"Il faut changer notre vision de la pauvreté"

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2010, l'année européenne de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale, a été lancée ce 18 février à Paris. A quoi sert ce genre d'événement? Comment s'y associer? Réponses avec l'ONG Caritas.

Caritas est une confédération de 162 organisations catholiques à travers le monde. Sa branche européenne, Caritas Europa, s'implique depuis 1971 dans la lutte contre la pauvreté. Entretien avec Annalisa Mazzella, responsable de la communication du bureau de Bruxelles.

A quoi sert l'année de la lutte contre la pauvreté?

Avant tout, à sensibiliser l'opinion publique et les institutions. Nous nous sommes battus pour que cette année soit proclamée, nous pensons qu'elle aura un impact positif. C'est un outil qui permettra de lancer un processus qui perdurera après 2010. On ne pourra bien sûr pas éradiquer le problème en un an!

Quels sont les enjeux de cette année?

Elle doit servir à changer la perception que nous avons de la pauvreté. C'est bien plus complexe que la précarité matérielle, c'est une condition d'esprit, un manque de réseaux, d'opportunités, une exclusion sociale... Il n'y a pas de division nette entre riches et pauvres. La pauvreté se cache. Certaines personnes, que l'on ne met pas dans la catégorie "pauvre", peuvent se retrouver dans une situation d'insuffisance à un moment de leur vie. On ne peut jamais dire "je suis tranquille, je suis du bon côté, celui des riches."

Quelles actions allez-vous mener en 2010?

Nous avons lancé la campagne "Zero Poverty act now", avec un site internet communautaire. Il est accompagné d'une newsletter et d'une pétition. Nous voulons montrer aux décideurs politiques que beaucoup de citoyens suivent notre action. On espère aussi peser sur l'agenda politique. Le 27 janvier, nous lançons une publication au Parlement européen intitulé "La pauvreté parmi nous", pour montrer qu'il ne s'agit pas d'un concept abstrait ou lointain, mais d'une réalité qui concerne tout le monde.

Y a-t-il une pauvreté qui vous préoccupe plus particulièrement?

Nous pensons beaucoup à la pauvreté des enfants. Il y a aussi des groupes très vulnérables, comme les migrants ou les personnes issues de l'immigration. Ils sont isolés de facto, ce qui peut mener à la pauvreté. Mais en Europe, elle est partout, aussi bien dans les pays pauvres que les pays riches.

Avez-vous constaté une évolution de la pauvreté ces dernières années?

Le monde change, et la façon dont la pauvreté se manifeste aussi. Aujourd'hui, elle est beaucoup plus diffuse et généralisée, elle peut toucher tout le monde. De plus en plus de personnes qui travaillent sont en difficulté et ça, c'est relativement nouveau. Le phénomène du dérèglement climatique est lui aussi nouveau: il touche principalement les plus démunis, qui n'y ont pourtant pas contribué.

Les gouvernements ont-ils pris de véritables décisions pour lutter contre la pauvreté?

Le fait d'avoir une année de la lutte contre la pauvreté est déjà une très bonne initiative, c'était un processus difficile! Mais généralement, il faut regarder la pauvreté en tant que phénomène multidimensionnel. L'analyse de l'action politique est très complexe, car des tas de petites décisions peuvent avoir un impact.

Peut-on, à son échelle, lutter contre la pauvreté?

Chacun peut, à son niveau, faire quelque chose. Il ne faut pas baisser les yeux si son voisin a des problèmes. On peut participer à des actions de sa commune. Chacun peut agir selon ses possibilités et ses moyens. La pauvreté n'est pas qu'une question politique, il faut discuter avec les décideurs certes, mais chacun doit aussi faire ce qu'il peut. 

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