Des salariés aux commandes

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Une entreprise à la dérive sauvée par ses employés. Alors que les faillites des PME se multiplient, une vieille recette est mise au goût du jour : la coopérative.

La banqueroute, les repreneurs manquant à l'appel, le refus d'abandonner son travail et son entreprise, toujours le même scénario.

Dès 1992, Colman Bois, en Moselle, amorce une lente chute dûe à l'augmentation du prix du bois. En octobre 2008, elle fait l'objet d'une liquidation judiciaire. Fin décembre, le couperet tombe : les 24 salariés sont licenciés. Mais les employés refusent d'abandonner : «Fallait tout faire pour repartir. Vingt ans que l'on se donnait corps et âme pour l'entreprise», témoigne Roberto Giordano, commercial. «Nous venions travailler tous les jours, même quand nous étions au chômage. Nous voulions conserver le contact avec les clients », se rappelle Marie-Paule Jeanpert, la responsable commerciale de la société Colman.

Onze salariés décident alors de s'associer et choisissent de s'organiser en Société coopérative de production (Scop). Le 16 février 2009 Colman Bois n'est plus : la Société nouvelle Colman, spécialisée dans la vente et la production de bois de parquet, est née. Les grandes décisions comme la désignation des dirigeants ou les orientations stratégiques sont désormais mutualisées selon un vieux principe : un homme, une voix.

La reprise en main

«En période de crise, on se rappelle de nous. Les Scop sont les filles de la nécessité», note le président de la Confédération générale des Scop, Patrick Lenancker. Ce type d'entreprise connait une croissance constante : 1623 en France en 2006, les Scops étaient 1916 en 2008. D'après le président, si certaines coopératives ne sortiront pas indemnes des bouleversements économiques, elles seront cependant nombreuses à se créer.

Les exemples de salariés reprenant leurs entreprises en mauvaise santé se multiplient. La Société nouvelle Colman n'est pas un cas isolé. Dans les Deux-Sèvres, Couture Venise Verte ou la Cepam se sont elles aussi transformées en début d'année. Patrick Lenancker détaille comment la faillite d'une entreprise pousse les salariés à la reprendre. (Ecoutez Patrick Lenancker, 00'27'')


Faute de repreneurs, les salariés décident alors de mettre eux-mêmes la main à la poche.

Dans le cas de Couture Venise Verte, spécialisée dans le prêt-à-porter féminin haut-de-gamme, les 16 salariés ont  participé à hauteur d'environ 2000 euros chacun. Pour le président de la Confédération générale des Scop, "les sommes investies par le personnel de la boîte sont peu importantes. Elles varient entre 1000 et 5000 euros." Le Crédit coopératif, l'Institut de développement de l'économie sociale, le mouvement des Scop lui-même ou encore les régions apportent le reste. Une fois que les machines redémarrent, les désormais sociétaires découvrent de nouvelles responsabilités.

«L'implication est plus grande »

«Tout repose sur nos épaules. C'est très encourageant !», témoigne Roberto Giordano de la société Colman. Le directeur, Damien Fournier constate que "l'implication des personnes est plus grande. Certains se transforment en meneurs, d'autres s'intéressent davantage à la situation de l'entreprise..." Tous ces sociétaires sont, au final, plus motivés.

62 % des Scop dépassent les 5 ans d'existence, contre 52 % pour les autres entreprises. Le taux de survie tombe à 56% en ce qui concerne la reprise d'entreprises en difficulté par des salariés. Pas de quoi décourager Damien Fournier, ambitieux. Son chiffre d'affaire prévisionnel pour 2009 est de 2 millions d'euros, soit autant qu'en 2008 alors que 24 personnes travaillaient pour Colman Bois contre 12 aujourd'hui.

Avec un effectif amoindri, chacun expérimente de nouvelles fonctions. Véronique Got, la chef d'atelier de Couture Venise Verte, qui compte 10 salariés contre 26 dans l'ancienne société, avoue parfois se transformer en manager. Elle assume ses responsabilités : "Nous faisons face aux difficultés au fur et à mesure qu'elles se présentent", relativise-t-elle. Pour ces salariés, la crise a aussi été une nouvelle aventure humaine...

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