Du rock et du rap pour que les jeunes s'engagent

Thierry Sibieude, professeur titulaire de la chaire d’entrepreneuriat social à l’ESSEC et Stephen Greene, CEO de RockCorps, veulent donner aux jeunes les moyens d’un engagement citoyen.

Leurs ainés les jugeaient insouciants, voire irresponsables, et voici que les "indignés" surprennent le monde entier et forcent l’admiration. Partout, la jeune génération nous réserve des surprises, bonnes ou moins bonnes, mais nombre d’adultes sont également prompts à douter d’une jeunesse apparemment démotivée, assistée et égocentrique. Un jugement péremptoire prononcé, souvent, sans nous demander pour autant si nous, adultes, avons fait tout ce qu’il fallait pour aider les jeunes à s’investir, à se réaliser et à se responsabiliser. Car leur autonomie passe par cette responsabilisation. Avons-nous su leur parler différemment afin qu’ils nous entendent?

L’expérience RockCorps

Tout laisse à penser que ces jeunes nous étonneraient et bousculeraient nos préjugés si davantage d’occasions de se dépasser, ou simplement de s’engager dans une cause commune, leur étaient données au quotidien, pour peu que l’on sache tenir compte de leurs aspirations et de leurs contraintes. Certaines initiatives tel que le programme de tutorat étudiant "Une grande école: Pourquoi pas moi?" initié par L’Essec le prouvent.

Mais cette conviction qu’il n’y a pas lieu de douter de la générosité de la jeune génération et de sa capacité à s’impliquer pour la collectivité, nous l’avons surtout acquise -sans nous prendre pour autant au sérieux et nous poser en donneurs de leçons- au gré des programmes mis en place, tant aux Etats-Unis qu’en Europe, par le groupe RockCorps.

Depuis 2003, le principe a déjà largement fait ses preuves (une centaine de milliers de jeunes volontaires impliqués dans d’innombrables missions d’action solidaire) et consiste à proposer des places de concert en échange de quatre heures de volontariat. Autant de programmes qui visent à sensibiliser et encourager les jeunes (16-25 ans) à s’impliquer auprès d’associations, ou plus généralement dans la vie de la cité, grâce au pouvoir attractif et fédérateur de la musique moderne. Cette expérience se conforte aujourd’hui en France à l’occasion du partenariat RockCorps /Orange 2011.

"Tu donnes, tu reçois"

"Tu donnes, tu reçois". C’est parce qu’ils ont d’emblée adhéré à ce principe -lequel relève plus de l’échange équilibré que de la rémunération- que vous avez peut-être croisé des escouades de jeunes affairés à nettoyer une plage ou l’esplanade du Champ de Mars, à repeindre un logement pour des familles en difficulté ou à décorer de fresques colorées les murs trop gris d’une cité. Et ce sont ces mêmes volontaires qui, après l’effort, se sont retrouvés début juillet au Zénith de Paris pour applaudir David Guetta et leurs stars préférées de rock, de rap et de folk, ou encore au Dôme de Marseille en octobre dernier.

L’année du volontariat

En cette année 2011 dédiée au volontariat, il est réconfortant de noter que 60% des volontaires impliqués dans le programme RockCorps ont ainsi vécu leur première expérience de bénévolat et sont motivés pour la renouveler. Ils le sont d’autant plus que beaucoup ont découvert, par la même occasion, de nouvelles réalités sociétales qui leur étaient bien souvent totalement étrangères.

"Bien dans leurs baskets", les jeunes volontaires s’inscrivant auprès de RockCorps, pour une action civique ou humanitaire, disent également avoir apprécié une "vraie convivialité" qui, à la différence de celle du Web et des réseaux sociaux, n’a rien de virtuelle. Et cela en l’espace de quatre heures seulement de travail collectif, temps limité qui correspond bien à leur culture de l’instantanéité et de la réactivité immédiate apprise sur la "toile". Quatre heures pour rompre avec les individualismes et créer du lien social, si précieux dans notre société.

Aider les jeunes à s'engager

Aider les jeunes à devenir de vrais "acteurs engagés" dans la vie de la cité et à se responsabiliser pour devenir autonomes, c’est l’ambition du programme RockCorps. En refusant le discours, trop souvent convenu et négatif, tenu à propos des jeunes, il a fait le pari de les reconnecter, de façon ludique, conviviale, mais aussi utile, avec la société. On savait que la musique classique adoucissait les mœurs, on découvre aujourd’hui que les rythmes du rock et du rap peuvent ouvrir les cœurs à davantage de générosité, et les jeunes esprits à plus de sociabilité.

Photo: Apprentis d'Auteuil©JOUNAD