"Les Nations Unies nous virent comme des malpropres"

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Après le lobbying de couloir, retour au militantisme de rue à Copenhague.

Depuis le début de la semaine, la tension est montée d'un cran à Copenhague. Les restrictions qui sont appliquées aux représentants des ONG pour accéder au Bella Center créent non seulement de la colère mais aussi une certaine désillusion. En résultent de nombreuses manifestations organisées à la fois dans l'enceinte du centre des négociations et à l'extérieur. Sit-in, flashmobs, défilés, c'est le retour du militantisme de rue après le lobbying de couloir.

Mercredi 16 décembre, environ 3 000 personnes, selon le porte-parole des Amis de la Terre, défilaient avec les mêmes slogans que ceux utilisés lors de la manifestation massive du week-end dernier. "Climate Justice", "Démocratie", scandaient les manifestants. Direction le Bella Center, afin de protester contre leur éloignement forcé du processus de négociations.

Une entrée au compte-goutte

Sébastien Godinot des Amis de la Terre confie à Youphil son indignation. Malgré les accréditations délivrées à environ 23 00 représentants d'ONG, l'entrée se fait désormais au compte-goutte. "J'ai attendu 9 heures lundi avant de me voir refuser l'entrée", raconte le chargé de plaidoyer. Pour rappel, la température avoisine les 2 degrés à Copenhague. Neuf heures d'attente nécessitent donc à la fois une grosse doudoune et une bonne dose de motivation.

La pilule est dure à avaler pour des organisations qui préparent ce sommet depuis de nombreux mois. Aux Amis de la Terre, Sébastien Godinot effectue un travail de lobbying depuis un an. "Tous les mois, nous avons rencontré des responsables politiques, des ministres, le président de la République", énumère-t-il. Et depuis six mois, un membre des Amis de la Terre travaille à plein temps sur l'organisation de la manifestation qui a rassemblé 100 000 personnes samedi dernier.

Les ONG empêchées de travailler

"On a tout fait dans les règles, les demandes d'accréditation, les manifestations, et les Nations Unies nous virent comme des malpropres", constate le responsable. "On a appris ce matin que l'ensemble de la délégation des Amis de la Terre International a été refoulée", indique-t-il. 96 délégués d'ONG interdits d'entrée pour des raisons qui restent obscures. Les membres de la Via Campesina, le mouvement paysan, ont subi le même sort. Sans véritable explication.

Après la colère, l'amertume. Car au-delà du sentiment d'être traités en parias, les responsables d'ONG craignent pour l'accord final qui sera -ou ne sera pas- pris à l'issue du sommet. "On nous empêche de faire notre travail, d'accompagner les pays du Sud dans les négociations", déplore Sébastien Godinot. Or, comme l'explique François Gemenne, chercheur à l'IDDRI, les pays pauvres ne comptent parfois qu'un ou deux délégués, en raison des coûts que représente le voyage. Ils sont donc peu armés face aux bataillons des pays industrialisés. L'appui des ONG, qui connaissent sur le bout des doigts les rouages des négociations, est parfois indispensable. "Mais comme à l'OMC, les grands de ce monde ont décidé d'exclure à la fois les pays pauvres et la société civile", conclut, amer, Sébastien Godinot. Avant de retourner préparer les prochaines actions.

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