Les Pièces jaunes sont de retour

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Comme Bernadette Chirac, de nombreuses femmes de chefs d’Etat ont créé leur fondation.

Bernadette Chirac, son brushing et son sac à main vont-il faire leur retour aux Guignols de l'Info? Ce serait justifié avec le lancement, mercredi 6 janvier, de la 21ème édition de l'opération Pièces jaunes. L'occasion de se pencher sur l'univers des femmes de puissants, qui, entre réceptions et voyages officiels, semblent avoir trouvé un terrain d'épanouissement.

Si la philanthropie féminine ne date pas d’hier, l’engagement désormais quasi-systématique des "femmes de" dans des activités caritatives a de quoi surprendre. La noblesse d’âme est-elle le seul moteur de ces nouvelles Madame de Maintenon? En France, l’engagement des "First Ladies" dans des fondations s’apparente à une véritable tradition. "Madame de Gaulle était déjà à l’origine d’une fondation pour les handicapés mentaux", rappelle Odile de Laurens, responsable de l’Observatoire de la Fondation de France.

Et ses successeures à l’Elysée n’ont pas manqué de s’investir à leur tour, chacune avec leur propre style. Consensuel pour Bernadette Chirac et sa fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France ou plus audacieux à la manière d’une Danielle Mitterrand, engagée avec sa fondation France Libertés pour les droits de l’Homme et ceux des minorités.

Belles, puissantes et philanthropes

L’actuelle locataire n’est pas en reste. Carla Bruni-Sarkozy a franchi le cap en avril dernier en créant sa propre fondation, dédiée à la lutte contre les inégalités sociales. Auparavant, l’ambassadrice du Fonds mondial de lutte contre le sida soutenait déjà la fondation créée par sa famille à la mémoire de son frère Virginio, mort du sida en 2006.

Belle, puissante et philanthrope. Le descriptif correspond aussi à l’épouse du roi de Jordanie, Rania. La jeune femme, 82ème femme la plus puissante selon le classement 2007 de Forbes, met sa popularité et sa position au service de l’éducation et du dialogue entre les cultures. Elle a récemment été récompensée par la FIFA en tant que cofondatrice de 1goal, une vaste campagne destinée à promouvoir l’éducation des enfants et à lever des fonds.

Véritable engagement ou stratégie de communication? "Les fondations restent, pour ces femmes, une manière d’exister publiquement", indique Odile de Laurens. Un moyen pour affirmer sa personnalité, à travers les causes choisies, certes, mais également une possibilité d’apporter une touche personnelle à l’image publique de leur mari. Nul doute que la popularité acquise par Bernadette Chirac grâce à l’opération Pièces jaunes a rejailli sur son président d’époux. Fortement médiatisées, les actions des femmes des chefs d’Etat ont un impact indéniable sur l’opinion. Le choix des causes défendues est ainsi loin d’être anodin; la défense des enfants, des handicapés ou des défavorisés de tous bords tient le haut du pavé.

Humaniser l'image de leur époux

De là à affirmer que les activités caritatives des "femmes de" ont une influence sur la carrière de leurs époux, et peuvent ainsi faire partie d’une stratégie plus globale, il n’y a qu’un pas… que le chercheur camerounais Hilaire de Prince Pokam n’hésite pas à franchir en s’attachant à la philanthropie des femmes de chefs d’Etat africains. "Elles deviennent d'une part des acteurs politiques par procuration car leurs activités sociales contribuent à humaniser l'image de leurs époux, d'autre part des acteurs politiques confirmés, partenaires de leur conjoint dans le jeu pour la conquête et/ou la conservation du pouvoir", affirme-t-il dans un document publié par l’institut de recherche Afrimap.

Il serait cependant hâtif d’en conclure que les pratiques observées sur le continent africain constituent la norme. Si on peut affirmer que la création d’associations en général et de fondations en particulier permet à celle qui appose son nom de renforcer son réseau social, l’impact doit être nuancé. Elle dépend en premier lieu de la place qu’occupe la philanthropie dans les cultures. Aux Etats-Unis et dans le monde anglo-saxon en général, les fondations sont un outil privilégié par les grandes fortunes. Le secteur du "non profit" représente une part importante de l’économie Outre-Atlantique, et les fondations, comme les ONG et les associations, servent de vecteur à l’exportation du modèle américain. Malgré tout, les fondations des "femmes de" n’y occupent pas une place particulière.

Globalement, la dimension médiatique suscitée par ces activités caritatives, et l’engouement alors créé dans l’opinion publique semblent être les bénéfices les plus importants – et non négligeables- pour les époux de ces dames. A vos pièces jaunes…

En savoir plus:

Rapport de la Fondation de France sur la générosité féminine (mars 2007)

Document sur la participation des dames au jeu politique en Afrique

Le site du Cerphi, le centre d'Etude et de recherche sur la philanthropie

Le Centre français des fondations

Photo: Les pièces jaunes via Ludo29880/FlickR

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