Mes profs m'avaient prévenue...

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Deuxième volet de notre série d’été. Caroline Mary, jeune stagiaire en tourisme solidaire, nous raconte ses premiers chocs culturels dans la zone enclavée du lac Titicaca, au Pérou.

Mes professeurs m’avaient déconseillée de travailler pour une petite structure associative.

En effet, l’association Hijos del sol avec laquelle j’ai signé ma convention de stage, n’est pas très active dans la région du lac Titicaca.

Elle m’a malgré tout mise en contact avec un certain Walther, originaire de la péninsule de Capachica et fondateur du Réseau de tourisme durable local.

Walther m’a donc amené dans les communautés de Capachica (voir carte). On m’a alors lâchée à Paramis en prévenant les habitants au moment où j'arrivais que j’étais là pour développer le tourisme solidaire.(Lire le billet précédent).

Deuxième semaine de stage. Me voilà de nouveau en chemin pour le lac Titicaca où je travaille. Il est situé à 6h de bus de la grande ville d’Arequipa où je réside le week-end. Des habitants doivent venir me chercher à gare routière, éloignée de la communauté.

Fini les rues pavées, bonjour les pistes

Mais personne n'arrive et Walther - mon tuteur de stage informel - me demande de remonter dans le bus. Hors de question de refaire 6h de route. Je décide donc de me rendre dans une autre communauté où je dois travailler. Mais la mairie comme le bureau de tourisme sont fermés, donc pas de transport possible.

Je me met alors en route pour 25 minutes à pieds dans les cailloux avec mon ordinateur sur le dos et face à de sympathiques montées. Pas facile à 4000m d’altitude. Chèvres, chiens, ânes et moi à travers champs, sans trop savoir où je vais et à peine débarquée d’Aix-en-Provence et de ses rues mignonettes et pavées. Heureusement, je suis arrivée à bon port.

Troisième semaine de travail. Impossible de joindre les habitants de la communauté, donc impossible de prévenir de mon arrivée et donc de travailler. La municipalité, elle, ne donne toujours aucun signe de vie.

"Mon mari a trop bu, il est au lit" (la femme du maire)

Je demande donc à rencontrer le maire de Capachica. Seul moment possible : la fin de semaine. Je me rends chez le maire vendredi, à l’heure convenue. « Nous sommes allés à un mariage, mon mari a trop bu, il est au lit », me répond sa femme. Impossible de voir le maire. Je ne suis même pas étonnée.

Le lendemain, je retourne le voir. Tandis que sa famille regarde à côté une série télévisée, je lui présente mon projet de développement du tourisme local et solidaire.

J’insiste sur la nécessité d’installer l’eau courante, d’améliorer l’accessibilité en traçant des pistes et en installant des embarcadères au bord du lac. Nécessaires aussi, la signalisation pour arrivée jusqu’aux communautés, ainsi que la protection de l’environnement.

Il y a des dépotoirs partout dans la nature, les ordures sont brûlées et enterrées à l’heure actuelle.
Ensuite il sera temps de faire la promotion de la région. Sa réponse : « d’accord mademoiselle, nous ferons ce que vous nous dites. Nous signerons le contrat la semaine prochaine ».

Comment parler ?

Malgré l’absence de contrat écrit avec la mairie, je me rends dans les communautés pour y travailler. La mairie paye une personne de passage pour m’amener dans les communautés en moto tous les lundi matin. Sans casque et sur de gros cailloux.

Quatrième semaine dans la communauté. Je peine toujours à obtenir des informations sur la population, la démographie, l’occupation des sols, la pauvreté. Pas évident non plus de travailler sans documents cartographiques.

Je passe quatres jours avec un couple âgé d’une communauté. Le vieux monsieur est adorable mais sourd, et sa femme ne parle pas un mot d’espagnol (NDRL. Les langues dominantes sont le quechua et l’aymara dans la région). Finalement je me débrouille comme je peux pour communiquer avec leur fils... Pas évident.

Pourquoi je continue...

A certains moments, il y a vraiment de quoi en pleurer. Je ne verrai sûrement jamais ces communautés le jour où les touristes viendront.

Je n’aurai aucune nouvelle de l’évolution du travail commencé et je continue à m’accrocher alors que personne ne m’aide. Je peux juste compter sur les remerciements des quelques membres des associations de tourisme des communautés qui comprennent.

Malgré les difficultés, je continue pour les gens des communautés, parce qu’ils sont démunis. Ils n'ont aucune idée sur la manière d'organiser des circuits touristiques... mais ils ont, malgré tout, investi leurs maigres moyens dans la construction de cabanes pour l’accueil des touristes.

Propos recueillis par Raphaël Moran. Retrouvez chaque lundi le récit des expériences de Caroline Mary.

Prochain volet : "Ma rencontre avec les communautés locales".

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