
Les médias doivent-ils appeler aux dons?
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A moins d’être un ermite, impossible d’être passé ces derniers jours à côté des appels aux dons lancés pour venir en aide aux victimes du séisme survenu à Haïti.
La mobilisation citoyenne, très forte, a permis de récolter en une semaine environ quinze millions d’euros, principalement sur internet.
Au-delà des opérations de collecte classiques mises en place par les ONG (mailings, pages spéciales sur leurs sites internet…) et des nombreux reportages des journalistes, de nombreux médias ont noué un partenariat avec des organisations humanitaires. Comme lors du tsunami de 2004. Les antennes de Radio France, les chaînes de France Télévision et Le Monde se sont ainsi associés à la Fondation de France, une institution qui soutient de nombreuses associations. C’est le cas aussi d’Europe 1 qui a choisi de diffuser des appels à la collecte en faveur de la Croix Rouge.
Un dépassement de limite?
Ce genre de collaboration relance un débat déjà ancien sur les liens qu’entretiennent les organisations humanitaires et les médias. Dans un tel contexte, impossible en effet pour les médias de passer à côté d’interlocuteurs tels que les ONG, qui ont à la fois une connaissance du terrain et un rôle à jouer, après l’urgence, dans la reconstruction.
A l’inverse, afin d’attirer l’attention du public, ces mêmes organisations ont un intérêt évident à être présentes sur la scène médiatique afin de solliciter la générosité du public. Au risque pour les journalistes de brouiller la frontière entre information et engagement?
Certains professionnels de l’humanitaire le déplorent en effet. Invité de l’émission Médias sur France 5, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans Frontières, estimait le 17 janvier qu’"il y a un dépassement de limite lorsque des médias publics se mettent au service d’une ONG ou d’une institution privée" (cliquer ici pour voir la vidéo).
Interrogé par Libération, le chercheur Marc-Antoine Pérouse de Montclos, fondateur de l'Observatoire de l'action humanitaire, semble du même avis que Rony Brauman: "Le rôle des journalistes est d'informer, pas de collecter des fonds", estime-t-il. Et d’interroger le partenariat spécifique entre les chaines du service public et la Fondation de France: "J'estime qu'il vaut mieux donner directement à des ONG opérationnelles sur le terrain plutôt qu'à une fondation qui, ensuite, répartit les fonds aux associations. Cela limiterait les frais administratifs. Quand on multiplie les interlocuteurs, on multiplie inévitablement les déperditions."
Une "continuité du service public"
François Desnoyers, directeur général délégué aux antennes de Radio France, défend la spontanéité de cette collaboration: "Le lendemain du séisme, nous avons été en contact avec la Fondation de France et la décision a été prise immédiatement", explique-t-il à Youphil. En refusant la critique du mélange des genres. Au contraire, les spots d’appels aux dons diffusés depuis une semaine seraient même "une continuité de la mission de service public".
Devant une catastrophe telle que le tremblement de terre d’Haïti, la sensibilisation de 13,5 millions d’auditeurs quotidiens lui apparaît comme une évidence. "Pour autant, nos journalistes ont relayé les actions lancées par d’autres organisations que la Fondation de France", rappelle le dirigeant de Radio France.
Le journaliste, forcément engagé?
De manière étonnante, au sein des médias, aucune voix ne s’est faite entendre pour critiquer ce type de partenariat. Et pourtant, pour Jean-Jacques Louarn, fondateur du site Grotius, qui s'intéresse aux relations entre "Média et humanitaires", "la ligne rouge est très largement franchie depuis le tsunami". "Si le rôle des médias est incontestablement de relayer les appels à la générosité, ils ne doivent pas se confondre avec les ONG", estime le journaliste.
Une position qui semble éloignée de celle de Reporters sans Frontières, qui détaille sur son site le rôle que doivent jouer les médias lors d’une catastrophe humanitaire: "Ce rôle ne se limite pas à la mobilisation des opinions et à l’appel à la générosité. Les médias peuvent et doivent être des acteurs à part entière de la réaction à un contexte de crise humanitaire, en contribuant par exemple à la localisation de survivants ou l’évaluation des besoins les plus urgents de populations sinistrées", indique l’organisation. Dans des circonstances extraordinaires, le journaliste ne pourrait donc plus se contenter d'être "juste" un pourvoyeur d'informations. Il aurait le devoir de sortir de son rôle d'observateur pour devenir acteur.
> Retrouvez ici la chronique radio de Youphil sur Radio Ethic
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Comentarios
Question parmi d'autres, les gens doivent-ils donner?
Dire que l'on est "contre" l'humanitaire n'est ni bien vu, ni censé, ni porteur de solutions. Pourtant l'on peut, voire l'on doit je crois, s'interroger sur les tenants et les aboutissants de ce système. Quelques éléments de débats :
1- Pourquoi nous semble-t-il si normal que les pays du Sud (Amérique latine, Caraïbes, Afrique, Asie du Sud-Est) soient systématiquement aidés par les Occidentaux en cas de catastrophes? Aussi naïve que puisse paraître la question elle mérite d'être posée, simplement peut-être puisque l'on sait tous que lorsqu'une catastrophe touche la France ou les Etats-Unis, il y a quelques aides extérieures certes, mais c'est bien l'Etat qui se charge d'aider sa population. Dans le cas d'Haïti comme bien d'autres pays, c'est une situation de totale dépendance que l'on crée et entretient, et plus encore on inscrit durablement dans les esprits de ces gens que sans les Occidentaux, sans les Blancs, ils ne peuvent pas se développer...Ce n'est pas rien quand on y pense, imaginons que les 15 millions de jeunes Français aient profondément ancré dans leur esprit l'idée selon laquelle sans les pays étrangers ils ne pourraient se développer...cela crée une conscience "nationale" bien particulière.
2- Ce qui amène à une deuxième réflexion : ces pays là ont besoin de notre aide parce qu'ils n'ont ni l'Etat ni les moyens nécessaires pour faire face à des catastrophes. C'est bien vrai, mais pourquoi? En grande partie parce qu'ils font partie des pays que nous, Occidentaux, ne laissons pas se développer : on leur impose des barrières douanières afin qu'ils n'exportent pas leurs produits qui coûtent bien moins chers que les nôtres, on aide leur gouvernement militaire à rester en place pour des intérêts géopolitiques, pour continuer à exploiter leurs propres ressources, pour notre économie...
3- Ce qui amène alors à une conclusion possible, une parmi d'autres : la catastrophe humanitaire se produit tous les jours dans les pays comme Haïti, tous les jours depuis des années ces gens là meurent de faim, lorsqu'ils ne vivent pas simplement dans une pauvreté grandissante. Alors si c'est réellement la solidarité qui doit guider l'action de ces pays généreux que sont la France ou les Etats-Unis, et bien que l'on donne de l'argent toute l'année à ces pays pauvres, et cela sans attendre qu'ils fassent pour quelques jours la une de nos journaux. Et tant qu'on y est, faisons en sorte qu'ils soient vraiment développés! Mais cela sous-entendrait certes que nous nous appauvrissions un peu : que les Etats-Unis arrêtent de donner de la nourriture via le Programme Alimentaire Mondial pour écouler leur surproduction et maintenir des prix intérieurs élevés , que la France cesse d'avoir des compagnies pétrolières et autres qui s'enrichissent sur les ressources de ces pays, que l'Europe arrête de taxer outrageusement les produits venus des pays en voie de développement pour qu'ils ne fassent pas concurrence aux marchandises produites chez nous, etc.
Bref, l'idée est que ce sont les mêmes pays qui donnent énormément qui sont en partie responsables du sous-développement des pays comme Haïti. Et ces derniers peuvent continuer à agir comme ils le font puisque leurs citoyens aident ces pays en cas de crise. En d'autres termes, nos Etats et nos entreprises donnent un coup de couteau tous les jours aux pays comme Haïti, et cela va malheureusement continuer parce que nos citoyens leur mettent désormais un pansement. Arrêtons de mettre le pansement et, peut-être, le désastre sera tel que certains se verront contraints d'arrêter de donner le coup de couteau ?
L'humanitaire est bien compliqué...
A giggs
Je n'aurais qu'une seule chose à dire : CLAP CLAP CLAP
Je suis entièrement d'accord avec toi.
Merci de l'avoir si bien exprimé.
L'enfer est pavé de bonnes intentions.