
"On ne veut pas d'un réveillon de pauvres"
Reportage à la maison relais de Boulogne-Billancourt, où les habitants -au passé souvent lourd- reçoivent les riverains du quartier.
Ne cherchez pas de particularité à la maison relais de Boulogne-Billancourt, elle n’en n’a pas. Sa façade en pierre blanche passe inaperçue parmi les immeubles cossus de cette banlieue résidentielle du sud de Paris. Seule une petite plaque à l’entrée indique le nom de l’association Aurore qui gère les 17 appartements.
A l’intérieur, les résidents ont connu la rue, l’alcoolisme ou souffrent d’un léger handicap mental. Cette maison relais est censée être une transition entre l’hébergement d’urgence et l’habitat totalement indépendant. Ici, les résidents payent leur loyer et peuvent rester le temps qu'ils veulent. Rien à voir avec l'hébergement d'urgence.
En ce soir de décembre, avec l’aide de la Fondation de France, les travailleurs sociaux et les habitants organisent un "réveillon de la solidarité". Rien n’est oublié: à côté de la télévision qui diffuse un épisode de Plus belle la vie, le sapin de Noël et les plateaux de fruits de mer. Mais à la place des bouteilles de vin, du jus de tomate et de l'eau, pour ne pas tenter les résidents au passé d'alcoolique.
Béatrice Kohou, la "maîtresse de maison" présente en permanence sur les lieux et qui veille sur les habitants, fait circuler ses brochettes façon créole. Elle glisse un disque de musique tropicale dans un poste de musique "parce que c’est dansant", dit-elle avec un sourire.
"Pas un repas de pauvres"
Autour des trois tables de la salle, une dizaine de résidents de l'immeuble et leurs invités. Car le but de cette soirée de réveillon est que "chaque résident invite quelqu’un d’extérieur pour se valoriser et se prouver qu’il est capable d’organiser une soirée comme une autre", explique Catherine Rousselot, la directrice de la maison.
Rémy, la cinquantaine, fait partie des convives. Il vit dans le bois de Boulogne. Mais ce soir, il n’est pas seulement venu pour déguster les huîtres préparées par Yves*, qui lui, habite la maison relais. Rémy Frémois expose et vend ses tableaux. Car il est SDF et peintre.
Une dizaine de ses toiles aux allures naïves (voir photo ci-contre) couvrent le mur de la "tisanerie", la salle commune où les habitants de la maison relais prennent leurs repas communs.
Catherine Rousselot, la chef de service, elle aussi attablée, a voulu "un vrai repas de fête, pas un repas de pauvres".
Alors que le plateau d’huîtres circule, Yves ironise sur les supposées vertus aphrodisiaques des fruits de mer, tandis que sa voisine, une autre locataire, pouffe en évoquant les trois hamsters qu’elle élève dans son appartement.
Des conversations ordinaires, même si le vécu des résidents ne l'est pas. Au gré de la soirée, le passé refait parfois surface, ce qui a le don d'énerver Catherine Rousselot. Pour la directrice, "le but est qu’ils sachent se présenter autrement que comme ex-SDF ou ex-alcoolique".
Certains préfèrent même quitter la maison relais lorsqu'ils se sentent assez autonomes pour prendre un logement totalement indépendant, type HLM. Pour l'instant, à Boulogne-Billancourt, seule une personne est partie.
Vers 21h, le repas se termine. La soirée a été plutôt réussie puisque les invités extérieurs prévus sont quasiment tous venus. L'équipe de la maison relais compte bien réitérer l'expérience l'an prochain.
Crédit photos: Raphaël Morán, Nerdcoregirl via Flickr.
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle