Afghanistan: haro sur l'aide militarisée

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Huit ONG dénoncent l'implication de l'armée dans l'aide humanitaire apportée aux Afghans.

A l'occasion de la conférence de Londres pour l'Afghanistan, qui réunit jeudi 28 janvier la communauté internationale, huit ONG* ont décidé de lancer un appel contre la militarisation de l'aide.

L'aide est considérée par les militaires comme "une arme non létale", utilisée pour "gagner les coeurs et les esprits de la population autochtone pour vaincre les insurgés".

Ce ne sont pas les ONG qui le disent. Mais un manuel de l'armée américaine intitulé "Guide des commandants pour utiliser l'argent comme arme".

Un concept qui fait rugir les ONG, mais qui pousse l'armée à s'investir considérablement dans l'aide humanitaire. Les mêmes moyens, pour deux fins différentes: alors que les ONG veulent mettre en place une aide favorisant la reconstruction et le développement, l'armée, elle, souhaite avant tout obtenir les faveurs de la population pour remporter sa guerre. Sur le terrain, cela crée de sacrées différences.

Un danger pour la population

Les ONG constatent notamment que les militaires attendent avant tout des résultats rapides: l'aide qu'ils apportent est donc rarement viable sur le long-terme.

Elles reprochent notamment à l'armée, dans un communiqué, de négliger "les efforts nécessaires pour s'attaquer aux causes profondes de la pauvreté".

Pire, les ONG accusent l'aide militarisée de mettre en danger la population afghane. Les infrastructures construites par l'armée, telles que les écoles ou les dispensaires, sont souvent prises pour cibles par les groupes armés.

Dans la même veine, les soldats américains sont autorisés à distribuer de l'argent, de la nourriture ou des équipements en récompense d'un renseignement. Une règle à l'éthique douteuse, dans un pays en proie à la pauvreté, et qui génère des conflits entre Afghans.

Une critique "déplacée"

Pour Fabrice Weissman, directeur d'études au CRASH, cette critique est "déplacée". "On ne peut pas reprocher aux militaires de prendre en compte l'aide sociale dans leur stratégie de pacification" affirme-t-il, en expliquant qu'une guerre civile est une compétition pour le soutien de la population.

Selon lui, les critiques de ces ONG sont d'autant plus malvenues qu'elles pourraient s'appliquer à elles-mêmes. "Elles reprochent l'aide à court-terme des militaires, mais reste à prouver qu'elles sont capables de mettre en place un programme d'assistance plus durable!"

Quant au fait que l'aide militarisée mettrait en danger les Afghans, l'argument peut aussi, pour Fabrice Weissman, se retourner contre les ONG : "Elles ne peuvent pas avoir une position de neutralité en faisant, par exemple, la promotion du programme de santé du gouvernement. Elles risquent d'être considérées comme des agents du gouvernement. A ce titre, leurs structures pourraient aussi être prises pour cibles."

*Action Aid, AfghanAid, CARE France, Christian Aid, Concern Worldwide, Norwegian Refugee Council, Oxfam International et Trocaire

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