
Le sida en 2010, entre espoir et craintes
Ce qu'il faut retenir de la XVIIIème conférence internationale sur le sida qui s'est déroulée à Vienne du 18 au 23 juillet.
Peut-on guérir du sida? Depuis son apparition il y a 29 ans, les chercheurs ne cessent de chercher des remèdes à cette pandémie considérée dès 1982 par le NewYorkTimes comme "un problème majeur de santé".
La conférence internationale sur le sida, qui se déroule tous les deux ans, chaque fois dans un pays différent, est l'occasion pour les médecins, ainsi que pour les politiques, les malades et les activistes du monde entier de faire l'état de l'avancée des recherches et de réfléchir ensemble.
Espoir d'une cure et d'une meilleure prévention
Du 18 au 23 juillet, beaucoup d'idées ont été présentées pendant cette foire aux innovations.
- L'Onusida propose le plan "traitement 2.0", qui prévoit que 15 millions de personnes soient soignées contre les 5 actuellement.
- Dans un rapport paru dans The Journal of the American Medical Association, on suggère de commencer le traitement avant même l'apparition des symptômes pour empêcher la destruction progressive du système immunitaire.
Mais c'est du côté de la prévention que les espoirs sont les plus grands. L'aboutissement d'une étude, parue dans la revue Science, sur la découverte d'un gel vaginal microbicides, efficace à 39%, a suscité les applaudissements dans la salle des Congrès de Vienne.
Malgré ces avancées, "victoire, il ne faut pas trop vite crier". Comme le constate le Figaro, elle n'auront pas d'impact si toutes les personnes ne sont pas prises en charge.
Les Droits de l'Homme au centre des débats
C'est d'ailleurs autour du thème central "les droits, ici et maintenant" ("Rights here, right now"), le droit à la santé pour tous, que se sont réunis cette année les 25.000 participants.
Les chiffres, dévoilés par Europe1, sont accablants. Aujourd'hui, 33 millions de personnes sont infectées et seules 5 millions d'entre elles ont accès aux soins.
(Lire nos témoignages de séropositifs africains)
Les préjugés, la discrimination et la criminalisation de certains comportements refusent aux plus vulnérables le droit à la santé. "Au lieu de l’accès universel, les personnes qui souffrent le plus se trouvent face à des obstacles universels", a ainsi expliqué Michel Sidibé, directeur exécutif de l’ONUSIDA. "Personne ne devrait endurer la discrimination: ni les hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, ni les personnes transgenre, ni les travailleurs du sexe, ni les personnes qui s’injectent des drogues, ni les prisonniers, ni certainement les personnes vivant avec le VIH", rapporte l'IRIN.
Mardi 20 juillet, de nombreux activistes ont manifesté en faveur des droits de l'Homme. Voir la vidéo ci-dessous.
Pour cette rencontre 2010, le choix de Vienne n'a pas été anodin. En effet, la capitale autrichienne se trouve à quelques pas seulement de l'Europe de l'Est et de l'Asie centrale, où, comme le rappelle le Centre d'Actualité de l'ONU, la situation pour les jeunes est catastrophique. C'est notamment dans cette partie du monde que le virus se propage le plus rapidement, en particulier chez les toxicomanes qui se voient souvent refuser l'accès aux soins.
La toxicomanie, une question largement traitée pendant la conférence.The Lancet*, journal scientifique anglais, explique comment 12 mythes ont empêché jusqu'ici la prise en charge des drogués et comment "un programme mélangeant injection sûre et paquets de soin" pourrait améliorer la situation des toxicomanes et réduire de deux tiers le nombre d'infections dues à l'injection.
"Criminaliser l'usage des drogues illicites ne fait que contribuer à alimenter la pandémie" peut-on d'ailleurs lire dans la déclaration de Vienne, rédigée par des experts internationaux. Comme le rapporte la Tribune de Genève, 55.438.890 dollars ont été dépensés dans la guerre contre la drogue depuis le 1er janvier tandis que 173.244 consommateurs de drogues ont contracté le virus... Autant d'argent qui aurait pu servir à la recherche, qui en manque cruellement.
L'aide à la baisse
L'Onudisa aurait besoin de 27 milliards de dollars, le Fonds mondial de 17 milliards... Seul hic, les dons n'arrivent plus. La Voix du Nord mentionne que l'Allemagne, le Canada, la France, l'Irlande, l'Italie et les Pays Bas ont décidé de baisser leurs subventions.
Le Dr Julio Montaner, président de la Société du sida (IAS), s'est d'ailleurs déclaré frustré sur ABC: "Environ 410 milliards sont sortis de nulle part quand l'économie grecque s'est écroulée en début d'année, mais quand on parle de l'accès universel aux soins, nous faisons tout simplement le choix de l'ignorer."
Lundi 19 juillet, durant la session consacrée à Bill Gates et à sa fondation, les militants de AIDES, Coalition PLUS et de nombreuses autres associations ont organisé une action en faveur de la "taxe Robin des Bois" qui pourrait être prélevée sur les transactions financières.
Aucune autre solution n'a été avancée pour générer plus d'argent, si ce n'est la proposition de Bill Clinton de rationaliser l'aide internationale et, comme il l'a déclaré dans un entretien à CNN, de "dépenser de l'argent si nous voulons que les choses arrivent".
Photo: Flickr, Jon Rawlinson
* La souscription au magazine The Lancet est gratuite.













Un beau témoignage sur Amma
Isabelle