
La nouvelle arme des écolos chinois
Une ONG répertorie les entreprises polluantes pour les inciter à respecter l'environnement. Le public a accès à ces informations sur le web. Une première.
Les autorités chinoises en ont emprisonné d’autres pour moins que ça. Ma Jun, lui, est toujours en liberté. Sur Internet, ce militant écologiste dénonce, via son ONG, les entreprises dont l’activité est néfaste pour les lacs et les rivières. « La pollution de l’eau est l’enjeu le plus important pour la Chine», répète-t-il à l’envi aux médias qui l’interviewent. Et la pénurie d’eau potable peut entraîner « de graves répercussions sur la santé des gens », souligne Ma Jun.
Pour cet ancien journaliste reconverti en défenseur de la cause environnementale, l’accès à l’information est au cœur des changements. Son but : inciter la population à mettre la pression sur les entreprises chinoises afin qu’elles deviennent plus responsables.
Il y a deux ans, il crée l’Institut des affaires environnementales et publiques (IPE). Sur son site web, cette ONG offre à l’internaute la possibilité de cliquer sur une carte où sont localisées près de 3000 entreprises polluantes. Afin de créer cette gigantesque base de données, Ma Jun et son équipe de quatre salariés ont compilé des milliers de rapports, tirant leurs informations des agences de protection environnementales dépendantes du gouvernement.
Pour conserver son indépendance, l'IPE publie également un rapport sur les pollueurs qui ne figurent pas sur la liste de l’Etat, grâce aux informations recueillies auprès des ONGs locales. L’organisation est en partie subventionnée par des entreprises. Certaines, mises en cause sur le site, n’hésitent d’ailleurs pas à contacter Ma Jun pour savoir comment s’améliorer. Le militant a même été cité en 2006 par le magazine Time comme l’une des cent personnalités mondiales les plus influentes.
L’écolo chinois, nouvel alibi d’un pouvoir cynique?
Un tel accès à l’information peut surprendre dans un pays où les droits de l’homme - et notamment la liberté d’expression - sont bafoués. A l’instar du prix Sakharov Hu Jia, qui avait notamment dénoncé la pollution de l’eau, des militants écologistes sont régulièrement mis en prison.
Pourtant, depuis 2004, une loi reconnaît le droit du public à participer au débat environnemental, favorisant ainsi l’accès à l’information. La Chine, montrée du doigt lors des Jeux Olympiques pour son taux de pollution, est bien forcée d’agir, tant la qualité de l’eau est mauvaise. Mais les lois votées à Pékin, visant par exemple à renforcer les contrôles, ne sont pas forcément respectées dans les provinces.
« Les pouvoirs locaux sont corrompus et paient les patrons, qui font mine de respecter les lois… mais ne les appliquent pas », déplore Marie Holzman. Pour cette sinologue (1), l’appui officiel du pouvoir est «cynique». « La création de ce site constitue une évolution sociale indiscutable, mais qui reste très fragile, car soumise aux aléas du pouvoir », juge-t-elle.
Le fondateur d’IPE, estime Marie Holzman, ne peut sans doute s’exprimer que parce que les autorités l’y autorisent. « Dire que l’existence de cette ONG est un signe d’avancée démocratique est un grand contresens », conclut-elle. Ainsi, Ma Jun, devenu une icône écologiste à l’étranger, pourrait bien être, à son insu, l’alibi du pouvoir central. Mais peu lui importe de devenir, comme bien d’autres, un « héros sacrifié ». Pour l’instant, le militant reste concentré sur sa prochaine étape : convaincre les multinationales de ne plus avoir recours à des sous-traitants qui polluent.
(1) Auteure de nombreux ouvrages sur la Chine, dont « Pourquoi il faut boycotter les JO de Pékin », écrit pour Reporters sans Frontières.
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle