Des blouses blanches dans les zones enclavées

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L’association palestinienne Health Work Committees facilite l'accès à la santé dans les localités les plus reculées de Palestine. Reportage.

Bédouins, habitants de villages encerclés de colonies ou tout simplement loin de tout... Nombreux sont les Palestiniens qui n’ont pas un accès facile à la santé. A travers le Conseil National, mis en place par l’Autorité Palestinienne, l’association, Health Work Committees (HWC), essaie de pallier ce problème en coordination avec le Palestinian Medical Relief Society (PMRS).

Créé en 1985 à l’initiative d’un groupe de médecins de Cisjordanie, dont la figure emblématique est le docteur - et martyr- Ahmad Maslamani, le Health Work Committees agit sur plusieurs niveaux. Tout d’abord, une quinzaine de centres médicaux sont présents sur tous les Territoires palestiniens occupés, à l’instar d’Hébron, de Naplouse ou encore de Marda, un village encerclé de colonies et de barbelés où il est quasi-impossible pour les familles d'en sortir.

Je me suis rendue dans le centre médical de Naplouse. Au dessus du souk des bijoutiers dans la vieille ville, le docteur Walid Qadri reçoit, le mardi, des patients souffrant de diabète. A 11 heures du matin, une trentaine de personnes l'avaient déjà consulté. "Naplouse est célèbre pour sa kneffé [pâtisserie orientale]. La base de la nourriture palestinienne est le pain. Les familles sont pauvres ici et ne varient pas leur alimentation. Le taux de diabète est relativement important", assure ce médecin présent dans ce cabinet médical depuis 16 ans. Seuls trois docteurs et cinq infirmières officient dans ce centre, ouvert depuis 1989, où une dizaine de spécialités sont représentées.

Selon ce responsable du service de médecine généraliste, du service diabétologie et du service pédiatrie, "10 % de nos patients ne paient absolument rien.

Ni les 15 shekels (3 euros) pour une consultation généraliste, ni les 30 shekels pour la visite d’un spécialiste, ni les médicaments distribués à moindre coût par la clinique. Tous nos services sont moins chers que dans les établissements privés. Beaucoup de patients qui ont consultés dans le privé, viennent acheter leurs médicaments ou faire leurs analyses dans nos locaux. HWC ne vit pas des revenus des cliniques".

Matériel médical perdu dans les bombardements

Soixante pour cent du budget provient d'organisations internationales, dont l’essentiel sont des associations espagnoles, et 40 % de fonds privés. En 2007, le budget a atteint 27 millions de shekels (4,7 millions d'euros). "Tous les centres médicaux essaient maintenant de s'équiper d'un service d'urgence. On essaie également d'acquérir un scanner", explique Elise, une Française en mission à HWC à Ramallah.

En outre, une partie de la somme est réinvestie dans la rénovation des locaux victimes de la guerre. A Naplouse, le laboratoire, comme l'une des deux salles d’attente de la clinique, ont été bombardés par l'armée israélienne pendant la seconde Intifada, au début des années 2000. "Nous avons perdu beaucoup d’appareils électroniques. Mais, malgré les bombardements, nous étions présents. Il fallait soigner les blessés et réceptionner les médicaments qui arrivaient alors en masse. Aujourd’hui, nous n’en recevons plus, alors que les besoins sont les mêmes", déplore ce médecin alors que la clinique a dans ses listings de patients quelque 6.000 familles de Naplouse et des environs.

Pour les villages les plus marginalisés, le HWC a mis en place un service de cliniques mobiles. Cinq jours par semaine, quatre équipes de médecins sillonnent plus de 40 villages. Mercredi, des médecins consultaient dans des villages au nord de Ramallah, à Rantis et à Al-Luban.

"Soient nous avons nos propres locaux, soient nous occupons ceux de l’Autorité palestinienne ou de PMRS. Les villages qui ne sont pas desservis par HWC le sont par PMRS. Nous travaillons en étroite collaboration avec eux afin d’éviter tout doublon", déclare Elise.

Valoriser la jeunesse et le handicap

Outre le pôle médical, le HWC a également un pôle développement accueillant plusieurs initiatives destinées à la jeunesse. A Beit Sahour, près de Bethléem, par exemple, un centre pour handicapés mentaux a été ouvert. "Le handicap est un tabou en Palestine, si ce n’est dans la région du Moyen-Orient, ajoute Elise. Ce centre a une approche valorisante du handicap ". Toute l’année, 24 personnes sont accueillies gratuitement. Selon cette jeune femme, "les seuls revenus proviennent des travaux manuels des patients". Victime de son succès, le centre ne peut plus accueillir la moindre personne jusqu’en 2011!

"Toutes les ouvertures de centres de HWC ont un sens aussi bien médical que politique", explique Elise. Souvent le HWC se heurte aux autorités israéliennes. Son centre socio-culturel pour la jeunesse palestinienne, NIDAL, situé à Jérusalem, a été fermé le 15 juillet 2009 pour "des raisons de sécurité", précise Elise. Il ne devrait rouvrir ses portes que d’ici un an. "Inch’Allah", déclare-t-elle avec un regard sceptique.

Photos: DR Julie Schneider.

Cette initiative fait partie des 10 projets remarqués par la rédaction de Youphil en 2009. Pour découvrir les autres, cliquer ici.

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