
Que sont devenus les altermondialistes?
Dix ans après la naissance du mouvement, le Forum social mondial revient à Porto Alegre.
Peut-on considérer qu’aujourd’hui, dix ans après la naissance du mouvement altermondialiste, son propos est moins radical, plus consensuel?
Eddy Fougier: Le mouvement altermondialiste existe encore, preuve en est avec cette 10ème édition du Forum social mondial. Il joue toujours son rôle de lanceur d’alerte, par exemple sur les excès du capitalisme financier ou sur les paradis fiscaux.
Mais désormais, certaines personnalités médiatiques issues du système, comme Joseph Stiglitz ou Al Gore, se sont emparées de ses thèmes de prédilection.
Du point de vue de certains militants, cette appropriation a dénaturé ou dilué leur message, mais si on considère cela d’un point de vue extérieur, au contraire, cela a rendu leurs revendications audibles pour le grand public et a ainsi permis d’accentuer la pression sur les décideurs internationaux.
Assiste-t-on à un tournant de l’altermondialisme, plus préoccupé désormais par les questions environnementales que par les inégalités Nord/Sud?
E.F.: La dénonciation de la concentration des richesses et de la gouvernance au profit des plus riches sont à la base du mouvement altermondialiste, ainsi que la critique des institutions financières mondiales type FMI ou Banque Mondiale.
Aujourd’hui, plus qu’à un tournant, on assiste à un élargissement de ces problématiques à la dimension environnementale.
Si la dimension écologique et environnementale a toujours été présente, elle est devenue un thème central, ce qui occasionne d’ailleurs des tensions au sein même du mouvement. Mais pour les altermondialistes, l’évolution du capitalisme et les dégradations environnementales sont intimement liées. La question environnementale n’est pas déconnectée des inégalités Nord/Sud.
De Seattle à Porto Alegre en passant par Copenhague, le mouvement altermondialiste s’est-il structuré, unifié, voire institutionnalisé avec le rôle des ONG, devenues des acteurs incontournables des grandes négociations?
E.F.: Les ONG ont toujours eu un rôle important au sein du mouvement altermondialiste. Dès la deuxième édition du Forum social mondial, en 2002, elles étaient très présentes. Certaines sont vraiment proches idéologiquement comme Oxfam ou le CCFD, d’autres sont plus réticentes car la dimension idéologique, justement, leur paraît trop forte.
En revanche, elles jouent un rôle non négligeable dans le financement des grands rendez-vous comme les Forums sociaux, ce qui leur donne un poids important dans les discussions.
Le mouvement altermondialiste reste une nébuleuse, traversée par des courants différents, qui vont de l’extrême-gauche à la gauche chrétienne.
Quel est le portrait type, en 2010, d’un participant au Forum social mondial de Porto Alegre?
E.F.: Brésilien tout d’abord, sachant qu’au moins 80% des participants sont des nationaux! En ce qui concerne les quelques Européens ou Nord-Américains présents, ce sont principalement des dirigeants d’organisations, qu’elles soient altermondialistes au sens strict (type Attac), des mouvements sociaux au sens large (type syndicat ou grandes confédérations) ou des ONG (type CCFD ou Caritas).
En France, les dernières grandes études sociologiques remontent au Forum social européen de 2003. Il en ressortait que les altermondialistes n’étaient pas souvent issus d’un milieu populaire. Peu d’ouvriers ou d’employés composaient leurs rangs. Des profils plutôt jeunes, travaillant dans la fonction publique ou dans le secteur associatif, avec un fort parcours militant, étaient majoritaires.
Quels sont selon vous les champs que vont investir dans les années à venir les militants altermondialistes?
E.F.: Lors de ce Forum et du prochain qui a lieu à Dakar, les discussions vont tourner autour des solutions concrètes pour sortir de la crise.
Par ailleurs, le ralliement à des forces politiques existantes est une question qui va déterminer l’avenir du mouvement. L’adhésion à des modèles politiques comme ceux mis en place par la gauche sud-américaine est une alternative envisagée sérieusement par certains altermondialistes, alors que d’autres la rejettent. Le socialisme à la Chavez séduit dans les rangs altermondialistes.
Sinon, la question des biens publics, de ce qui doit relever du marché ou être redistribué à tous, comme l’eau ou les connaissances (Internet, culture…) est toujours au centre des débats.
Enfin, les altermondialistes vont devoir se positionner sur la réforme de la gouvernance globale, ce qui leur est plus difficile depuis que le G20 se substitue au G8 et que les pays émergents prennent de plus en plus d’importance.
* Eddy Fougier est politologue, spécialiste de l'altermondialisme. Son dernier ouvrage: L'Altermondialisme, éditions Cavalier Bleu, janvier 2008.
Photo: Des altermondialistes lors d'une manifestation en Allemagne, en 2007, via spleeney/FlickR.
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle