Tchad: mauvais point pour l’aide humanitaire peut mieux faire

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Une fondation note l’action humanitaire des pays riches. Exemple avec les réfugiés du Darfour : l’aide internationale a manqué de coordination. Et la France est mal jugée...

Les colis débarqués des avions militaires pour les réfugiés du Darfour peuvent rassurer les téléspectateurs à 20 heures : oui, les pays riches répondent en masse aux catastrophes humanitaires. Mais les milliards de dollars déversés chaque année sont-ils utilisés au mieux pour les victimes ? Pour la deuxième année, la fondation espagnole Dara apporte sa réponse, en notant 23 Etats donateurs, et en évaluant 11 mobilisations humanitaires marquantes de 2007. Au Tchad, notamment, les humanitaires vont pouvoir apprendre à mieux faire…

Dans ce pays parmi les plus pauvres de la planète, où 35% de la population est sous-alimentée, le terrain est certes hostile. Dès 2002, des Centrafricains viennent s’y mettre à l’abri au lendemain d’un coup d’Etat à Bangui ; puis en 2003, les Soudanais y fuient en masse le conflit du Darfour. Les réfugiés sont désormais plus de 300.000, principalement à l’Est, où ils représentent pas moins de 22% de la population. En 2007,12 camps s’efforcent de les protéger. « L’accès aux services de santé, à l’éducation, à l’eau et aux sanitaires, est souvent meilleur dans les camps de réfugiés que dans les communautés environnantes », observe Ricardo Solé, chef de mission au Tchad pour Dara. De fait, à leur tour, à partir de 2006, près de 180.000 Tchadiens fuient la misère et les groupes armés des régions orientales.

Dara a recensé toutes les sommes collectées en 2007 pour ces réfugiés du Sahel. Les pays riches se sont montrés particulièrement généreux. Ils ont fourni 99% des 272 millions de dollars demandés par l’Onu ; et en comptant le Comité international de la Croix-rouge, notamment, l’aide humanitaire au Tchad a atteint 308 millions de dollars. Les Etats-Unis se sont joliment distingués, en fournissant plus de 43% de ces fonds.

Manque de coordination

Cette mobilisation peut être applaudie ; Dara propose de l’améliorer. Grâce à des entretiens menés sur place, complétés par des questionnaires, la fondation a constaté du laisser-aller dans la générosité. Concrètement, dans l’Est tchadien comme ailleurs, Dara juge en fonction des « Principes et bonnes pratiques pour l’aide humanitaire » (1). Parmi ces critères, approuvés en 2003 par 17 pays donateurs, figurent par exemple la neutralité, l’indépendance, ou encore la reconnaissance du rôle central de l’Onu pour coordonner les aides… Or au Tchad, la coordination a pu manquer entre les différentes Agences des Nations-Unies. Faute de représentants sur place, les pays riches se sont très peu impliqués pour l’améliorer.

Un autre principe est que l’aide humanitaire doit favoriser le développement à long terme. Au Tchad, « la capacité des structures locales à absorber l’aide extérieure pour des programmes de développement est très limitée », rapporte Ricardo Solé. Résultat, comme dans bien d’autres crises humanitaires de 2007, il a été ardu d’y rendre l’aide durable…

Enfin, vice classique en temps de guerre, la neutralité et l’impartialité de certains généreux donateurs ont pu vaciller. La France semble avoir singulièrement laissé à désirer. Avec 6,6 millions de dollars en 2007, son aide est décrite comme « modeste » par la fondation. En revanche l’ancienne puissance coloniale n’a pas ménagé son soutien au président tchadien Idriss Déby – notamment dans le contexte de l’affaire de l’Arche de Zoé. La plupart des humanitaires interrogés par Dara se sont demandé « si les intérêts français n’avaient pas compromis son respect des Principes et bonnes pratiques pour l’aide humanitaire »

Du reste, au-delà du Tchad, la France va pouvoir retravailler sa générosité. Car Dara tire de ses observations à travers la planète un « Indice de réponse humanitaire ». Et dans ce classement des pays donateurs en 2007, Paris s’avère peu soucieux de qualité et d’efficacité : la France est 20e, juste devant l’Autriche, le Portugal et la Grèce – alors que la Suède, la Norvège puis le Danemark se partagent le podium. Ce tableau des médailles motivera-t-il les mauvais élèves de l’aide humanitaire à mieux agir ? Réponses aux prochaines catastrophes.

(1) également connus sous leur nom anglais de Principles of Good humanitarian donorship (GHD)

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