
Entrepreneurs sociaux: comment les financer?
L’épargne solidaire n’est qu’une amorce … il reste à organiser un véritable marché financier pour le secteur.
Son utilité et la nécessité de l’aider à se développer commencent à être reconnus par les pouvoirs publiques. Pourtant, le secteur de l’entrepreneuriat social est toujours confronté au défi de son financement!
Au pire, ses sources actuelles risquent de se tarir, au mieux, elles sont insuffisantes pour répondre aux nouveaux besoins : permettre notamment l’indispensable concentration du secteur et aux structures qui le composent d’atteindre une taille critique.
Une diversification des sources de revenus apparaît donc indispensable.
Quantité, diversité, efficacité
De financements essentiellement publics, le secteur bascule depuis deux décennies vers des financements de plus en plus d’origine privée (particuliers, entreprises, fondations) et/ou des revenus propres (produits/services payants).
Mais les besoins des structures déjà un peu importantes, notamment, restent difficiles à couvrir. Et le secteur souffre du manque de souplesse des financements, de délais incompatibles avec des activités devant sans cesse s’adapter, de la lourdeur des procédures, des restrictions concernant les dépenses de fonctionnement, pourtant incontournables.
L’épargne "solidaire" se développe depuis une quinzaine d’années. En France, elle représente aujourd’hui près de 1,7 milliard € de placements, en produits divers (livrets, comptes à terme, SICAV, FCP, épargne salariale, assurance-vie…).
Des organismes spécialisés, Finansol notamment, mettent en relation ceux qui veulent faire fructifier leur épargne de manière solidaire et des entrepreneurs d'activités solidaires - insertion par l'emploi ou par le logement, développement durable, etc.- peinant à se financer sur le marché classique.
Mais les montants concernés restent faibles et, faute d’en connaître l’existence, en 2009 seuls 7% des Français déclaraient avoir déjà investi dans un placement d’épargne solidaire…
Organiser un marché vivant
Avec la crise financière et la prise de conscience environnementale, pourtant, de plus en plus d’investisseurs désirent prendre en compte le long terme, qui rétrospectivement peut s’avérer rentable.
Pour eux – particuliers, entreprises, fondations - investir avec l’objectif d’un double retour sur investissement, financier ET sociétal, représente désormais une perspective attrayante. Problème: le secteur manque d’un vrai marché financier, organisé et efficace.
Face à cette carence, la réaction s’organise un peu partout pour innover. Des exemples? A la fin de l’été dernier, plus de 900 personnes se sont pressées à la SoCap09, à San Francisco, une conférence consacrée à la création de "bourses de valeurs sociales/solidaires" ("Social Stock Exchanges"), comme il en existe déjà en Afrique du Sud ou au Brésil.
Le Southern African Social Investment Exchange (SASIX) a orienté, depuis 2006, près d’un million de dollars vers des associations et entreprises à objectif social.
Sa fondatrice, entrepreneure sociale soutenue par Ashoka, vient d’y ajouter le Global Social Investment Exchange (GSIX), une plateforme internet à vocation mondiale proposant opportunités de financements et informations (retour sur investissement - social et financier -, impact recherché, etc.).
La Bolsa de Valores Sociais (BVS) brésilienne opère, elle, à l’intérieur même de la bourse classique. Elle a déjà permis de financer 30 organisations pour un montant de 2,2 millions de dollars.
Des fonds d’investissement se créent/développent également: spécialisés, comme les social investment funds, ou partiellement consacrés au secteur.
Ashoka va d’ailleurs en lancer un en Europe, dont 10% des montants récoltés seront réservés à ses Entrepreneurs Sociaux. Ambition: lever 100 millions € sur deux ans.
Un aiguillon pour renforcer l’efficacité des "entreprises sociales"
Mais pour que le secteur arrive à séduire et attirer les gros investisseurs potentiels, il faut accélérer, amplifier, coordonner le mouvement. C’est dans cet objectif que le GIIN (Global Impact Investing Network) a vu le jour fin 2009.
Ce réseau œuvre au développement du marché des Impact Investments, actifs offrant un retour financier en même temps qu’un bénéfice social et/ou environnemental.
Ses membres fondateurs, avec en tête la Rockefeller Foundation et des grandes banques - Citicorp, JP Morgan, Deutsche Bank -, entendent participer à la mise en place rapide des moyens d’intermédiation et des infrastructures indispensables.
Ils veulent aussi que de vraies opportunités d’investissement émergent, qui seront d’autant plus attractives que les organisations recherchant des fonds sauront se montrer à leur avantage.
Celles-ci doivent donc être capables de mesurer et de prouver l’impact de leur action ainsi que leur efficience opérationnelle, tout en affichant un modèle économique pérenne.
Le Fonds de 100 millions € proposé par la Commission du grand emprunt pour développer l’entrepreneuriat social en France est une initiative intéressante… mais pour que le secteur ait les moyens de ses ambitions et puisse mieux répondre aux énormes besoins de la société, il faut innover hardiment et, surtout, rapidement!
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle