
Un bonnet d'âne pour GDF Suez
La multinationale s’est vue attribuer un "prix de la honte" à Davos pour son implication dans la construction d'un barrage au Brésil.
Un "prix de la honte", attribué par les votes du public: voilà le type de publicité dont GDF Suez se serait sans doute passée. La multinationale a en effet été "distinguée" à Davos, où se tenait la 40ème édition du Forum économique mondial.
Avec 5097 votes en sa faveur, elle a reçu le second prix* du "Public Eye Award" qui récompense les entreprises les plus irresponsables en matière de respect de l’environnement.
Le public a voulu dénoncer la participation de GDF Suez à la construction d’un barrage hydraulique à Jirau, au Brésil. (voir la vidéo en anglais).
Selon le mouvement de défense des peuples indigènes Survival, qui fait partie des organisateurs du prix, cette activité remet en cause la survie des populations sur place.
L’ONG accuse notamment GDF Suez, principal actionnaire du consortium d’entreprises qui construit ce barrage, d’avoir fait preuve d’un manque de vigilance au cours des phases de planification et de construction, et de ne pas s’être assuré du consentement des groupes autochtones.
"Un simple rhume peut les tuer"
"Ils n’ont pas la même immunité que nous. Le contact avec d’autres populations peut être dangereux. Un simple rhume peut les tuer", explique Jean-Patrick Razon, le directeur de Survival.
Antoine Lenoir, porte-parole de GDF Suez, récuse en bloc ces accusations. "Nous ne sommes pas dans Avatar! GDF Suez n'arrive pas dans un pays avec de grosses pelleteuses pour tout casser. Ces programmes sont validés par des organisations institutionnelles et un président qui s'appelle Lula," dit-il, en référence au passé de syndicaliste du président brésilien, acclamé au Forum Social Mondial.
Une situation similaire à celle des Na'vi dans Avatar?
Mais certaines ONG s'inquiètent de l'impact d’une telle activité sur l’environnement local, notamment concernant respect de la "diversité biologique et socio-culturelle" des populations qui devront être déplacées, ou voir leur mode de vie modifié par l’arrivée de ceux que Jean-Patrick Razon n'hésite pas à qualifier de "colons".
De son côté, le porte-parole de GDF l'assure: "tout est fait dans le pur respect de la faune et la flore" et seules "433 personnes seront déplacées, indemnisées et relogées." "Il n'y a pas d'un côté les entreprises qui font un travail néfaste et de l'autre les ONG qui résolvent les problèmes du monde", veut-il croire.
Bon point
Ironie du calendrier, ce prix a été remis à GDF Suez alors que l’entreprise venait de recevoir une autre récompense, plus positive cette fois: un label RSE (responsabilité sociale des entreprises) dans la catégorie "Donneurs d’ordres".
Ce label ne porte pas, contrairement à la précédente "récompense", sur l’impact de ses activités mais sur les rapports de l’entreprise avec ses partenaires qui travaillent dans les centrales d'appel.
Décerné par des syndicats professionnels, il est passé, au final, bien plus inaperçu que le "prix de la honte" attribué par le public.
*Le premier "prix" de l'entreprise la plus "irresponsable sur le plan écologique et social" a été décerné à la Banque Royale du Canada et au groupe pharmaceutique Roche.
Lire aussi notre article sur le Prix Pinocchio des entreprises:















Un beau témoignage sur Amma
Isabelle