"Je n’attends pas grand-chose du G20 de l’Agriculture"

Le G20 de l'Agriculture se tient les 22 et 23 juin à Paris. Il réunit les ministres de l'Agriculture des différents pays. Rencontre avec Jacques Berthelot.

Jacques Berthelot, économiste français, ancien maître de conférences à l'École nationale supérieure agronomique de Toulouse et spécialiste de l’analyse des politiques agricoles pour l’ONG Solidarité explique les enjeux du sommet.

Youphil: Qu’attendez-vous du G20 de l’Agriculture?

Jacques Berthelot: Je n’en attends pas grand-chose. Le G20 n’est pas une structure capable d’imposer ses décisions à l’ensemble de la planète. Et on n’a toujours pas pointé les réelles causes de la hausse des prix céréaliers de ces dernières années.

On n'a par exemple pas parlé du rôle des productions de maïs américaine et européenne. Alors que les stocks mondiaux sont en baisse, leurs stocks subissent une baisse plus importante encore. Ce qui ne les empêchent pas d'en réserver une partie pour la production d'éthanol (biocarburant). Sans ces détournements de la part des Etats-Unis et de l’Union Européenne, on aurait même pu assister à une baisse des prix des céréales.

De plus, lorsque le prix du pétrole augmente, le prix de l’éthanol augmente aussi, ce qui favorise la spéculation sur le maïs.

Le G20 n’aura pas d’impact parce que les participants, Etats-Unis, France et Canada en tête, souhaitent réduire la volatilité des prix, mais certainement pas les baisser.

Youphil: Le G20 doit également se concentrer sur la prévention des crises alimentaires…

J.B.: Le G20 va se baser sur un rapport émis par 10 grandes institutions internationales, dont le FMI, la Banque Mondiale, la FAO, l’OMC, l’OCDE

Ce rapport préconise quatre outils pour lutter contre les crises alimentaires, mais l’axe principal est de poursuivre la libéralisation des marchés agricoles. En fait, il s’agit tout simplement de finaliser le cycle de Doha mit en place il y a une dizaine d’années.

La FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, recommande deux aspects, à la fois promouvoir le libre-échange agricole et augmenter les transferts Nord/Sud. Ce dernier point est illusoire puisque l’aide publique en faveur des pays du Sud a fortement baissé ces dernières années.

L’association Solidarité milite pour une réforme globale de la politique agricole, afin que chaque pays renforce sa souveraineté alimentaire. Chacun doit avoir le droit de définir sa propre politique agricole en fonction de ses besoins, sans pour autant casser les prix ou faire du dumping social.

Le meilleur exemple est le Kenya. Il y a une quinzaine d'années ses droits de douanes sur les produits laitiers étaient de 5%. Ils ont été relevés à 60% en 2004 (en comparaison, l'Union Européenne applique des droits de douanes de 97%), ce qui n'a défavorisé les exportations, bien au contraire.

Youphil: Le G20 va-t-il aborder le problème de l’accaparement des terres?

J.B.: Tout à fait. L’accaparement des terres concerne les pays qui ont des problèmes structurels (chaleur, espaces restreints) comme certains pays arabes, et d’autres qui ont des soucis de très forte population, comme l’Inde et la Chine. Ils ont donc besoin d'acheter des terres dans d'autres pays.

Parfois, les paysans ne possèdent pas de droit de propriété au sens où nous l’entendons, à savoir un document écrit officiel. C’est un problème très important. Des petits agriculteurs sont ainsi spoliés sans même recevoir une compensation ou obtenir un emploi.

L’objectif de ces rachats est de développer l’agro-business avec le minimum de main-d’œuvre. Ce qui est sûr, c’est que certaines zones en Afrique sub-saharienne ont un potentiel énorme, mais cela nécessiterait des investissements importants que les pays du Nord ne sont pas prêts à réaliser si ce n’est pas directement pour eux.

Photo de une: Crédit Marc Lagneau/flickr

Comments
jeanpierrecanot

L’AGRICULTURE ELLE EST MALADE !

…./… Fais que toujours les arbres de nos bois
Poussent la tête en haut et les racines en bas
Car si ça ns’passait pas comme ça tra la la
Car si ça ns’ passait pas comme ça tra la la
On dirait oh hé, on chanterait oh hé :
L’agriculture elle est malade ah plaignez l’agriculteur
Car il est dans la panade et ça lui fait mal
Et ça lui fait mal au cœur.

Ode des agros à Cérès Déesse des moissons .

La médication en 5 points préconisée par le G20 équivaut à des emplâtres sur une jambe de bois.

1. Transparence des marchés physiques.

Le problème de la faim dans le monde liée au déficit de production agricole, concerne avant tout des pays sous développés, où les seuls marchés physiques sont ceux des productions industrielles que nous leur avons imposé de faire au nom de l’ajustement structurel.
Cette imbécillité ne leur permet pas de se procurer l’alimentation de base, que nous aurions été mieux inspirés de continuer à leur faire produire de façon à atteindre leur autosuffisance alimentaire, avant de chercher à obtenir chez eux des produits à bas prix dans le cadre scandaleux du commerce prétendu équitable.

2. Accroissement de la productivité.

Encourager l’investissement pour améliorer la productivité, incroyable !
L’Algérie province française produisait des céréales avec un rendement de 15 quintaux/hectare soixante ans après le rendement est tombé au dessous de 5 quintaux.
L’investissement consiste dans les pays en développement à produire pour exporter les produits et les bénéfices qui vont engraisser les actionnaires des investisseurs.
Le problème de l’eau est un des éléments essentiels de la productivité, nous n’utilisons pour l’irrigation que 4 % des précipitations de pluies, une grande partie du reste part se saliniser dans l’océan.
Non seulement nous sommes incapables de faire des lacs collinaires et autre retenues, mais les prétendus écologistes protecteurs de l’environnement contestent l’utilité de ces retenues. Il est vrai qu’ils veulent tuer l’agriculture dont ils n’ont pas encore compris qu’elle est le seul secteur qui procède activement au recyclage du CO2
Le Ministre de l’agriculture a du demander à BRUXELLES l’autorisation d’utiliser l’herbe produite sur les jachères. Il va sans doute falloir augmenter la productivité des jachères qui sont, faut-il le rappeler, les outils de la non production subventionnés par l’Europe.
Les surfaces non cultivées hors jachères s’accroissent de façon inquiétante.
L’extension de l’aérodrome de la région Nantaise, approuvée en catimini par le Ministère du développement dit durable, va supprimer de dizaines d’exploitations et démolir une partie du bocage, élément essentiel de l’éco système.
La FAO insiste sur le fait que 30 % de la production alimentaire de l’agriculture est gaspillée, les rayons des aliments pour chiens et chats sont mieux achalandés que certains rayons d’alimentation humaine.
Vive la productivité !

3. Coordination des productions agricoles mondiales.

Commençons par assurer l’autosuffisance alimentaire des pays qui crèvent la faim.
Commençons pour les autres à saturer les marchés locaux par les productions locales (circuits courts), et n’envisageons l’importation que de ce qui manque et l’exportation que de ce que nous produisons en trop.

4. Réduire les effets de la volatilité sur les pays les plus vulnérables.

Voilà que la Banque Mondiale envisage des instruments contractuels comme les prêts contracycliques, la garantie d’accès au crédit et la couverture des risques aux pays les plus pauvres ! On croit rêver !
Elle oublie cette pauvre banque Mondiale, que le modèle coopératif de l’organisation professionnelle agricole mis en place chez nous avec le succès que l’on sait il y a cent trente ans, comportait un volet crédit agricole fonctionnant parfaitement et que ce modèle coopératif dans le domaine social, technique, économique et financier est le seul qui puisse redonner à l’agriculture sa vraie dimension de secteur primaire.

5. Régulation des marchés financiers.

Allez donc réguler un marché dans des pays où il n’y a pas de comptabilité et où l’autoconsommation en matière alimentaire est la règle. Ceci rejoint l’imbécillité consistant à dire que tel ou tel pays est en dessous du seuil de pauvreté alors que l’on est incapable de mesurer le PIB de ces pays.