Un foyer pour les ados migrants

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Entre 4000 et 6000 clandestins mineurs arrivent chaque année sur le territoire français, souvent isolés et sans ressources. Rencontre avec Oleg, Zoser et d’autres jeunes exilés dans une des structures qui accueille ces mineurs, à Marcoussis.

Assis sur les marches devant la porte du foyer, le nez sur ses baskets, Oleg sourit. Timidement. Le jeune homme, tout juste majeur, n'est pas vraiment à l'aise pour raconter son histoire aux journalistes. Sans doute parce que c'est le métier qu'exerçait sa mère, jugée trop critique vis-à-vis du gouvernement, semble-t-il. C'est pour cette raison qu'ils ont quitté leur pays, la Moldavie, il y a cinq ans, avec sa petite soeur. Arrivés à la douane, seul Oleg a pu passer. Il avait alors 13 ans.

Aujourd'hui, Oleg parle couramment français, sans accent. Il vient même d'obtenir la nationalité française, prépare un CAP de maintenance en bâtiment. Il a aussi adopté un look branché : tee-shirt gothique ("mais en fait, je préfère le rap"), grosse montre au poignet, chaîne en or. En apparence, un ado comme les autres. 

A son arrivée il y a cinq ans, il a été pris en charge dans ce foyer de Marcoussis, qui appartient à la Fondation d'Auteuil, qui finance en partie la prise en charge des jeunes par des subventions de l'Etat. Le domaine - un havre de paix, perdu au milieu des bois - se compose de trois petites maisons, et d'un château légué par une comtesse. Le tout à proximité du lycée agricole où étudient une partie des jeunes du foyer.

Ici, les éducateurs  - 23 pour 57 jeunes -  tentent d'aider ces enfants à se reconstruire, à bâtir un projet professionnel, à apprendre une nouvelle langue, aussi parfois. "Au début, nous utilisions des pictogrammes pour communiquer avec Oleg, se souvient, sourire aux lèvres, Rose -Aimée Dequit, la directrice. On lui montrait des dessins, de la douche, de la cuisine, et il nous disait le mot en moldave."

Le garçon avait surtout une peur terrible d'être arrêté, même si son jeune âge le protégeait d'une expulsion. Car une fois majeurs, tous ces ados, éduqués par cette équipe devenue leur seconde famille, sont susceptibles d'être expulsés. Situation ubuesque, que les éducateurs essaient de résoudre en les aidant dans leur demande de régularisation. 

C'est le cas de Zoser, qui vient d'avoir 18 ans. Ce jeune Congolais est venu en France car il rêvait de faire "comme Zidane". Il nous a reçu dans sa chambre, dont les murs sont couverts de posters de foot, pour nous raconter son histoire. Après avoir cru aux promesses d'un passeur, Zoser a passé des semaines dans la rue, puis dans des foyers d'urgence. Avant d'arriver dans la Fondation d'Auteuil pour y préparer un CAP. Il rêve, un jour, d'être à la tête de sa propre entreprise. Sa demande de régularisation est toujours en attente.

Au total, une dizaine de nationalités cohabitent dans le foyer. Des jeunes venus des pays de l'Est, d'Afghanistan, d'Algérie... Mais aussi, bien sûr, quelques Français, coupés de leur milieu familial. Leur point commun : "la plupart ont plus de vécu que nous tous", estime Pierre-Jean Falguiere, un éducateur. Une manière pudique de qualifier des déchirements familiaux, la perte de proches souvent, des abus sexuels parfois, et bien sûr, l'exil.

"Nous faisons pour eux tout ce que peut faire une famille, sans remplacer les parents », poursuit Pierre-Jean Falguiere, en montrant une photo envoyée par un "ancien" pour annoncer la naissance de son enfant. Il l'a accrochée juste au-dessus de son bureau. D'autres photos des jeunes résidents, tout sourire, sont affichées sur les murs du hall d'entrée. Certains ont même réalisé des fresques de cartes et de dessins, racontant l'histoire de leur pays d'origine. Une manière d'exister pour ces jeunes longtemps forcés de vivre dans l'ombre. 

Plus d'infos :

- Sur la Fondation d'Auteuil

- Le site de France Terre d'Asile sur les jeunes mineurs étrangers isolés

- Sur le groupe de travail mis en place par Eric Besson, ministre de l'immigration, sur les jeunes mineurs étrangers isolés

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Précisions sur les "ados migrants"

Ces jeunes « migrants » sont appelés « mineurs étrangers isolés ».

La loi du 5 mars 2007 sur la protection de l'enfance précise que le mineur isolé étranger déjà présent sur le territoire ne peut être expulsé. Cette loi rappelle qu’il s'agit d'un enfant en danger, qui doit recevoir une protection. Rappelons que l'enfant, en raison de sa vulnérabilité, a droit à une protection et des soins appropriés : sécurité, hébergement en lieu sûr, nourriture, soins, aide psychologique, assistance sociale, éducation…

Ils sont identifiés et connus de l’Aide sociale à l’enfance. Ce sont ces services sociaux qui nous les confient et les placent dans nos foyers à la Fondation d'Auteuil, dans le cadre d'un accueil provisoire au titre de l'article L223-2 du code de la famille et de l'action sociale.

Pour + de détails :
La loi du 5 mars 2007
http://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do;jsessionid=FC7CE35D5B82156B...

Actes du colloque organisé vendredi 20 juin 2008 par la Défenseure des enfants sur « les mineurs étrangers isolés, vers une harmonisation des pratiques dans l’intérêt supérieur de l’enfant »
http://www.defenseurdesenfants.fr/pdf/Actes_MEI.pdf