Shoukria Haïdar, la voix des femmes afghanes

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Alors que le président Hamid Kharzaï tend la main aux Talibans, une Afghane prévient: ils représentent toujours le pire cauchemar des femmes.

Lundi soir, je reçois un mail de Geneviève Couraud, secrétaire générale de l’association Negar - Soutien aux femmes d’Afghanistan, ancienne trésorière du Planning familial.

Elle m’invite à participer à une conférence de presse à l’Assemblée Nationale, organisée avec l’aide de Françoise Hostalier, députée du Nord, et en présence de Shoukria Haïdar.

Je me rends donc, mercredi 27 janvier à cette réunion, qui se tient la veille de la conférence internationale sur l’Afghanistan. Les associations qui soutiennent les femmes afghanes sont là, des femmes politiques aussi, de gauche et de droite, mais peu d’hommes, il faut bien le reconnaître. La salle prévue est trop petite pour accueillir tout le monde.

"Non, les Talibans ne sont pas modérés"

Shoukria est venue nous expliquer l’enjeu du moment.  La communauté internationale est réunie sous l’égide de l’ONU à Londres pour une conférence sur l’Afghanistan, et elle s’apprêterait à accepter la demande du président Karzaï : l’entrée des Talibans dans le gouvernement afghan, leur sortie de la liste noire des terroristes, l’amnistie et la réinsertion des Talibans dans la vie politique et sociale du pays.

Shoukria nous explique tranquillement mais fermement: "il n’y a pas de Talibans modérés, pas plus qu’il n’y avait de nazis modérés… Loin d’être pacifiée, la région redoublerait de violences."
Au bout d’une heure, elle rejoint micros et caméras dans un salon à côté, pour des interviews. Shoukria met toute sa force de conviction pour expliquer que les Talibans n’ont rien renié, notamment sur les droits des femmes. Ils restent le cauchemar des femmes et de la population.

"Aujourd'hui, les femmes ont le droit de choisir leur futur mari. Et demain?"

Les journalistes lui redemandent sans cesse pourquoi il n’y aurait pas de Talibans modérés qui pourraient intégrer le processus de paix.

Shoukria se tend, ferme son poing, réfléchit, prend son élan: "les larmes ne sont pas séchées", dit-elle. "Aujourd’hui, les écoles sont pleines de petites filles, les femmes vont au travail, les jeunes filles se projettent dans l’avenir, ont le droit de choisir leur futur mari."

Elle répète que les Talibans ne renient rien. "Ce sera la voie de la violence, des droits en moins, et certainement pas la voie de la paix."
Les journalistes s’en vont et Shoukria revient saluer ses ami-es. Elle reconnait tout le monde, étreint celles et ceux qui sont venu-es l’aider à monter des projets, s’enquiert de leur santé.

A un étudiant qui avait participé à la formation de professeurs en Afghanistan, elle demande: "comment va ta petite sœur?". Il m’expliquera que "sa petite sœur" est une étudiante, comme lui.

Stratégie et lobbying

Une heure plus tard, nous revenons dans la salle pour parler stratégie, lobbying. Les huissiers de l’Assemblée nous pressent. Il est 17h et nous devions quitter la salle à 15h30! Nous sortons.
En aparté, Shoukria me dira: "Le jour le plus important de ma vie, c'est celui où les Talibans ont pris Kaboul: ce jour-là, tout a basculé." Une autre date importante? "1974, le jour où j’ai eu mon bac."

C’est ainsi que Shoukria conclura notre échange. Elle est pressée: avant de se rendre demain à Londres, elle doit  traduire en anglais et en français la résolution adoptée à Kaboul le 25 janvier par 200 associations, réunies à l’initiative de Negar,  avant de partir pour Londres.

Une championne de ping-pong, engagée pour son pays

Dans le bus qui me ramène à la maison, je repense à son itinéraire. Championne d’Afghanistan de ping-pong, elle s’est exilée en France. Son dossier lui permis de suivre une formation de professeur d’éducation physique, et elle a enseigné, dans les lycées français, comme maître- auxiliaire. Les Talibans tombés, elle est rentrée dans son pays et s’est engagée pour la reconstruction.

Puis je repense aux événements de ces derniers jours, ici: la dramaturge et actrice Rayhana victime d’une tentative d’immolation à l’essence, l’Imam respectueux des valeurs de la République menacé de mort par un groupe de 80 islamistes.Je revois Shoukria déclarer, convaincue: "il ne faut pas plier devant un groupe radical".

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