Jacques Berthelot, économiste français, ancien maître de conférences à l'École nationale supérieure agronomique de Toulouse et spécialiste de l’analyse des politiques agricoles pour l’ONG Solidarité explique les enjeux du sommet.
Youphil: Qu’attendez-vous du G20 de l’Agriculture?
Jacques Berthelot: Je n’en attends pas grand-chose. Le G20 n’est pas une structure capable d’imposer ses décisions à l’ensemble de la planète. Et on n’a toujours pas pointé les réelles causes de la hausse des prix céréaliers de ces dernières années.
On n'a par exemple pas parlé du rôle des productions de maïs américaine et européenne. Alors que les stocks mondiaux sont en baisse, leurs stocks subissent une baisse plus importante encore. Ce qui ne les empêchent pas d'en réserver une partie pour la production d'éthanol (biocarburant). Sans ces détournements de la part des Etats-Unis et de l’Union Européenne, on aurait même pu assister à une baisse des prix des céréales.
De plus, lorsque le prix du pétrole augmente, le prix de l’éthanol augmente aussi, ce qui favorise la spéculation sur le maïs.
Le G20 n’aura pas d’impact parce que les participants, Etats-Unis, France et Canada en tête, souhaitent réduire la volatilité des prix, mais certainement pas les baisser.
Youphil: Le G20 doit également se concentrer sur la prévention des crises alimentaires…
J.B.: Le G20 va se baser sur un rapport émis par 10 grandes institutions internationales, dont le FMI, la Banque Mondiale, la FAO, l’OMC, l’OCDE…
Ce rapport préconise quatre outils pour lutter contre les crises alimentaires, mais l’axe principal est de poursuivre la libéralisation des marchés agricoles. En fait, il s’agit tout simplement de finaliser le cycle de Doha mit en place il y a une dizaine d’années.
La FAO, Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, recommande deux aspects, à la fois promouvoir le libre-échange agricole et augmenter les transferts Nord/Sud. Ce dernier point est illusoire puisque l’aide publique en faveur des pays du Sud a fortement baissé ces dernières années.
L’association Solidarité milite pour une réforme globale de la politique agricole, afin que chaque pays renforce sa souveraineté alimentaire. Chacun doit avoir le droit de définir sa propre politique agricole en fonction de ses besoins, sans pour autant casser les prix ou faire du dumping social.
Le meilleur exemple est le Kenya. Il y a une quinzaine d'années ses droits de douanes sur les produits laitiers étaient de 5%. Ils ont été relevés à 60% en 2004 (en comparaison, l'Union Européenne applique des droits de douanes de 97%), ce qui n'a défavorisé les exportations, bien au contraire.
Youphil: Le G20 va-t-il aborder le problème de l’accaparement des terres?
J.B.: Tout à fait. L’accaparement des terres concerne les pays qui ont des problèmes structurels (chaleur, espaces restreints) comme certains pays arabes, et d’autres qui ont des soucis de très forte population, comme l’Inde et la Chine. Ils ont donc besoin d'acheter des terres dans d'autres pays.
Parfois, les paysans ne possèdent pas de droit de propriété au sens où nous l’entendons, à savoir un document écrit officiel. C’est un problème très important. Des petits agriculteurs sont ainsi spoliés sans même recevoir une compensation ou obtenir un emploi.
L’objectif de ces rachats est de développer l’agro-business avec le minimum de main-d’œuvre. Ce qui est sûr, c’est que certaines zones en Afrique sub-saharienne ont un potentiel énorme, mais cela nécessiterait des investissements importants que les pays du Nord ne sont pas prêts à réaliser si ce n’est pas directement pour eux.
Photo de une: Crédit Marc Lagneau/flickr





