Tweet2rue, que sont-ils devenus?

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Le 18 octobre 2013, le projet Tweet2rue était mis sur les rails. Cette opération lancée par le média Génération Réactive et parrainée par différentes associations, avait confié des smartphones à cinq sans-abris, pour que ces derniers puissent raconter leur quotidien sur Twitter. L’idée étant de rompre l’exclusion des personnes à la rue, et changer le regard que l'on porte sur eux en leur donnant la parole.

Cette opération s’est officiellement terminée en même temps que la trêve hivernale, le 31 mars 2014. C'est donc le moment de faire un bilan et de savoir ce que sont devenus Manu, Nicolas, Patrick, Sébastien et Ryan.

Trois sans-abris ont retrouvé un logement

À l'issue de ce projet, trois des cinq sans-abris ont pu retrouver un toit. Deux ont un logement, et le troisième vit à l'hôtel. Manu et Ryan, les deux sans-papiers de la bande, ont quant à eux presque disparu des écrans radars. Manu donne des nouvelles de façon épisodique, tandis que "Ryan nous a laissé un dernier message énigmatique. Depuis, plus rien", explique Emmanuel Letourneux, l’un des créateurs de Tweet2rue et directeur de Génération Réactive.

Certains ont su davantage tirer partie de l’opération. C’est le cas de Patrick, alias @kanter57640, qui a entamé un tour de France, en janvier. Ainsi, il a pu aller à la rencontre d’autres SDF et de plusieurs utilisateurs de Twitter qui ont suivi son périple.

Son aventure lui a surtout permis de renouer avec le monde du travail: "Le président de la Fédération nationale des chauffeurs routiers [FNCR, ndlr] a pris contact avec lui. Ça lui a permis de débuter une formation pour pouvoir repasser son permis poids lourd. Un contrat avec un transporteur l’attend à la sortie", indique Emmanuel.

> Le président de la FNCR évoque sa prise de contact avec Patrick (sur le blog de Tweet2rue):

"Cette hyper-personnalisation n'a pas aidé"

Parrainé par des journalistes de France Inter, le projet a bénéficié d’une très forte médiatisation, aussi bien en France qu'à l'étranger. "Une valeur ajoutée pour le combat contre le mal-logement, juge Emmanuel Letourneux. L'opération a permis de redonner de la valeur à la parole des sans-abris." Des associations ont vu le jour dans la foulée de Tweet2rue. C'est le cas de Sans A, qui vient en aide aux sans-abris.

Emmanuel avoue néanmoins que des "points faibles" sont apparus. "Il y a de vrais travers à faire de cinq sans-abris, cinq héros. Cette hyper-personnalisation n'a pas aidé. Ce que l'on retient, c'est que suivre cinq personnes a permis d'ouvrir la brèche, mais cela n'a pas été la bonne solution pour étendre le concept."

Dès les premiers jours, Tweet2rue a également essuyé quelques critiques virulentes sur les réseaux sociaux. Comme nous l’expliquions, certains internautes ont exprimé leur "malaise" dans le fait d’offrir des téléphones à des sans-abris "au lieu d’un toit":

Ces critiques sont compréhensibles, même si, en parrainant cette intiative, France Inter n'a fait qu'agir à son niveau: en tant que média, et non comme une association d'aide aux sans-domicile.

La prochaine étape?

L'équipe de Tweet2rue veut se donner le temps de la réflexion. Mais une seconde phase est d'ores et déjà en cours de préparation pour que le projet continue d'exister. Le but est de pérenniser un animateur de communauté sur les réseaux sociaux (community manager). Ce dernier pourrait également dispenser des formations à Twitter à des associations qui interviennent directement auprès des sans-abris. Le but étant d'en faire "un outil pour attirer l'attention, pour mobiliser des maraudes", explique le créateur de Tweet2rue.

Ce dernier est en train de chercher des financements auprès de la région Ile-de-France, et réfléchit au crowdfunding pour pouvoir financer cette seconde étape. Si tout se passe comme prévu, elle pourrait débuter dès septembre 2014.

 

Crédit photo: Joseph Morris/Flickr.

 

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