur réalisation. Quel est exactement l’exemple à suivre pour les autres pays: effet d’annonce et attentisme?".
Pour Arnaud Gossement, porte parole de FNE, c’est presque une question de bon sens: "n'oublions pas que ne pas lutter contre le dérèglement climatique coûtera bien plus cher que de s'engager dès aujourd'hui".
Enfin, Corinne Lepage, première vice-présidente de la commission Environnement du Parlement européen, estime pour sa part que "l'Union Européenne doit cesser de se cacher derrière les Etats-Unis et la Chine. Elle devra mettre ses cartes sur la table dès le début des négociations à Copenhague si elle veut continuer à prétendre qu'elle est à la pointe du combat contre le changement climatique". Pour l’instant, nombreux estiment qu’il s’agit là d’un coup de Poker. Le G20 permettra-t-il d’avancer un peu plus les 6 et 7 novembre? Qu’en sera-t-il pour les Etats-Unis et la Chine qui se rencontrent le 17 novembre? Et quid du forum Asie-Pacifique qui aura lieu mi novembre (APEC)?
A Barcelone, nous devons garder à l’œil l’enjeu du financement de la lutte contre le changement climatique, espérer que les différends s’apaisent, qu’un cadre politique d’accord émerge… et rester optimiste: comme l’exprime bien Kim Carstensen, responsable des questions climatiques pour le WWF, "une cascade de pessimisme pourrait contribuer à un échec à Copenhague". Nous devons garder de belles ambitions!
Un beau témoignage sur Amma
Isabelle