Plage chic pour tortues rares

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Tamar, projet écologique 100% brésilien, se consacre depuis 30 ans à sauver les tortues marines. Touristes, pêcheurs et communautés locales sont invités à participer.

Une lumière tamisée romantique, des restaurants privés ouverts à toute heure, de petits nids d'amour à même le sable blanc... La station chic de Praia do Forte, au nord-est du Brésil, ne chouchoute pas seulement les visiteurs munis d'une bonne carte de crédit.

Chaque année, elle reçoit aussi en grande pompe plusieurs centaines de tortues marines en quête d'un lieu paisible pour déposer leurs oeufs. Tout est fait pour satisfaire ces clientes difficiles: aménagement de sites d'incubation protégés, aide vétérinaire aux malades et mise à disposition de nourriture.

Depuis 30 ans, sur plus de 900 kilomètres de côtes, le projet Tamar (contraction de Tortues Marines en portugais) veille à protéger ces animaux menacés. Une initiative publique vouée à la sauvegarde de cinq espèces: l'immense et noire tortue Couro (jusqu'à 500 kg), la ronde Cabeçuda, la De Pente bigarrée, la grande Verde et la petite Oliva. Cinq des sept espèces connues au monde, qui parcourent les eaux de l'Atlantique brésilien et dont les jours sont en danger. On ne recense ainsi plus que 10 femelles Couro...

"Sur 1000 bébés, un seul parvient à l'âge adulte"

Le vétérinaire Gustavo Rodamicans, employé de Tamar depuis 6 ans, nous apprend que dès son commencement, la vie de ces grands reptiles est truffée de dangers: "Sur mille bébés qui naissent, un seul parvient à l'âge adulte. Si vous ajoutez à cela une maturité sexuelle très tardive qui fait qu'elles ne se reproduisent qu'à partir de 25 ans, vous comprenez pourquoi les tortues sont très vulnérables..."

Dix millions de petites tortues choyées par Tamar sur ses 22 bases ont pu voir le jour, mais cet effort ne suffit pas. A peine sortis de leur oeuf, les petits doivent rejoindre la mer au plus vite pour s'alimenter, de nuit pour plus de sécurité. Un véritable parcours d'obstacles: les prédateurs les guettent, les lumières de la ville les trompent, quand les humains ne les écrasent pas.

Celles qui atteignent enfin l'eau doivent éviter les filets et hameçons des pêcheurs, et surtout se tenir à l'écart des sacs plastiques et autres déchets toxiques qui, une fois ingérés, les condamnent à la mort.

C'est pour inciter pêcheurs, touristes et communautés locales à changer leurs habitudes que le projet Tamar a ouvert grand ses portes au public. Entre deux bains de soleil et de mer, les vacanciers emmènent leurs enfants voir les tortues rescapées dans les bassins de Tamar.

Des T-shirts sponsorisés par Gisele Bündchen

La visite est devenue un incontournable de Praia do Forte, à tel point que le centre reçoit aujourd'hui 600.000 visiteurs par an. Restaurant en bord de plage, boutique déclinant la tortue sous toutes ses formes, et même vente de tongs et T-shirts sponsorisés par le top model Gisele Bündchen pour les 30 ans de Tamar...

L'hyper-commercialisation de la cause peut choquer, mais pour Gustavo Rodamicans, l'objectif est atteint. "Nous n'aimons que ce que nous connaissons. Il faut que le maximum de gens voient les tortues marines pour avoir envie de les protéger", explique-t-il.

Le vétérinaire trouve également logique que Petrobras, l'entreprise pétrolière nationale brésilienne, finance le projet depuis 28 ans, à hauteur de 40% environ actuellement. En 2008, le groupe a investi 1,7 milliard de reais (la monnaie brésilienne, ndlr) dans la protection de l'environnement.

Convaincre les locaux

Lors de la visite guidée, les visiteurs grimacent devant l'exposition des déchets retrouvés dans le ventre de tortues mortes. La leçon est efficace. Dans les années 80, souligne le vétérinaire, les employés de Tamar devaient déplacer la totalité des oeufs dans des sites protégés pour les éloigner des touristes. Aujourd'hui seuls 30% sont mis à l'écart des visiteurs, devenus plus responsables.

Convaincre les communautés locales, habituées à pêcher les tortues pour leurs précieuses carapaces et leur viande de prendre soin de ces animaux délicats fut plus difficile. Là encore, les initiateurs de Tamar misent sur l'émotion produite, chaque année, par la libération en public des bébés tortues prêtes à rejoindre l'océan. Mais surtout, un travail de longue haleine a été entrepris pour impliquer les habitants au projet. Aujourd'hui 1300 personnes sont salariées de Tamar, pour la grande majorité des locaux.

Les pêcheurs, qui tuent encore par accident de nombreuses tortues, se voient distribuer de nouveaux hameçons incurvés qui ne les blessent pas mortellement. Ce changement de technologie provoque la résistance de nombreux d'entre eux, mais peu à peu le nombre d'animaux morts se réduit. Du fait de leur très long cycle de vie, les résultats sont encore difficiles à voir, mais Tamar assure que la population de tortues a augmenté de 5 à 10 fois, selon l'espèce, depuis 1988. 

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