
«Cinq chantiers pour développer l'entrepreneuriat social!»
Pour Arnaud Mourot, directeur général d'Ashoka France, l'entrepreneuriat social doit prendre de l'ampleur.
Assez perdu de temps … l’entrepreneuriat social doit transformer l’essai! Le risque, sinon, c’est que ce secteur en plein développement, mais encore confidentiel, reste éternellement - avec ses «gentils» entrepreneurs pleins de bonnes intentions vis-à-vis de la société - une «jolie idée» sans impact réel sur la «vraie économie».
En poussant le bouchon, on pourrait dire : pourvu que la crise ne s’arrête pas aussi vite que certains économistes le prédisent. Car elle n’a pas encore permis tout le travail de catharsis indispensable pour une transformation profonde des valeurs de la société - sans parler de celle des us et coutumes de la finance, toujours prête semble-t-il à chevaucher, avec une partie du secteur du business, l’idée de profit maximal.
Porteur de valeurs essentielles - solidarité, pragmatisme, innovation sociétale, performance économique et financière conjuguée avec primauté de l’impact sur la société -, l’entrepreneuriat social est l’une des bonnes réponses face à la débâcle économique en cours, comme face à la catastrophe écologique annoncée.
Ses grands thèmes - mettre la santé, l’éducation/formation ou l’insertion sociale et professionnelle à la portée notamment des plus exclus/défavorisés (handicapés, seniors, immigrés, habitants des quartiers sensibles, etc.), lutter contre les discriminations et pour les droits de l’Homme, protéger l’environnement, permettre un développement durable – il les décline déjà à travers des millions d’organisations dans le monde… Pourtant, il y a urgence à faire changer de dimension toutes ces entreprises à objectif social/sociétal, alors que leurs créateurs s’épuisent souvent dans une lutte quotidienne pour les faire survivre!
Dans trois ou cinq ans le monde risque de se retrouver face au même drame qu’aujourd’hui. Pour l’éviter, il faut des organisations d’envergure avec des entrepreneurs sociaux donnant l’exemple et diffusant largement leurs idées et bonnes pratiques. Il est donc urgent que tout le monde «se bouge» et sorte de son pré carré pour travailler main dans la main : entrepreneurs sociaux eux-mêmes, entreprises, administrations nationales et territoriales, monde politique, grand public. Pour développer les organisations, les professionnaliser et permettre le développement de nouveaux modèles…
Pour accélérer son rôle de transformateur de la société, déjà engagé (expansion des pratiques de RSE, multiplication des offres de capital-risque philanthropique, développement de 'joint-ventures' entre associations et entreprises, micro-crédit adopté par des établissements financiers classiques…), l’entrepreneuriat social a besoin que cinq «grands chantiers» avancent d’urgence :
- que sa création de valeur pour la société soit clairement évaluée et mise en exergue ;
- que des financements soient mis à sa disposition par l’intermédiaire de partenaires privés et publics (un "Fond stratégique d’investissement pour l’Entrepreneuriat Social" serait le bienvenu) ;
- que la mise sur pied de partenariats stratégiques innovants avec les entreprises soit accélérée/facilitée ;
- que des pôles de compétitivité axés sur l’innovation sociale soient mis en place sous les auspices des pouvoirs publics et d’investisseurs privés ;
- que ce type d’entrepreneuriat soit mieux diffusé : implication renforcée du monde académique (recherche et enseignement), parole plus fréquemment donnée aux entrepreneurs sociaux...
L’objectif ? C’est que tout ceci soit effectif dans les trois ans. Rien d’impossible, mais il n’y a aucun temps à perdre !













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laguepie