Manuel Domergue est sur tous les fronts. Respectable journaliste à Alternatives économiques le jour, il rédige aussi un volumineux Cameroun, guerre cachée en Françafrique la nuit.
Sans oublier ses activités de militant au sein du collectif Jeudi Noir, ou de membre du conseil national des Verts. Quand il a le temps, il concocte des soupes et joue au football le dimanche. Mais il veut bien l'admettre: aujourd'hui, le jeune homme se dit "fatigué".
S'il est d'autant mieux diposé à nous accorder un entretien, à une heure pourtant relativement tardive, c’est que cela lui "donne un bon prétexte pour quitter le boulot". En deux temps trois mouvements, il a désigné un bar – "le plus proche, tant qu’à faire", posé son long corps sec sur le bord de sa chaise, et avalé d’un trait son café. Il attend maintenant poliment les questions.
Manuel Domergue appartient à cette catégorie d'activistes, à la fois clownesques et pragmatiques dans leurs actions, que des chercheurs ont qualifié de "nouveaux militants".
Ce jeune homme de 27 ans, passé par Sciences po et le Centre de formation des journalistes, est à des années lumières du militantisme "où l’on se sacrifie". Lui dit militer par plaisir. "Je ne suis pas un curé qui vient expier ses péchés! ", assure-t-il.
Et si "tout va si vite que, chaque action chasse l’autre" dans la mémoire, certaines ne s’oublient pas. Exemple, la dernière en date "lorsque nous sommes parvenus à prendre possession de ce palais qu’est l’hôtel particulier de la Place des Vosges (à Paris), ouah, quel plaisir !", confie-il.
Là où certains élaborent leur stratégie de communication vis-à-vis des médias dans le plus grand secret, Manuel Domergue, lui, est prolixe à l'évocation du petit "jeu" qu’il impose aux journalistes. "Sans complexe", il revendique en effet des actions à visées purement médiatiques: "je travaille la mise en scène".
Un casting pour les interviews
"Quand les télés arrivent au squat, je mets derrière tous nos mal-rasés et pousse en avant la charmante Solène, étudiante au Conservatoire, et je la fais jouer une sonate au piano", explique–t-il, affectant la minauderie. "La ménagère de moins de 50 ans devant son JT sera davantage sensible à la pauvre petite Solène". A chaque action, un "casting" différent est mis sous les projecteurs par le maestro Domergue: "c’est industriel", conclut-il.
Le caractère festif qui accompagne chaque coup médiatique de Jeudi noir fait partie de la stratégie mise en place pour s’assurer une large reprise médiatique. Car la réappropriation par les médias des causes défendues par Jeudi noir est aussi un gage de la "légitimité" du collectif, un souci qui taraude Manuel Domergue.
Or, s’il confie appartenir à "la classe moyenne favorisée" avec une mère assistante sociale et un père fonctionnaire municipal, le jeune presque trentenaire n’en a pas moins multiplié les sous-locations chez les copains et les stages peu rémunérés. Des expériences suffisantes pour qu’il se considère comme un "galérien" prétendant au titre de "porte-parole" de la nouvelle jeunesse précarisée.
Engagés auprès d'Europe Ecologie
Sa fibre sociale commence à s’exprimer au collège. Il participe aux collectes des Restos du Cœur, et au lycée, il crée le journal l’Insoumis en soutien aux grèves de 1995. Puis il s’engage. Génération précaire, Jeudi Noir, puis plus récemment Sauvons les riches... Manuel Domergue, avec Julien Bayou, Lionel Primault, Leïla Chaïbi, mais aussi la députée européenne Karima Delli, fonde plusieurs collectifs de défense des droits sociaux.
L’un de leur derniers coups médiatiques: la remise d’un "diplôme du fils à papa" à Jean Sarkozy, au son du générique de Dallas au très sélect Rotary Club, au mois d’avril dernier (voir vidéo).
Jean Sarkozy diplômé par Sauvons les riches
Son prochain combat: les régionales. Il a été nommé chargé de campagne de Cécile Duflot (liste Europe écologie) pour les régionales à venir, une fonction qu’il cumulera avec un emploi à plein-temps à Alternatives Economiques.
Pourtant, Manuel Domergue n’a pas l’infaillibilité de Superman dont il revêt la cape au cours des manifestations. "J’aimerais me reposer", lâche-t-il. "Trois jours, en Ardèche, avec quelques BD: mon rêve". Mais l'insouciance n'est pas au programme des prochains jours; dans un premier temps, il va devoir gérer le procès intenté par la propriétaire de l’hôtel particulier que Jeudi Noir squatte Place des Vosges.
Photo: Manuel Domergue, à droite. Flickr, Jonas Roux.










Vivre avec l'autre
Marc