
L’arme secrète d’Europe Ecologie
La formation politique espère bien battre le PS aux élections régionales en mars prochain grâce à son ouverture à la "société civile".
Les Verts sont-ils sur le point de réaliser leurs fantasmes? Avec le mouvement Europe Ecologie, ils tiennent entre leurs mains ce qui pourrait leur permettre de vaincre leur frère ennemi, le PS.
Daniel Cohn-Bendit l’a martelé – au point de frôler l’extinction de voix - samedi 16 janvier à Montreuil, lors du lancement national de la campagne pour les élections régionales: "Ce que nous voulons, c’est obtenir entre 50 et 60 députés aux prochaines législatives."
"Rassembler la famille écologique"
En attendant, "Dany" devra prouver que son mouvement peut transformer l’essai des européennes aux élections régionales. Et pour parvenir à ce but, les membres d’Europe Ecologie n’ont qu’un mot à la bouche: "diversité".
Concrètement, la moitié des listes est constituée par des personnalités de la "société civile", c’est-à-dire du monde associatif et militant. L’ouverture ayant des limites, les entreprises - habituellement comprises dans l’expression "société civile" - sont exclues de ce mouvement, qui n’a d’ailleurs pas le statut de parti politique.
"On rassemble la famille écologique, s’enflamme Daniel Cohn-Bendit. Il faut faire de la politique autrement, sortir des partis monolithiques." Au meeting d’Europe Ecologie, il partage le premier rang avec la secrétaire nationale Cécile Duflot et la maire de Montreuil Dominique Voynet. Mais aussi avec Augustin Legrand, fondateur ultra médiatique des enfants de Don Quichotte et figure de la lutte contre le mal-logement.
A ses côtés, on retrouve également l’altermondialiste José Bové, la juge Eva Joly, icône anti-corruption dont l’aura a sans conteste contribué au succès d’Europe Ecologie lors des élections européennes, et Karima Delli, eurodéputée et militante des collectifs Jeudi Noir et Sauvons les riches. Relégué au second rang, le député Yves Cochet suscite nettement moins l’intérêt des très nombreux photographes.
Enracinement associatif
Ce casting est-il seulement une bonne opération de communication? Pas du tout, estime Dominique Voynet, maire de Montreuil. "Nous avons toujours été ouverts aux militants associatifs. C’était juste moins médiatisé avant." Et c’est vrai. Selon Roger Lenglet, co-auteur de l’enquête Europe Ecologie, miracle ou mirage :"80 à 90% des membres des listes d'Europe Ecologie sont liés au mouvement associatif. Les Verts sont à l'origine le parti le plus ancré dans les associations."
Mais l’idée de faire appel à des personnalités symbolisant des causes est plus récente. Elle remonte au score – minable – de Dominique Voynet au moment de l’élection présidentielle en 2007."Ca coïncidait avec la crainte de Daniel Cohn-Bendit de voir le bloc des Verts s’effondrer au Parlement Européen, explique Roger Lenglet. Il fallait sortir de ce trou noir."
Pour les militants, c'est l'occasion rêvée de porter leurs idées haut et fort, tout en restant, promettent-ils, sur le terrain. "Je serai un élu avec les pieds dans la boue", fanfaronne Augustin Legrand. En cas de victoire, il pourra, dit-il, obtenir des financements pour les projets auxquels il croit: cantines bio, financement des entreprises sociales et des emplois verts…
Parachutage
Mais cette ouverture, orchestrée par Noël Mamère et Cécile Duflot, ne s’est pas faite sans douleur. "Beaucoup de militants se sentent déstabilisés par l’arrivée de nouvelles têtes, confie Christine Sandel, élue verte dans la région PACA et candidate sur la liste du Var.
"J’ai été parachutée tête de liste dans le Val d’Oise, raconte de son côté Safia Lebdi, cofondatrice de Ni Putes Ni Soumises, association qu'elle a quitté après l'arrivée de Fadela Amara au gouvernement. Beaucoup de Verts ont du mal à l’accepter, mais c’est maintenant qu’il faut faire bouger les choses."
"Moi-même, admet Christine, je suis en accord avec la plupart des personnalités associatives. Mais d’autres, comme Cap21 (formation proche du Modem, NDLR), me posent problème."
Car aux côtés de ses personnalités associatives arrivent également des transfuges du PS ou des associations qui comptent des candidats dans d’autres partis. A l’image d’Anticor, qui lutte contre la corruption.
Loch Ness
Derrière la belle photo de famille, les failles risquent donc d’apparaître. "Notamment entre les deux tours, au moment des tractations et des appels au vote pour d’autres candidats", analyse Roger Lenglet.
Dans un premier temps, cette "diversité" semble prompte à séduire de nouveaux militants. Comme Sofi Mostefa, élu à Villejuif qui hésite à rejoindre Europe Ecologie. "Stéphane Hessel, Augustin Legrand, Stéphane Gatignon ont rejoint Europe Ecologie… Il se passe quelque chose… Cette ouverture, aucun autre parti n’y a consenti."
De là à assurer une victoire aux régionales? Rien n’est moins sûr, même s'il ne faut pas trop sous-estimer, au niveau local, ce vivier militant. "Europe Ecologie, c’est un peu comme le monstre du Loch Ness. Il créé la surprise, disparaît, prédit Roger Lenglet. Mais il ressurgira toujours."
> Europe Ecologie, miracle ou mirage?, Roger Lenglet et Jean-Luc Touly, Editions First.
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle