
Faut-il suivre personnellement chaque SDF?
Mettre en place un "référent" derrière chaque sans-abri. C'est l'une des mesures phare annoncées par le secrétaire d'Etat au Logement Benoist Apparu le 10 novembre. Youphil a interrogé les associations.
Julien Bayou, membre du collectif Jeudi Noir:
Actuellement, une personne prise en charge une nuit par le Samu social risque le lendemain de se retrouver à la rue. Si elle sollicite un rendez-vous pour un hébergement plus pérenne dans un CHRS, c’est sa place en centre hospitalier universitaire (CHU) qu’elle prend le risque de perdre.
Alors mettre en place un référent, pourquoi pas, mais avec quels moyens? Avec des volontaires du service civique, c’est-à-dire des jeunes de moins de 26 ans qui n’ont aucune expérience dans le domaine du logement? Sans commentaire.
Jean-Baptiste Eyraud, président de Droit au Logement (DAL):
On est dans une logique de charité individuelle, la solidarité publique ne fonctionne plus. Ce que propose Benoist Apparu, c’est que des jeunes aillent au-devant de sans-abri qui, pour certains, sont à la rue depuis des années. Et au même moment, des logements spécialisés, comme le centre de santé Maison Blanche, qui accueille des personnes en difficulté afin de les réinsérer, sont fermés. Faute de subventions de l’Etat.
Alors comment ne pas voir cette mesure comme un habillage, un effet d’annonce, quand on lui confronte la réalité: l’augmentation des expulsions, le nombre croissant de personnes, de familles qui se retrouvent à la rue… Passe encore si ces "référents" servaient à accompagner les personnes dans leurs démarches pour un relogement, car nous sommes aujourd’hui dans une situation d’urgence.
Christophe Robert, directeur des études de la Fondation Abbé Pierre:
La mise en place d’un référent est une bonne idée, qui a été proposée et soutenue par les associations. Nous serons cependant vigilants aux conditions de son application, comme pour l’ensemble des mesures proposées.
Des axes intéressants ont été évoqués, reste que le plan du secrétaire d’Etat trouve ses limites dans la crise du logement sans précédent qu’on connaît en France. Si aucune mesure n’est prise pour arrêter les expulsions et mettre en place une politique de logement, cette annonce n’aura aucun effet.
Hervé de Ruggiero, directeur général de la FNARS:
De manière générale, une logique d’organisation et de coordination des actions sur le terrain se profile, ce qui va dans la bonne direction. Reste à voir quelles en seront les modalités.
Même chose sur la création d’un référent. Qui sera-t-il, où sera-t-il? En tout cas, il n’a jamais été question que les 2000 volontaires du service civique soient affectés à ce qu’on appelle le "premier accueil", un moment essentiel du retour à un parcours d’insertion.
>Pour connaître les principales mesures du plan, cliquer ici.
Pour savoir ce que font les SDF l'été, lire notre article:
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Un beau témoignage sur Amma
Isabelle