La peur d'employer des personnes handicapées?

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Alors que s'ouvre la 13è semaine pour l'emploi des personnes handicapées, zoom sur leur recrutement dans les entreprises.

"On n'est pas dans le meilleur des mondes, mais des choses ont bougé concernant le taux d'emploi des handicapés". Voilà le constat de Pierre Blanc, directeur général de l'Agefiph, organisme chargé de favoriser l'insertion professionnelle des personnes handicapées, alors que se tient la 13è semaine pour l'emploi des handicapés du 16 au 22 novembre. (Lire ici le programme complet des manifestations en PDF.)

Si les personnes handicapées restent toujours deux fois plus touchées par le chômage que le reste de la population (1), elles subissent deux fois moins de licenciement que les personnes valides depuis le début de la crise.

"Il y a un effet bouclier pendant la crise, les entreprises font tout pour garder les personnes handicapées, c'est aussi parce qu'elles sont aidées", remarque Pierre Blanc.

Rappelons que toute société d'au moins 20 salariés est tenue d'avoir 6% de travailleurs handicapés dans son effectif, or depuis février 2005, la législation s'est durcie: les pénalités annuelles reversées à l'Agefipeh ont augmenté. En 2010, elles atteindront 1500 fois le Smic horaire, près de 13 000 euros, pour chaque personne handicapée manquante. (cf. Repères.)

Cette perspective a fait passer de 55% à 45% le taux d'entreprises n'atteignant pas les fameux 6%. Bruce Roch, directeur de la diversité au sein du groupe Adecco, avoue qu'"il est parfois difficile de faire correspondre l'offre d'emploi à la demande. Les travailleurs handicapés sont peu diplômés." Si 32% d'entre eux ont au moins leur Bac lors de leurs embauches, 55% (3) des personnes reconnues comme handicapées n'ont pas de diplôme, ou parfois seulement le brevet.

Pierre Blanc, le directeur de l'Agefiph, revient sur les raisons de ce manque de formation. (Ecoutez Pierre Blanc, 00'55'')


Il serait trop aisé de se réfugier derrière cette unique explication. "Recruter des personnes handicapées fait encore peur", réagit Laurent Cocquebert, le directeur général de l'Adapt, association chargée de l'insertion des personnes handicapées. "Les patrons avec qui nous sommes en contact imaginent qu'embaucher des personnes handicapées nécessite des aménagements importants alors que ce n'est pas toujours le cas", note Jean-Marc Cellier, responsable du pôle handicap de l'Afpa, l'Association nationale pour la formation professionnelle des adultes.

Or les handicaps les plus visibles, nécessitant un fauteuil, une canne ou autres ne sont pas les plus fréquents. Effet pervers : 44% des personnes atteintes d'handicaps n'avouent pas leurs problèmes de santé lorsqu'elles postulent à un emploi. Une difficulté de plus pour les entreprises qui veulent répondre à leurs obligations.

Comme le souligne Laurent Cocquebert, "le plus difficile pour eux est de décrocher un entretien d'embauche car 93% des employeurs se disent ensuite satisfaits de leur recrutement." D'où la mise en place de primes permettant aux entreprises de franchir le premier pas. Le directeur de l'Agefiph juge ce système nécessaire. (Ecoutez Pierre Blanc, 00'59'')


Certaines entreprises emploient d'autres moyens pour ne pas à avoir payer de pénalités. "Nous avons développé la sous-traitance auprès du secteur protégé et travaillons actuellement avec 9 entreprises", explique Olga Renda-Blanche, directrice des relations sociales à Airbus France, dont les effectifs comportent 4% de personnes handicapées. La contribution à l'Agefiph peut être limitée en travaillant auprès des Entreprises adaptées, les Centres de distribution de travail à domicile, ou encore les Établissements et services d'aide par le travail. (Lire l'encadré ci-dessous)

Même contraignante, la législation a porté ses fruits. "Avant 2005, nous devions solliciter les patrons pour qu'ils embauchent des personnes handicapées. Aujourd'hui, ce sont eux qui viennent nous voir", témoigne Michel Van Daele, directeur du Cap Emploi de l'Eure, un organisme de placement spécialisé, présent dans chaque département.

Entre décembre 2005 et 2006, les demandeurs d'emploi handicapés ont diminué de près de 13% (1). Mais ces obligations peuvent ouvrir à une nouvelle forme de discrimination. Comme le souligne le directeur de l'Adapt: "Le handicap ne doit être ni un critère d'exclusion, ni un critère d'embauche."

(1) Atlas national 2008, l'emploi et l'insertion professionnelle des personnes handicapées, Agefiph, FIPHFP.
(2) Rapport annuel 2007 de l'Agefiph.
(3) L'accès à l'emploi des personnes handicapées en 2007. Dares, novembre 2008.
 

 

REPERES
 

Les obligations des entreprises auprès des personnes handicapées
Depuis 2005, pour chaque personne handicapée manquante, la contribution annuelle des entreprises auprès de l'Agefiph s’élève de 400 à 600 fois le Smic horaire suivant la taille de l'entreprise. En 2010, l'obligation passe à 1500 fois le Smic horaire. Ainsi, si un établissement de 50 salariés ne fait aucun effort, il est aujourd'hui redevable de 10128 euros par an. En 2010, sa contribution atteindra 40590 euros.

Entreprises adaptées
Entreprises soumises aux contraintes de rentabilité et qui emploient 80% de salariés handicapés. D'après l'Union nationale des entreprises adaptées, ces établissements emploient 25 000 personnes dont 20 000 salariés handicapés en 2008. Les estimations actuelles font état d’un chiffre d’affaires du secteur de plus de 700 millions d’euros.

Les Centres de distribution de travail à domicile (CDTD)
Entreprises qui ne peuvent embaucher que des travailleurs handicapés orientés vers le marché du travail par la Commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées.

Établissement et service d'aide par le travail (ESAT)
Tout en assurant une activité professionnelle, cet organisme prodigue un soutien médical et social. Les travailleurs handicapés ne peuvent être licenciés car ils n'ont pas le statut de salarié.

 

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