Où vont les dons des particuliers ?

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Un changement législatif oblige désormais les associations à livrer des détails supplémentaires sur leurs comptes. Les donateurs vont avoir des surprises.

"Nous est-il interdit de nous demander si les moyens dont dispose le Téléthon ne sont pas disproportionnés ?", se sont demandés Pierre Bergé, Line Renaud et Bertrand Audoin, les dirigeants de l’association Sidaction dans une tribune du mois de novembre adressée au journal Le Monde.

"Jadis, les dames patronnesses avaient leurs pauvres. Aujourd’hui, les "pipoles" ont leurs malades. Parfois, ils s’entre-déchirent pour ces bonnes causes", analyse le correspondant du quotidien suisse 24 Heures, au sujet des échanges indirects entre Pierre Bergé et l’acteur Thierry Lhermitte, un des parrains du Téléthon. 

Mais s’agit-il d’une querelle "pipole" autour du Téléthon? En 2005, le président de Médecins Sans Frontières, Jean-Hervé Bradol, n’avait-il pas déjà défrayé la chronique en déclarant dans Challenges: "Le 3 janvier, nous avions déjà reçu près de 110 millions d'euros. Nous avons estimé que cette somme était largement supérieure au financement nécessaire de nos opérations. Nous avons donc demandé d’arrêter les dons pour le tsunami. C'était une question d’honnêteté."

Les propos tenus, et les réactions qui s’en sont suivies, montrent à nouveau l’émotion et la dimension quasi sacrée qui entoure le domaine caritatif ; mais aussi le besoin de transparence et peut-être les limites des communications financières actuellement mises à la disposition des donateurs. En cela, ces propos sont peut-être annonciateurs de nouvelles difficultés pour certaines associations -des grandes ONG humanitaires notamment - qui bénéficient à la fois de fonds privés et de fonds publics.

Fonds publics et fonds des particuliers

En effet, suite à la publication d’un arrêté au Journal Officiel du 21 décembre 2008, le Compte d'emploi des ressources (détail de l'affectation des dons), dans un souci de transparence, doit désormais renseigner les donateurs sur l'affectation des seules ressources collectées auprès du public et ce par type d'emplois.

Autrement dit, lors de la publication de leurs comptes en 2010, les associations devront clairement montrer au donateur privé ce qui est fait de son argent sans que ce dernier ne soit englobé avec les fonds publics reçus par l’association.

Depuis une loi d’août 1991 déjà, les organismes qui font appel à la générosité du public doivent publier chaque année un "compte d’emploi des ressources ". Ce document précise l’affectation des dons par type de dépenses, c’est-à-dire la manière dont les associations dépensent l’argent qu’elles ont collecté: missions sociales, frais de fonctionnement, communication, frais de collecte.

En outre, la Cour des comptes, qui a aussi pour mission de contrôler l’emploi des fonds issus de la générosité, publie systématiquement ses rapports afin d’informer les donateurs

Mais grâce à l’arrêté de décembre 2008, les donateurs vont découvrir que les fonds publics, dans une proportion très élevée, vont aux missions sociales – "au terrain" diraient les humanitaires -.

Au contraire, les dons des particuliers servent au fonctionnement du siège de l’association dans une proportion plus importante qu’ils ne l’imaginent ou plus exactement que ne l’indiquent les communications financières actuelles des associations qui mélangent fonds publics et fonds privés.

Indignation prévisible pour 2010

Rassurons-nous: rien d’anormal à tout cela. Si les fonds publics ne servent pas - ou très peu - au financement du siège, en raison de normes et de contrats, l’association n’a pas d’autres choix que d’utiliser les fonds privés, c’est-à-dire les dons des particuliers, pour faire fonctionner le cœur de la machine.

Autrement dit, le siège opérationnel comprenant par exemple des médecins, ingénieurs, gestionnaires, logisticiens qui, en lien avec les volontaires, définissent et pilotent des missions dans de nombreux pays, dont certains en guerre. Le problème, c’est que cela n’a jamais été dit très clairement aux donateurs et que l’émotion et le sacré peuvent anéantir toute communication objective prévue en 2010.

Sous le coup de l’émotion, des donateurs risquent de critiquer le passé, de parler d’habillage ou de travestissement de la réalité voire de mensonge. Ils diront peut-être : "Vous avez écrit que 85% de l’argent collecté allait sur le terrain pour sauver des enfants, ceux qui sont sur vos affiches et vos courriers.

Or c’est faux : seuls 50% de mes 20 euros vont dans les pays en crise, le reste va à Paris au siège de votre association. Seuls les fonds publics vont en masse sur le terrain. C’est de la publicité mensongère !".

Publier les comptes ou montrer des victimes?

Sous le poids du sacré, les donateurs peuvent ne pas entendre les arguments des associations. De leur côté, ces dernières regretteront que la mise à disposition de fonds publics n’intègre pas une quote-part significative pour couvrir les frais de siège, que l’origine des fonds importe peu pour le bénéficiaire, que c’est le global qui compte.

Mais aussi qu’il est difficile de suivre l’affectation des fonds dans le détail, que la présentation actuelle des comptes n’est pas contraire aux textes, que mener une campagne de dons auprès du grand public en montrant les besoins du siège d’une association (ordinateurs, mobilier, embauches…) au lieu des victimes reviendrait à perdre de l’argent car personne ne répondrait à un appel à la générosité bâti de la sorte…

S’il faudra beaucoup de professionnalisme aux associations concernées pour convaincre les donateurs, souhaitons que cet exercice génère au moins deux effets bénéfiques.

Le premier, qu’à l’avenir les associations concernées considèrent les donateurs plus comme des compagnons de route et moins comme des cibles marketing ; le second, que dans le même temps les donateurs acceptent d’être des compagnons de route moins fugaces et plus attentifs aux contraintes d’organisation et aux enjeux humanitaires.

Photo: Flickr Simminch.

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