
Service civique, l'ovni de Martin Hirsch
Martin Hirsch a lancé le Service civique pour les 16-25 ans. Un test grandeur nature pour un dispositif qui pourrait devenir obligatoire.
Voilà une mesure encore expérimentale, mais qui marque une étape dans l'apprentissage de la citoyenneté chez les jeunes. Mercredi 16 février, le Haut commissaire aux solidarités actives, Martin Hirsch, a lancé officiellement le Service civique volontaire.
Ce dispositif assez complexe (il englobe 9 types de contrats différents) permet aux jeunes vivant en France d’effectuer une mission d’intérêt général au sein d’une association ou d’une administration publique, pour une durée de six mois minimum.
Ni emploi tremplin, ni stage, le service civique est présenté par ses défenseurs comme un "engagement", une parenthèse dans la vie d’un jeune de 16 à 25 ans.
Concrètement, le jeune en question consacre au moins 24 heures par semaine à sa mission. Il peut par exemple distribuer des repas à des sans-abris, développer des programmes dans un centre social à destination des enfants, ou encore coordonner les bénévoles dans une petite structure sans salarié.
A l'origine, un concept américain
Même s'il est présenté comme une innovation aujourd'hui, le Service civique est le fruit d'une réflexion de 15 ans. Dès 1994, l’association Unis-Cité a expérimenté en France un concept venu des Etats-Unis, City Year.
Lors des émeutes dans les banlieues françaises, Dominique de Villepin ressort l’idée d’un service civique à grande échelle. Depuis, le dispositif (alors appelé service civil) a été testé par près de 3000 jeunes.
Dans la version 2010, le financement devrait être bien plus important. Martin Hirsch a promis 40 millions d’euros pour cette année afin de toucher, à terme, 10% d'une classe d'âge. Cette année, environ 10 000 jeunes devraient être concernés.
540 euros par mois, pour un travail à plein temps
Jessica Conratte, 25 ans, faisait partie des 3000 jeunes qui ont expérimenté cette mesure. Pendant six mois, elle est allée rencontrer, chaque jour, des personnes âgées dans des maisons de retraite. Aujourd'hui, elle dirige sa microentreprise de crayons à la cire.
"Je venais d’arrêter mes études, j’étais au point zéro. J’étais tentée par le social. Cette expérience m’a permis de gagner confiance en moi, en apprenant comment agir avec une personne âgée." Convaincue par l’expérience, elle n’hésite pas, depuis, à en témoigner face à des jeunes de son âge.
Bon plan pour valoriser une expérience professionnelle, le Service civique est aussi salutaire pour les associations, qui dénoncent régulièrement une baisse des subventions.
L’Etat doit en effet prendre en charge à 100% les contrats des jeunes.Une aubaine. Pour le jeune "engagé", la compensation reste maigre: 540 euros par mois pour se nourrir et se loger.
Mixité sociale
Pour être une réussite, le Service civique devra éviter un certain nombre d'écueils, en répondant notamment au défi de la mixité sociale. Pas évident, en effet, d’attirer à la fois un public diplômé, étudiant, et des jeunes défavorisés, avec un niveau de qualification très faible. Certains craignent que ce dispositif pousse des ados de 16 ans à quitter le système scolaire pour gagner 540 euros par mois.
D'autres redoutent qu'il ne touche qu'une élite étudiante, déjà bénévole et sensibilisée aux actions citoyennes. Stephen Cazade, le directeur d’Unis-Cité, rappelle néanmoins que "32% des jeunes qui ont testé le dispositif du Service civil (ancienne version du Service civique, NDLR) en passant par Unis-Cité n’étaient pas diplômés."
Pour autant, le Service civique ne réglera pas le problème du chômage chez les jeunes. Ahmed El-Khadiri, délégué général adjoint du réseau d’associations étudiantes Animafac, estime: "Ce n’est pas un dispositif miracle. Il ne doit pas être perçu comme un outil de politique sociale pour les jeunes à problématique particulière. " Lui plaide pour la mise en place d’un Observatoire du Service civique qui permettrait de répondre à ces écueils.
Pour Thierry Goyet, responsable jeunesse au PCF (qui a voté contre la mesure lors du vote au Sénat), ce dispositif pourrait "pallier des emplois existants, ou qui devraient être créés dans les années à venir."
"Punition"
Une chose est sûre: l’essor du Service civique dépend en grande partie de son degré de reconnaissance par les jeunes. C’est pourquoi le dispositif va être expliqué dans les collèges et lycées, ou lors des Journées d’Appel de Préparation à la Défense (JAPD), à laquelle participent tous les jeunes de 16 ans.
"Si on imposait le dispositif dès à présent en le rendant obligatoire, ce serait vécu par les jeunes comme une punition", estime Stephen Cazade. Mais il pourrait bien, un jour, devenir obligatoire. De quoi ravir les nostalgiques du service militaire… et ceux qui rêvaient de lui donner une dimension plus humaine.
Pour aller plus loin:













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laguepie