Les humanitaires, cibles privilégiées des ravisseurs

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A l'instar de Michel Germaneau, de plus en plus d'humanitaires sont enlevés chaque année. Mais leur exécution reste rare.

L'exécution de Michel Germaneau par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), après trois mois de détention, au Niger puis au Mali, braque les projecteurs sur les conditions des humanitaires.

D'après le rapport (en pdf) sur "L’évolution de l’action humanitaire dans les situations de crise et post-crise" de Benoît Miribel et Alain Boinet, les violences à l'encontre des membres d'ONG ont augmenté de 133% entre 2000 et 2009 par rapport à la période 1990-1999. Et les enlèvements sont de plus en plus utilisés par les groupes armés: ils ont augmenté de 350% entre 2006 et 2008, plus que n'importe quelle autre forme de violence. A tel point qu'un quart des violences constatées à l'encontre des humanitaires en 2008 étaient des enlèvements.

"Il y a une insécurisation croissante des travailleurs humanitaires, constate Philippe Ryfman, enseignant-chercheur à Paris-I, spécialisé dans les problématiques humanitaires et les ONG. Dans les années 80-90, le fait de travailler dans une ONG vous protégeait, d'une certaine manière. Aujourd'hui, c'est beaucoup moins le cas."

Cette hausse de la violence s'explique, d'après Benoît Miribel et Alain Boinet, par une "militarisation de l'action humanitaire" ainsi qu'un "détournement des priorités d'assistance à des fins politiques et stratégiques". De plus en plus, les ONG sont sommées d'abandonner leur neutralité et de choisir leur camp dans les conflits.

A ce jour, les pays les plus dangereux sont le Soudan, l’Afghanistan, la Somalie, le Sri Lanka (une situation qui pourrait changer puisque le conflit a pris fin), le Tchad, l’Irak et le Pakistan. A eux seuls, ces six pays ont concentré les trois-quarts des attaques contre des humanitaires entre 2006 et 2008.

Pas de protection armée

Les groupes armés voient dans les humanitaires étrangers "une plus grande valeur marchande qu’un national", précise Philippe Ryfman. Pour autant, les locaux sont de plus en plus touchés: en 1998, ils représentaient un tiers des enlevés, contre 70% en 2008.

Au-delà des dimensions financières, les prises d’otage ont de plus en plus une motivation politique (43% en 2008 contre 29% en 2003). Elles visent aussi parfois à se débarrasser d’une présence dérangeante pour la souveraineté d’un groupe armé local ou d’un gouvernement.

Reste que l’exécution d’un otage demeure un fait "rare, qui aurait été difficilement concevable il y a quelques années" d’après le chercheur. Avant tout de même de rappeler que "c’est une activité qui est risquée par essence" et que l’exécution est une issue envisageable dans tout enlèvement.

Les membres des ONG sont d’autant plus vulnérables qu’ils ne bénéficient généralement pas de protection armée, comme nous l'avions expliqué. Ils privilégient le plus souvent l’intégration dans la communauté locale, capable notamment de leur fournir des informations et de prévenir les dangers. "Mais ça ne marche pas à tous les coups, et ça marche même de moins en moins, évalue Philippe Ryfman. Les populations locales ont moins d’informations ou alors elles vont moins les donner car elles ont peur."

Dans certaines zones dangereuses, comme en Somalie, le travail sans protection armée est même devenu quasi-impossible. Une situation encore marginale mais qui pourrait se développer dans les années à venir.

Illustration: hdptcar sur Flickr

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