Les "climato-sceptiques" se pressent déjà pour crier victoire sur la communauté scientifique internationale. Il fait froid, on se balade en doudoune et pas en short, donc Claude Allègre a raison?
Bien sûr, le grand froid qui a touché cet hiver l'Europe et la canicule qui ravage l'Australie sont ce qu'on appelle "des phénomènes climatiques ponctuels". Et bien évidemment, ce sont des phénomènes que l'humanité a déjà connu auparavant. D'ailleurs les "plus anciens" nous disent que "de leur temps" il faisait froid comme ça tout l'hiver et il faisait assez chaud en été. Ce qui a beaucoup changé c'est la variation des températures, la faible adaptation au climat et donc la violence des conséquences.
Ceux qui étaient gamins il y a 70 ans savent bien que le froid et la neige n'ont rien d'exceptionnel en France. Cette météo pouvait durer 1 mois dans certains coins de l'Europe. Mais justement, c'est ça la différence. Aujourd'hui la météo ne dure pas, elle ne dure plus.
Les variations des températures ont fortement augmenté par rapport aux années 1950. Prenons l'exemple de Moscou, où il a fait, en l'espace de 3 jours, +3°C (anormalement chaud) et -23°C (anormalement froid) au mois de décembre dernier. Du coup le froid ou le chaud extrêmes ne remettent pas en cause le changement climatique mais ils le confirment.
On l'a vu, le froid a paralysé une partie de l'Europe et la sècheresse a détruit des milliers d'hectares de terres agricoles australiennes. Le coût de ces variations brutales de température reste encore à estimer, mais on peut déjà imaginer que, financièrement et humainement, il sera énorme.
Se posent alors deux questions de politiques publiques:
1. Comment prévenir ces phénomènes extrêmes?
2. Puisque dans certains cas le mal est déjà fait, comment s'adapter?
Les politiques publiques de lutte contre le changement climatique, dont il était notamment question à Copenhague, prévoient les deux volets et peuvent s'appliquer aussi bien au niveau national qu'au niveau local, par exemple au niveau de la région ou de la ville.
Pour ce qui est de la prévention, les élus (européens, nationaux, régionaux etc...) peuvent faire le choix d'orienter leurs investissements vers des logements mieux isolés et à basse consommation d'énergie, vers les transports en commun de qualité préférables à la route ou encore vers une création d'emplois à proximité des lieux d'habitation.
Toutes ces politiques permettent de lutter contre les émissions de gaz à effet de serre et donc d'éviter l'augmentation des variations de températures. Mais ce n’est pas tout. Le grand froid a particulièrement touché les familles modestes qui habitent dans des appartements mal isolés et chauffés à l'électricité. Du coup les factures de ces ménages explosent et leur pouvoir d'achat baisse. Un bonne politique de prévention remplit donc aussi un rôle de justice sociale qui permet à ces ménages d'être mieux protégés en cas de phénomènes climatiques exceptionnels.
L'adaptation, elle, est moins bien connue et encore rarement appliquée au niveau national et au niveau local. Ce concept se base sur le constat scientifique du caractère inévitable de certains effets du changement climatique. On se dit qu'à court terme certaines de nos bêtises du passé sont irréparables, donc il faut vivre avec.
L'adaptation, c'est ce qui n'a pas fonctionné en France cet hiver. Il s'agit de se dire que désormais le climat peut varier vite et dans des proportions extrêmes. Du coup, il faut s'adapter à ces variations et faire en sorte qu'elles fassent le moins de dégâts pour la population et pour l'économie. Les exemples sont nombreux (et parfois les mêmes que pour la prévention): transports et logements adaptés au grand froid et à la canicule, machines de nettoyage, services publics accessibles par tous les temps, services de secours renforcés etc...
Dans les deux cas, pour la prévention et l'adaptation, beaucoup de choses dépendent des orientations politiques que donnent les élus et des priorités qu'ils définissent. Au niveau de la région, par exemple, il est tout à fait possible de mettre en place des politiques publiques ambitieuses, il suffit d'avoir un peu de courage!
Illustration: Un harfang des neiges via PetitGrand/FlickR
>>>Vous pouvez retrouvez d'autres billets d'Alexis Prokopiev sur son blog<<<
Pour lire une autre de ses chroniques sur Youphil, cliquer ici:










Vivre avec l'autre
Marc